mardi 20 novembre 2018

Afrique

Plaise à Dieu, je partirai lundi prochain (13/26 novembre) pour l'Afrique jusqu'au 12/25 décembre. Je n'aurai ni téléphone ni internet. Ouff !

Archimandrite Cassien

mercredi 14 novembre 2018

À bâtons rompus

Une chose est la Volonté de Dieu et autre chose sa Permission. Dieu veut notre bien et même plus – ce qui est le mieux pour nous. Par contre, il permet, à cause de notre liberté, ce qui n’est pas nécessairement bien pour nous, qu’existent nos péchés, par exemple, ou l’humanité qui va à sa perte. Nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez, tandis que le Seigneur inclut l’éternité. L’apôtre Paul demanda par trois fois que l’écharde lui fut enlevée, mais Dieu lui fit comprendre que : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse.»(II Cor 12,8-9) Le Christ Lui-même demanda : «Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.» (Lc 22,42) À ce moment-là sa volonté humaine, – qui ne voyait que la souffrance de la croix – s’unit parfaitement à la Volonté de son Père, qui voyait bien plus loin : le salut du monde qui passe par la croix.
L’heure de Dieu ? Quand les choses se font à l’heure de Dieu, tout se fait avec harmonie et maturité. Nous, par contre, voulons souvent précipiter les choses et nous récoltons alors des fruits immatures. Le résultat, ce sont des troubles spirituels, des maladies de l’âme etc. Pour se soumettre à la Volonté de Dieu, et attendre l’heure de Dieu, il nous faudra de la patience qui suppose le renoncement à notre volonté propre, – fruit de nos passions.
Tout est provisoire et caduque dans cette pauvre vie, mais à travers cela il nous faut construire ce qui sera éternel. Quand je pense et vois l’ermitage qui se dégrade, une icône abîmée, ou mon pauvre corps, par exemple, je ne suis pas triste et songe à ce à quoi ils ont contribué en vue du bien futur. Il faudra les quitter de toute façon, et ils ne sont pas non plus éternels. En même temps, ce provisoire, ce caduque, doit nous empêcher de vouloir nous installer définitivement et doit nous faire penser que nous ne sommes que de passage dans cette vie.
Attendre la perfection dans ce qui est terrestre, c’est une illusion, car «tout est vanité et poursuite du vent,» (Ec 1,14) comme dirait Salomon. Quand j’ai terminé de peindre une icône, je m’aperçois des imperfections au niveau matériel et artistique, ce qui n’empêche pas la grâce de se communiquer. Les icônes miraculeuses ne sont généralement pas des chefs-d’œuvres d’art, mais comme il est écrit plus haut : «ma puissance s’accomplit dans la faiblesse.» (II Cor 12,9) Les apôtres ont peut-être écrit l’évangile sans fautes d’orthographe ? La plupart étaient illettrés. L’apôtre Pierre a fait écrire son évangile par Luc et Prochore écrivait ce que Jean lui dictait. Pourtant ce qu’ils ont écrit durera jusqu’à la fin des siècles ! Ces imperfections involontaires précisément nous humilient et nous aident à construire notre homme intérieur et à abandonner l’homme du péché. Je termine imparfaitement avec les paroles de l’Apôtre : «C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour.» (II Co 4,16)
Post scriptum : À quoi servent les larmes dans la prière, fruits du deuil spirituel ? À nous laver de nos péchés et de nos imperfections, et quand elles coulent tout seules, sans effort, sans qu’on s’en rende compte, alors on n’est pas loin de la perfection selon Dieu.


archimandrite Cassien

samedi 27 octobre 2018

Homélie

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DES SAINTS PÈRES 
du 7e concile œcuménique de Nicée

Le Seigneur dit cette parabole : Le semeur est sorti pour semer sa semence. Tandis qu'il semait, une partie du grain est tombée le long du chemin : on l'a foulée aux pieds et les oiseaux du ciel l'ont mangée. Une autre est tombée sur le roc où, à peine levée, elle s'est desséchée faute d'humidité. Une autre est tombée au milieu des épines, et les épines, croissant avec elle, l'ont étouffée. Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et donné du fruit au centuple. Les disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole. Il répondit : A vous il est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu; aux autres il est proposé en paraboles, «afin qu'ils regardent et ne voient pas, qu'ils entendent et n'écoutent pas !» Voici donc ce que signifie la parabole. La semence est la parole de Dieu. Ceux qui se trouvent le long du chemin sont ceux qui ont entendu; puis le diable survient et enlève la parole de leur cœur, de peur qu'ils ne croient et soient sauvés. Ceux qui se trouvent sur le roc sont ceux qui écoutent la parole et la reçoivent avec joie, mais ils n'ont pas de racines : ils croient pour un temps, et au moment de l'épreuve ils font défection. Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n'arrivent pas à maturité. Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bien disposé, la conservent et par leur constance produisent du fruit. Ayant ainsi parlé, Jésus s’écria : Entende qui a des oreilles pour entendre ! Luc (8,5-15)



«Autant nous devons parler sans trêve, autant vous devez écouter volontiers, afin que nous ne paraissions pas, nous, jeter la semence dans un champ d’épines, et que vous ne souffriez, pas, vous, d’être condamnés pour vous être montrés une terre stérile. Que la joie soit commune : pour nous de semer, pour vous de réaliser, afin qu'à la venue du Maître de la moisson universelle, à la fois la terre puisse se glorifier de sa fécondité et le cultivateur de sa récolte.»  Concile de Tours (567)
Aujourd’hui nous célébrons les saints pères du 7e concile œcuménique, ceux qui nous ont devancés, tracé le chemin, et transmis le dépôt sacré que notre Seigneur a confié aux apôtres et à leurs successeurs.
L’évangile du jour nous parle de la semence, que précisément nos pères ont semée, et, que nous devons prêcher et transmettre également. Cette semence, pourtant, est piétinée, altérée plus que jamais à notre époque. On pourrait dire qu’elle est devenue un OGM. Ce n’est plus l’évangile dans sa pureté mais une évangile selon les conceptions humaines – humaniste. Bien sûr, le profit immédiat est impressionnant, mais à la longue il ne reste que désolation, car «le diable survient et enlève la parole de leur cœur.» – «Car la fin de ces choses, c’est la mort,» comme dit l’Apôtre. (Rom 6,21)
«Les oiseaux du ciel,» c’est bien le Malin, «les épines,» nos passions déréglées, «le roc», notre dureté de cœur. «La bonne terre,» c’est un cœur bien disposé, qu’il faudra encore bien labourer, défricher, arroser, cultiver afin qu’il porte des fruits au centuple. Il va de soi que cela ne se fait pas sans peine, car «c’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain.» (Gen 3,19)
Nos pères, que nous vénérons aujourd’hui, n’ont-ils pas lutté pour sauvegarder la foi, pour se purifier et tenir ferme contre les iconoclastes ? Combien furent mutilés ou tués par les suppôts du diable ? À nous de tenir ferme dans la confession de notre foi orthodoxe, contre vents et marées, dans ce temps d’apostasie. Alors «par leur constance,» dit l’évangile, nous porterons des fruits pour la vie éternelle. Les OGM-istes, – qui n’ont d’orthodoxie que le nom, – récolterons ici-bas ce qu’ils ont semé.
«En considération de notre faiblesse, nous arrêtons notre parcours à peu de distance, autant par manque de confiance en notre médiocre intelligence que par crainte de la profondeur du livre sacré.» Saint Grégoire le Grand (explication du Livre de Rois, préface)

a. Cassien

lundi 15 octobre 2018

Dormition de la sœur Ignatia

"J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi."
 (2 Tim 4,7)


La moniale, sœur Ignatia, connue par les plupart de nos fidèles, et fille de nos fidèles Pountney, vient de nous quitter vers la vie sans tristesse, sans peine ni douleur.

Voici une ancienne photo d'elle :


vôtre,
a. Cassien

mardi 9 octobre 2018

Programme

Plaise à Dieu, nous aurons une liturgie à la chapelle de sainte Marie Madeleine à Mirabeau  au 8 oct. (21 civil)
et une autre en Suisse (Saxon) le 4/nov. civil 

en Christ,
a. Cassien

lundi 8 octobre 2018

IL N’Y A PLUS …

 Les pères disent que la dernière génération aura des ailes bien faibles. Je ressens cela, hélas, en voulant écrire quelques lignes édifiantes. C’est en me forçant que les mots sortent, en les juxtaposant péniblement et en recommençant maintes fois. Bref.
     Juste quelques mots sur les paroles de l’Apôtre : «Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ.» (Gal 3,28)
     L’Apôtre aurait pu ajouter encore : Ni handicapé, ni en bonne santé, ni riche ni pauvre, car la vraie santé et la vraie richesse ce sont celles de l’âme.
     Il ne sert à rien de se glorifier d’être grec et il ne faut pas non plus se chagriner d’être noir. En Christ nous sommes tous égaux et un;  ce sont les fruits de l’Esprit, que celui-ci nous octroie, qui 
donnent de la valeur. Les conditions dans lesquelles nous vivons sont secondaires et neutres même. Dieu tient compte des conditions défavorables et cela nous procure plutôt de la gloire en les supportant. Naviguer sur une mer calme ne demande pas une grande expérience et connaissance, mais tenir bon quand les vents se déchaînent montre l’habilité du pilote.
     Dans l’autre vie, toutes ces conditions, en lesquelles le Seigneur nous a posés dans sa sagesse, ou bien là où nos faux pas nous ont amenés, n’existeront plus. Il est bien écrit : «Car, à la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux.» (Mt 12,25)
     L’Apôtre dit bien : «Il n’y a plus ni… » et non : «Il n’y aura … » en parlant des chrétiens vivants sur terre. C’est bien dans cette vie ici bas que nous sommes tous égaux dans l’Église. Ce ne sont que les gens du dehors qui considèrent comme importantes ces conditions terrestres : l’avoir, et non l’être selon Dieu.
     Dans une autre épître, l’apôtre Paul dit presque pareillement : «Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais Christ est tout et en tous.» (Col 3,11) Il dit bien «ici», c’est-à-dire sur terre, dans cette vallée de larmes qui ne prendront fin que dans l’autre vie, quand Dieu «essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu» (Apo 21,4).  Ces «premières choses», ce sont bien nos conditions terrestres avec leur cortège de souffrances et de misères, qui constituent notre croix.

a. Cassien

dimanche 30 septembre 2018

LE JUGE INIQUE

Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n'avait d'égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n'aie d'égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Luc 18,1-8)

Depuis quelque temps me trotte dans la tête la parabole de la veuve et du juge inique. Il s’agit bien d’une parabole et non d’un fait concret. Cela ne veut pas dire que dans cette vie de pareils faits ne puissent arriver, comme pour d’autres paraboles, – par exemple, la femme qui a perdu une drachme et l’a retrouvée, ou le levain qui fait monter toute la pâte. 
Il s’agit bien d’une veuve, donc de quelqu’un qui est sans ressource et sans personne pour l’aider. Elle savait certainement que ce juge était inique, injuste, car de pareils faits se savent. Elle avait pourtant une fois sans faille et par sa persévérance et son insistance elle en vint à bout. Que ce fut bien sa foi qui agit, la fin de la parabole le montre clairement : «Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?» Contre tout espoir d’une issue favorable, elle avait cru. 
De l’autre côté, il y a ce juge inique et injuste. Il ne s'intéresse ni aux autres, ni à la justice, et moins encore à Dieu. Ce n’est que pour avoir la tranquillité et éviter les problèmes qu’il finit par rendre justice à cette femme en détresse. Une autre parabole y est comparable :
«Le Christ dit encore : Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir, et si, de l’intérieur de sa maison, cet ami lui répond : Ne m’importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains, – je vous le dis, même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. Et moi, je vous dis : Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. (Luc 11,5-10)
Ce qui est admirable dans cette parabole du juge impie c’est que le Seigneur se laisse comparer à un juge injuste, lui le juste Juge, lui qui n’est pas indifférent à nos besoins et qui nous aime tant. Il n’a rien de commun avec ce juge inique. C’est plutôt nous qui lui ressemblons avec notre indifférence à l’égard du prochain en détresse.
Ce que la parabole veut mettre en relief, c’est la persévérance et l’insistance avec laquelle il faut prier.
Saint Jean Chrysostome dit : «Celui qui vous a racheté vous enseigne ici ce que vous devez faire. Il ne veut point que vous cessiez de prier, il veut que vous méditiez les bienfaits qui sont l’objet de votre prière, il veut que vous soyez redevable à la prière des grâces que sa bonté désire vous accorder. Comment pourrait-il ne pas exaucer les prières qu’on lui adresse, alors qu’il nous presse par sa miséricorde, de rendre notre prière continuelle ?»
Le vénérable Augustin écrit de son côté : «Les instances persévérantes de cette femme triomphèrent de ce juge d’iniquité et le déterminèrent à lui accorder ce qu’elle demandait : «Mais enfin il dit à lui-même : Quoique je ne craigne pas Dieu, et que je me soucie peu des hommes,» etc. Quelle certitude bien plus grande doivent avoir ceux qui prient avec persévérance le Dieu, qui est la source de la justice et de la miséricorde ? «Vous entendez, ajouta le Seigneur, ce que dit ce juge inique.»  (Quest. évang.)
«Si la persévérance de cette femme a pu fléchir ce juge pétri de tous les crimes, combien plus facilement nos prières pourront-elles fléchir en notre faveur le Dieu de toute miséricorde. «Et Dieu ne vengerait pas bientôt ses élus qui, jour et nuit, crient vers lui, et il différerait de les secourir ? Je vous le dis, il les vengera bientôt.» (Théophilacte)
Il faut donc prier avec persévérance. Pourtant le problème n’est pas résolu. Comment prier avec persévérance ? C’est une vertu qui, comme la patience et l’endurance, ne nous est malheureusement pas innée, et pour laquelle il faut faire un effort.
Encore un aspect dans cette parabole qui doit attirer notre attention : Qui est notre adversaire ? Il y a beaucoup de problèmes dans notre vie qui ne trouvent pas de solutions sans l’aide de Dieu et derrière lesquels se cache le Malin qui cherche à nous entraver sur notre chemin. 
Ce juge inique et le Malin se trouvent du même côté, sous la même couverture et peu d’espoir donc de gagner le procès. En s’adressant pourtant à la plus haute instance dans la prière, au juste Juge, il nous rendra justice. C’est dans la prière que se trouve la clé de tous nos problèmes, une prière pleine de foi, sans douter d’être exaucé.
Si Dieu tarde à nous rendre justice, adressons-nous à la Toute Sainte, celle qui est du «Juge l’apaisement et l’étole de ceux qui sont dénués du droit d’appel, l’avocat de ceux qui sont sans recours,» comme nous prions dans les petits Complies. 
En plus, nous avons comme intercesseurs autant de saints qui, eux, ont vaincu l’Adversaire et qui ont acquis de la familiarité auprès du Seigneur.


a. Cassien

lundi 17 septembre 2018

HOMÉLIE SUR LA FEMME CANANÉENNE



En ce temps-là, Jésus s’en alla dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici qu'une femme de cette contrée, une Cananéenne, sortit et se mit à lui crier : Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est tourmentée cruellement par un démon ! Mais Jésus ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient en disant : Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! Alors il répondit : Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël ! Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours ! Il lui répondit : Ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ! Mais elle dit : Pourtant, Seigneur, les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! Alors Jésus lui répondit : Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! Et à l'heure même sa fille fut guérie. (Mt 15,21-28)

«Personne ne doit, par négligence, tenir cachées les paroles de Dieu, mais on doit confesser sa faiblesse et, en même temps, ne pas cacher la vérité de Dieu, sinon nous serons coupables d'avoir transgressé ses commandements. Ne dissimulons pas la Parole de Dieu, mais faisons-la connaître. Les saintes Ecritures et les paroles des saints Pères sont aussi nombreuses que les grains de sable de la mer; les scrutant inlassablement, nous les enseignons à ceux qui viennent à nous et qui en ont besoin. Plus exactement, ce n'est pas nous qui enseignons, car nous ne sommes pas dignes de le faire, mais ce sont les saints Pères qui le font à partir de la sainte Ecriture.» (saint Nil de la Sora)

Si j’ai bonne souvenance, j’avais déjà écrit sur cet épisode de l’évangile, mais je ne me rappelle plus exactement quoi — vous non plus d’ailleurs, je pense. De toute façon, l’évangile est une source inépuisable et on y trouve toujours des aspects nouveaux à méditer.
Le Seigneur dit à cette pauvrette : «Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël !» Pourtant il est venu sur terre pour sauver toute l’humanité. Il ne se contredit pas, bien sûr, car c’est à travers les apôtres et leurs successeurs qu’il réalise cette tâche. Lui-même, sur terre, se concentra sur l’ex-peuple élu et ce n’est qu’exceptionnellement qu’il aida des non-juifs comme la Samaritaine, le centurion etc.
«Jésus s’en alla dans la région de Tyr et de Sidon.» Cette région ne fit jamais partie de la Terre sainte – d’Israël.  Le prophète Élie alla autrefois à Sidon chez cette femme de Sarepta qui devait le nourrir. (cf. I R 17,9) Le Christ parla aussi de Tyr et Sidon : «C’est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous.» (Mt 11,22) C’est de cette région (la Phénicie) qu’était originaire cette femme cananéenne. 
Pourquoi donc le Sauveur alla dans cette région, s’il n’était venu que pour les Juifs ? Il était venu pour les vrais juifs, ceux qui ne le sont pas seulement selon la chair mais selon l’esprit. «Ô femme, grande est ta foi !» s’exclama-t-il. 
«Ce n’est point sans doute par orgueil, comme les pharisiens; ce n’est point par arrogance, comme les scribes, mais pour ne point paraître contredire cet ordre qu’il avait donné : «Vous n’irez point vers les nations.» Il ne voulait pas donner lieu à la calomnie et il réservait aux temps qui devaient suivre sa passion et sa résurrection la parfaite conversion des Gentils.» (saint Jérôme)
« Il ne dit pas d’une manière absolue qu’il n’est pas envoyé aux Gentils, mais il déclare qu’il a été envoyé premièrement au peuple d’Israël, et, ce peuple rejetant l’Évangile qui lui était offert, c’était avec justice que Dieu en faisait part aux Gentils.» (saint Jérôme)
Pour mettre cette foi à l’épreuve et le donner comme exemple, il traita durement cette femme. «Mais Jésus ne lui répondit pas un mot,» quand elle le supplia humblement pour la guérison de sa fille tourmentée. Ensuite, il la compara à des chiens. Quelle humiliation ! Pourtant, elle ne fléchit nullement et lui répondit adéquatement sans se vexer. En face de cette foi à tout épreuve, de cette humilité, le Christ fut désarmé et se laissa fléchir. «Et à l'heure même… » la guérison eut lieu sans autre formalité ni procédure. 
«Admirez ici la prudence de cette femme : ni elle n’ose contredire le Sauveur, ni elle ne s’attriste des louanges qu’il donne aux autres, ni elle ne se laisse abattre par cette parole, outrageante. Mais elle répliqua : «Il est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent au moins des miettes qui tombent de la table de leur maître.» Jésus lui avait dit : «Il n’est pas juste;» elle répond : «Il est vrai, Seigneur.» Il appelle les Juifs les enfants, elle enchérit et les appelle maîtres. Il lui a donné le nom de chienne, elle ajoute à cette qualification en rappelant ce que font les chiens, et semble dire au Sauveur : Si je suis un chien, je ne suis point étrangère. Vous me donnez le nom de chien, nourrissez-moi donc comme un chien, je ne puis m’éloigner de la table de mon Maître.» (saint jean Chrysostome, homélie 53)
Les disciples, de leur côté, n’étaient occupés que de renvoyer cette malheureuse femme qui les importunait avec ses cris. Ils étaient encore terre à terre tandis que le Seigneur et cette femme étaient sur un niveau bien plus spirituel.
D’abord elle «sortit.» Sortit de la maison où se trouvait aussi sa fille possédée. Ensuite elle commença à crier, telle une vraie mère désespérée, et finalement elle se prosterna – un geste d’humilité – devant le Seigneur et le supplia non plus en criant mais avec une foi à transporter les montagnes. Cela me fait penser à la Toute Sainte qui parla pareillement à son Fils aux noces de Cana. Le Christ la répudia d’abord mais en face de cette foi il céda et changea l’eau en vin. Le Seigneur savait bien ce qui allait se passer et ce qu’il allait faire, mais comme un père qui joue avec son enfant et se laisse vaincre, ainsi agit Dieu avec nous. Le patriarche Jacob lutta avec l’ange – l’envoyé de Dieu – et vainquit, ce qui lui mérita le nom d’Israël.
Terminons avec des paroles du grand Chrysostome : «Voici la raison du retard que Jésus mettait à l’exaucer : il savait qu’elle lui tiendrait ce langage, et il ne voulait pas qu’une si grande vertu demeurât cachée. «Alors Jésus, lui répondant, lui dit : Ô femme, votre foi est grande, qu'il vous soit fait comme vous le désirez. Ne semble-t-il pas lui dire : Votre foi mériterait d'obtenir bien davantage, mais en attendant, qu'il vous soit fait comme vous le désirez. Remarquez ici la part considérable qui revient à cette femme dans la guérison de sa fille. Aussi Jésus ne lui dit pas : Que ta fille soit guérie, mais : Ta foi est grande, qu'il te soit fait comme tu le désire, pour vous apprendre qu'elle parlait avec simplicité, sans flatterie, et que sa prière était animée par la foi la plus vive. Or, cette parole du Sauveur est semblable à cette autre que Dieu prononça au commencement du monde : Que le firmament soit fait, et il fut fait; car l'Évangéliste ajoute : Et sa fille fut guérie. Remarquez encore qu'elle obtient elle-même ce que les Apôtres n'ont pu obtenir, tant la prière persévérante a de puissance ! Dieu, en effet, aime mieux que nous le prions beaucoup nous-mêmes pour nos péchés, que d'avoir recours aux prières des autres.»

archimandrite Cassien

lundi 27 août 2018

Dormition et bulletin 169

Le prochain bulletin vient de sortir.
A tous une bonne fête de la Dormition,
vôtre
a. Cassien

dimanche 5 août 2018

liturgies à Mirabeau

Je reviens de la chapelle de sainte Marie Madeleine, où nous avons célébré sa fête le samedi et aussi la liturgie le dimanche.

en Christ, 
a. Cassien


samedi 21 juillet 2018

Fête à Mirabeau

Plaise à Dieu, nous célébrerons la fête de sainte Marie Madeleine dans sa chapelle à Mirabeau. Ce sera un samedi (22 juillet - 4 août civil). Le jour après, dimanche, il y aura également une liturgie. Venez nombreux !

A. Cassien

mercredi 11 juillet 2018

Fête des apôtres

Après le carême léger des apôtres, il ne me reste qu’à souhaiter une bonne fête de ceux qui ont tressé le chemin à suivre pour notre salut.

Vôtre en Christ, 
archimandrite Cassien

Le bulletin 168 est disponible.

dimanche 1 juillet 2018

Retour en France

Je viens de rentrer en France après trois semaines passé en Grèce. 
En passant à Mirabeau nous avons célébré la divine liturgie ce dimanche (5e de Matthieu) à la chapelle de sainte Marie Madeleine.

votre en Christ, 
a. Cassien

mercredi 6 juin 2018

Depart pour la Grèce

Plaise à Dieu, nous célébrerons la divine Liturgie le dimanche prochain (2e dimanche de Matthieu) en Suisse. 
De là je continuerai vers la Grèce, chercher encore les ânesses perdues de mon père. (Qui résoudra l'énigmes ?)

a. Cassien

vendredi 1 juin 2018

LA FETE DE TOUSSAINT


Le dimanche après la sainte Pentecôte, nous célébrons la fête de Toussaint. C’est pour ainsi dire la récolte de ce que le Christ a semé et que l’Esprit saint a récolté. C’est la fête de tous ceux qui ont été sauvés et sanctifiés. 
Au sens strict, les saints, ce sont ceux que l’Église a canonisés, reconnus comme saints et que nous pouvons donc vénérer sans hésitation. Pourtant, il y a une infinité de saints non-canonisés et ignorés, que Dieu seul connaît. Eux aussi sont célébrés aujourd’hui, sans compter tous ceux qui seront sauvés par la miséricorde divine et qui seront donc également sanctifiés.
Dans toutes les couches de la société, à toute époque, il y a eu des saints, depuis le roi jusqu’au mendiant, des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards. Partout dans le monde, les fleurs de la sainteté ont fleuri, à travers tous les âges et jusqu’à la fin des temps. 
Dans l'Eglise, on distingue plusieurs catégories de saints : prophètes, apôtres, hiérarques, martyrs, moines, anargyres, etc...    
Un saint, c’est quelqu’un qui s’est purifié pendant sa vie et qui a été déifié, parfois au dernier moment de la vie, comme les martyrs. Tous, nous sommes appelés à la sainteté mais tous n’y arrivent pas et espèrent donc être sauvés par la miséricorde de Dieu et par les prières de l’Église. Au dernier Jugement sera manifesté qui en fera partie. 
La sainteté, c’est la restauration de notre nature d’avant la chute au paradis, et ensuite la sanctification que nos premiers parents avaient ratée par leur désobéissance, mais qu’ils ont finalement atteinte par la pénitence en dehors d’Eden. Ils y seraient arrivés sans labeur, mais à cause de la chute, il leur a fallu des efforts pour se relever : «A la sueur de ton front tu gagneras ton pain»,  et le pain quotidien et le pain substantiel. Tous les saints sont passés par là et leurs Vies relatent les peines et exploits qu’ils ont endurés. 
C’est donc leurs victoires que nous fêtons aujourd’hui. Que le Seigneur nous rende dignes d’en faire partie, de ces 144000 élus, qu’il a choisis de toutes les tribus et de toutes les nations !
« Il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains.» (Apo 7,9)


a. Cassien

Le bulletin 167 est disponible. 
Je viens aussi de refaire les chants liturgiques.

dimanche 20 mai 2018

Liturgie à Ste Marie Madeleine

Nous venons de célébrer la divine liturgie de 318 pères à notre chapelle de sainte Marie Madeleine à Mirabeau.


Le dimanche de Pentecôte sera célébré, plaise à Dieu, ici à l'ermitage. La suite est encore incertaine. J'attends le résultat du synode jeudi prochain. 

votre a. Cassien

jeudi 17 mai 2018

Programme

D'abord bonne fête de l'Ascension de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Plaise à Dieu, nous aurons une liturgie le dimanche prochaine à Mirabeau. Pentecôte sera célébrée à l'ermitage et lundi de Pentecôte, normalement en Suisse. C'est l'homme qui propose et Dieu qui dispose. 

votre a. Cassien

samedi 21 avril 2018

M’AIMES-TU ?

Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. (Jn 21,15-17) 
C'est lors de sa troisième apparition après sa résurrection, au lac de Tibériade, que le Seigneur invite Pierre à faire une confession de foi. Par trois fois, Pierre avait renié le Christ. Par trois fois, le Sauveur lui demande maintenant : «M’aimes tu ?» Ce ne sont pas des reproches qu'il fait à son disciple, lui qui l’avait renié lâchement par peur, ni une pénitence qu'il lui impose, mais, simplement, il lui demande ce qui est le plus important : l’amour pour lui. «Jésus demande à Pierre pour la troisième fois s'il l'aime, à son triple renoncement correspond une triple confession, il faut que sa langue devienne l'organe de son amour comme elle l'a été de sa crainte, et que le témoignage de sa parole soit aussi explicite en présence de la vie qu'il l'a été devant la mort qui le menaçait» (saint Augustin traité 123 sur saint Jean). Je ne peux m’empêcher de penser que leurs yeux se sont croisés et que, même sans paroles, Maître et disciple se sont compris. Pierre a dû avoir honte grandement en voyant les yeux plein d'amour du Sauveur et en pensant à son reniement, à son apostasie. Voici ce qu'en dit saint Jean Chrysostome : «A cette troisième question, le trouble s'empare de l'âme de Pierre : Pierre fut contristé de ce que Jésus lui demandait pour la troisième fois : M'aimes-tu ? Il tremble au souvenir de sa conduite passée, il craint de se tromper en croyant qu'il aime Jésus, et de mériter de nouveau la rude leçon qu'il a reçue par suite de la trop grande confiance qu'il avait dans ses propres forces. C'est donc auprès de Jésus Christ qu'il cherche son refuge : Et il lui dit : Seigneur, tu connais toutes choses, c'est-à-dire, les secrets les plus intimes du cœur pour le présent et pour l’avenir». 
Rien de pire que l’apostasie, de renier Dieu. Certes, tomber dans un péché grave, comme la fornication par exemple, c’est épouvantable, terrifiant et abominable, mais malgré cela on croit et on aime toujours Dieu. Le renier, par contre, détruit tout. Pourtant, le Christ, qui, lui, ne nous renie jamais, va jusqu'à pardonner même notre reniement... là où est le repentir. Ce repentir, Pierre l'avait montré tout de suite après avoir renié : et étant sorti, il pleura amèrement» (Luc 22,62). Le Christ savait tout. Bien avant, ne lui avait-il pas déjà prédit ce qui se passerait ? «Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois» (Mt 26,34). Il savait, aussi, bien sûr, que Pierre l’aimait malgré ses faiblesses et son caractère versatile. «Le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre», juste au moment de son troisième reniement» (Luc 22,61). C'est avec ce même regard que le Sauveur le fixe maintenant au lac de Tibériade, un regard qui n’est qu’amour en face de nos faiblesses. Un enfant qui, après avoir fait une bêtise – par exemple en laissant tomber un objet qui se brise – va vers sa mère en disant simplement : «Maman, je t’aime» la désarme complètement, au point qu'il ne lui reste plus qu'à serrer dans ses bras son enfant qu’elle aime encore plus que lui ne l’aime. Si une mère agit ainsi, Dieu le fera infiniment plus, dès lors que nous nous tournons vers lui en regrettant et en demandant pardon pour nos fautes. C'est cela le repentir. 
Jésus n’a pas seulement pardonné à Pierre, mais lui a confié ensuite la charge de ses brebis. David, de son côté, après l’adultère et le meurtre qu’il avait commis, regretta sa faute grave en disant : «Aie pitié de moi, ô Dieu ...» (Ps 50). Dieu lui pardonna et l’appela même ensuite : «David mon bien-aimé». Adam et Ève ne se sont-ils pas sanctifiés même après leur péché qui a jeté toute l’humanité dans la chute ? Par contre, ni Caïn, le fratricide, qui n'a pas fait pas pénitence, ni Judas le traître, qui est tombé dans le désespoir, n’ont pu se sauver, car là où il n’y a que le regret de sa faute et pas de confession, Dieu non plus ne peut pas pardonner. 
En résumé : tout péché, si grave qu’il soit, Dieu le pardonne en cette vie, si nous le confessons du fond du cœur. 

a. Cassien 


"Qu’y a-t-il de pire que de m'avoir renié, moi, le Maître de l’univers ? Or, quand tu t'es repenti et que tu as pleuré amèrement, je t'ai jugé digne de compassion; malgré ton manque d'assurance à mon égard, je t'ai appelé sur la montagne avec les autres disciples et je ne t'ai pas adressé un seul mot de reproche pour cela."
saint Syméon le Nouveau Théologien (chapitres 11 éthiques)

dimanche 8 avril 2018

Pâque 2018

Je viens de rentre de la chapelle de sainte Marie Madeleine, où nous avons célébré la fête lumineuse de Pâque.


 Après les agapes au gîte où le petit monde a pu se reposer.


Christ est ressuscité !
a. Cassien


Dans la chair, Tu T’es endormi comme un mortel, ô Roi et Seigneur. Le troisième jour Tu es ressuscité, Tu as relevé Adam de la corruption, et Tu as anéanti la mort. Ô Pâque incorruptible, ô salut du monde ! 
EXAPOSTILAIRE (ton 2) 

lundi 2 avril 2018

LES EXECUTIONS DANS L’EMPIRE ROMAIN

Berthold Seewald

Le droit pénal de l'Empire romain prévoyait de nombreuses sortes de peines de mort. La crucifixion était réservée aux sujets rebelles. C’était surtout une exécution pour exciter les masses.
Aujourd'hui, lorsque l’Église commémore l'exécution de son fondateur à Jérusalem, il arrive couramment que l’on oublie le contexte légal de ce supplice. Ponce Pilate, préfet romain de Judée, infligea la peine de mort à un homme qui, à ses yeux, était un traître et un agitateur. La punition était donc la crucifixion. Si Jésus, comme Paul, avait eu la citoyenneté romaine, une autre forme d'exécution aurait été utilisée pour le même cas. Car les Romains n’exécutaient pas leurs sentences de mort arbitrairement, comme cela est populairement dépeint dans les scènes de la pop-culture actuelle, mais suivaient l'ancienne loi. Et celles-ci étaient d’une grande diversité.
Déjà dans les Douze Tables, une collection de droit du 5ème siècle avant J.C., par exemple, une distinction étaient faite entre un acte délibéré et un acte involontaire. À mesure que Rome atteignait la domination mondiale, un nouveau critère fut ajouté. Les détenteurs de la citoyenneté romaine étaient exécutés différemment que les serfs. Mais les Romains eux-mêmes n'étaient pas égaux entre eux. Les membres des classes supérieures de la société (honestiores = honorables) étaient soumis à des règles d'exécution autres que les «inférieurs» (humiliores).
Cet écart social était déjà apparu dans deux formes d'exécutions traditionnelles remontant aux années fondatrices de la République. À cette époque la trahison contre l'état était punie par la chute du haut de  la roche Tarpéienne. L'endroit avait déjà une haute valeur symbolique. C’était une crête sur la colline du Capitole, sur laquelle se trouvait le temple le plus important de Rome et au pied duquel s'étendait le Forum Romanum. Les empereurs reprirent cette tradition plus tard pour exécuter des conspirateurs de haut rang sous les yeux de leurs pairs.
Dans les tragédies familiales, une autre peine de mort atavique était utilisée : l’ensachage. Quiconque avait commis un crime contre ses parents, ses grands-parents ou ses frères et sœurs, était cousu dans un sac avec des serpents, des chiens, des singes ou des chats, puis coulé dans le Tibre. En conséquence, le délinquant ne recevait pas un enterrement approprié, ce qui rendait son chemin dans le monde souterrain considérablement plus difficile, voire impossible. 
Cette punition a été pratiquée dans les Balkans jusqu’au 19ème siècle.
La peine de mort la plus fréquemment prononcée pour les citoyens romains fut probablement la décapitation. Quand elle était exécutée dans la République, c’était généralement à l’aide de la hache de guerre. L’épée fut plutôt utilisée à l'époque impériale. Cela reflète aussi l'influence croissante des militaires dans le système pénal suite à l'établissement du Principat. Ensuite, la décapitation fut effectuée par des spéculateurs  qualifiés (speculatores) affectés aux légions, mais directement subordonnés aux gouverneurs.
Les spéculateurs étaient entraînés à séparer la tête du corps d'un condamné d'un seul coup, ce qui représentait une humanisation du système pénal. Car l'exécution des pénalités des premiers temps par les magistrats peut avoir été accompagnée de nombreux échecs. Même au début de la persécution des chrétiens, c’est l’épée qui était surtout utilisée.
Les différences entre «honorable» et «inférieur» se trouvaient reflétées entre l’étranglement et le bûcher. Dans l'isolement d'une prison, les crimes contre l'État étaient punis par des gardes par la pendaison. Cela concernait à la fois les aristocrates romains et les chefs étrangers des soulèvements. Les plus connus furent le Numérateur Iugurtha et le Gallier Vercingétorix.
Par contre, les membres des classes sociales inférieures, en particulier les non-Romains, étaient brûlés. L'éventail des faits allait de la révolte jusqu’à l'adultère et la contrefaçon. Les condamnés étaient liés nus à un poteau, puis les broussailles étaient entassées et allumées. Puisque les amphithéâtres sont connus comme lieu d’exécution, l'incendie doit également être considéré comme une forme spéciale de la forme d'exécution la plus commune à Rome : la mort dans l'arène. 

Rien qu'au Colisée de Rome, environ 300.000 personnes sont mortes entre l'ouverture en 80 après J.C. et la fin des jeux de gladiateurs. La plupart d'entre eux ont pu être des prisonniers de guerre et des prisonniers condamnés à mort, des hommes libres et des esclaves. Le jugement ad bestias (aux animaux sauvages) signifiait l'apparition dans le programme du matin des jeux des gladiateurs (munera), au cours desquels les aristocrates et les empereurs cherchaient la faveur des masses.
Un munus était généralement divisé en trois parties. Au début avaient lieu des luttes d’animaux dans lesquelles des ours étaient lâchés contre des tigres ou d'autres animaux exotiques. Dans cette partie pouvaient déjà donner lieu à l’exécution de victimes condamnées qui étaient livrées à des meutes de lions affamés. Cela était suivi par les événements populaires de masse, au cours desquels les hommes engageaient de vraies batailles.
Le slogan "Morituri te salutant" (ceux qui vont mourir te saluent) est devenu célèbre au temps de l'empereur Claudius, car l'un des combattants ne devait pas survivre au spectacle. Dans les combats de gladiateurs du soir, cependant, des professionnels hautement qualifiés rivalisaient les uns avec les autres, avec une chance de survie même en cas de défaite, à condition qu'ils aient combattu courageusement.
Ad bestum était proche du verdict ad metallum, la condamnation à travailler dans les mines. Car le labeur dans les conditions les plus brutales équivalait à une mort potentielle.
Reste la crucifixion publique. Elle était considérée comme une punition particulièrement déshonorante, réservée aux rebelles et aux esclaves qui se révoltaient contre leurs maîtres, ou des sujets non-romains. Après le soulèvement de Spartacus en 71 avant J.C., les esclaves survivants furent crucifiés par milliers sur la Via Appia. Après la mort d’Hérode, lors du soulèvement en Palestine, le souverain Publius Quinctilius Varus ordonna que 2000 juifs soient crucifiés.

Avec le jugement de Jésus, Ponce Pilate a suivi ainsi une pratique éprouvée. D'un autre côté, le Romain a qualifié le Nazaréen comme sujet et émeutier non romain. Parce qu'un homme avec des partisans nombreux, presque incontrôlables, ne pouvait que songer du mal, du point de vue d'un magistrat romain. Après tout, des titres tels que «Fils de Dieu» et «Oint» étaient parmi les attributs des dirigeants de l'Orient hellénistique. Ce n'est pas pour rien que le gouverneur plaça le signe "INRI" (Jésus de Nazareth, roi des Juifs) sur la croix où mourut Jésus.

samedi 24 mars 2018

Retour du Cameroun

Je viens de rentrer du Cameroun, où j’ai passé trois semaines. En arrivant, je suis monté vers le nord du pays et avec le père Martial nous avons concélébré la divine Liturgie (St. Grégoire Palamas) dans la chapelle de la Sainte Rencontre dans son village de Guidjïba.
La semaine suivante je me suis rendu chaque jour à Gouna à la chapelle de saint Nectaire d’Egine afin de continuer les travaux de construction. Le dimanche de la Sainte Croix, nous y avons célébré la Liturgie et ensuite je suis descendu à Mayo-Batcha afin de restaurer la chapelle de Saint Georges. Le dimanche suivant (Saint Jean Climaque) nous y avons célébré la première Liturgie.
J’aurais dû aussi aller dans les trois nouvelles paroisses, (dont Saint Cosme d’Étolie) qui sont à quelques heures de là-bas, mais le temps et le courage m'ont manqué.
Finalement, je suis redescendu à Yaoundé et j’ai encore passé 3 jours au foyer d’Omog.
Il n’y a pas de photos, car à l’aéroport de Yaoundé la douane m’a volé mon appareil photo. Il n’y a qu’une photo, faite avec l'iPhone du couturier qui m’a réparé ma soutane de travail.

en Christ,
a. Cassien

samedi 17 février 2018

AVEC MON DIEU …

«Avec mon Dieu je franchis une muraille.» (Ps 18,29)

    Sans épreuves dans la vie, aucun progrès spirituel n’est possible; pas plus qu’un voilier n’avance sans vent ou même tempête, ni un arbre ne pousse sans intempéries (vent, pluie, froid). S'il n’y a que du beau temps, l’arbre se dessèche, et si Dieu ne nous envoie que de la consolation, nous tombons dans la mollesse et la négligence.
    Pourtant dans toutes les épreuves, le Seigneur nous accorde aussi l’issue. Comme dit le psaume : «Avec mon Dieu je franchis une muraille»(Ps 18,29). Combien d’épreuves avons nous déjà traversées dans la vie, et chaque fois il y a eu une solution, grâce à Dieu. On s’était inquiété – comme les apôtres sur le lac déchaîné –, le Seigneur semblait dormir, mais tout s’est bien passé.  Car «il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël» comme dit un autre psaume (121,4).
    Les gens du monde ne trouvent des solutions que finissant avec le divorce, le suicide, etc.., étant abandonnés à eux-mêmes sans le secours divin.
     Combien de carêmes avons-nous avons passés sans qu'aucun ne nous ait rendus malade, bien au contraire. Courage donc ! Ce Carême-ci se passera bien aussi et, de même, le reste de notre vie, si nous restons fermement attachés à Celui qui a vaincu la mort et qui est ressuscité pour notre salut.


a. Cassien

Un nouveau bulletin vient de sortir 166

jeudi 18 janvier 2018

Théophanie



A tous, je souhaite une bonne fête de la sainte Théophanie.

archimandrite Cassien

Le Seigneur, mes frères, vient se faire baptiser avec des esclaves, et le Juge avec des criminels. Mais que cette humilité d'un Dieu ne vous trouble point, car c'est dans ses plus grands abaissements, qu'il fait paraître sa plus grande gloire. Vous étonnez-vous que Celui qui a bien voulu être durant plusieurs mois dans le sein d'une vierge, et en sortir revêtu de notre nature, qui a bien voulu depuis souffrir les soufflets, le tourment de la croix, et tant d'autres maux auxquels il s'est soumis pour l'amour de nous, ait voulu aussi recevoir le baptême, et s'humilier devant son serviteur, en se mêlant avec la foule des pécheurs ? Ce qui doit nous surprendre, c'est qu'un Dieu n'ait pas dédaigné de se faire homme. Mais après ce premier abaissement, tout le reste n'en est qu'une suite naturelle. 
saint Jean Chrysostome


samedi 6 janvier 2018

Nativité du Sauveur

 A tous nos fidèles et lecteurs, je souhaite la paix et la joie, – non celles du monde, – mais celles que donne uniquement le Sauveur Jésus Christ, qui est né, mort et ressuscité pour nous.

Vôtre,
archimandrite Cassien