samedi 13 novembre 2021

HOMÉLIE SUR LE RICHE ET LE PAUVRE

«Le Seigneur dit : Il y avait un homme riche qui s'habillait de pourpre et de lin fin et qui faisait chaque jour des festins somptueux. Et un pauvre, du nom de Lazare, gisait près de son portail, tout couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham; le riche mourut aussi et fut enseveli. Dans le séjour des morts, en proie aux tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham, et Lazare dans le sein d'Abraham. Alors il s'écria : Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car dans ces flammes je souffre cruellement. Abraham lui répondit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare, ses maux; maintenant donc il trouve ici consolation, et c'est ton tour de souffrir. D'ailleurs entre vous et nous s'est ouvert un abîme profond; et ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, non plus que ceux qui voudraient passer de là jusqu'à nous. Le riche dit alors : Père, je te prie donc d'envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j'ai cinq frères; qu'il leur fasse la leçon, de peur qu'ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui répondit : Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent ! Mais le riche reprit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. Mais Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu'un qui ressusciterait d'entre les morts.»

Luc (16,19-31)



Il est question dans cette parabole de Lazare qui fut emporté par les anges. Donc, cela confirme que les anges emportent l’âme du défunt après le décès, et également que le séjour des morts (enfer, hadès etc.) existe et reçoit les pécheurs en attendant le Jugement dernier. Le riche «fut enseveli.» On ne parle pas des anges ! Les flammes dont il est question figurent les souffrances que le pécheur endure toute l’éternité. Évidemment, l’eau ne pourra pas le soulager, ce n’est qu’une image. 

Un autre aspect : le riche ne fut pas condamné à cause de sa richesse mais à cause de sa dureté de cœur, car il ne partagea pas avec le pauvre qui était devant sa porte. «Dans le présent passage, on blâme le mauvais riche, non pour avoir pris le bien d’autrui, mais pour ne pas lui avoir donné du sien,» dit saint Grégoire le Dialogue (hom. 40 sur les Evang.) Plus bas il continue : «Le riche, en effet, n’est pas puni pour avoir volé les biens d’autrui, mais parce qu’il s’est livré à un mauvais usage de ses propres biens.»

«Toute pauvreté n’a pas le privilège de la sainteté, comme aussi toute richesse n’est pas nécessairement criminelle, mais de même que c’est la vie molle et sensuelle qui déshonore les richesses, c’est la sainteté qui rend la pauvreté recommandable,» dit saint Ambroise de Milan.

Le riche ne s’inquiétait, après sa mort, que de ses parents. Ni le pauvre Lazare, ni le reste de l’humanité ne l’intéressaient. Apparement les cinq frères ne vivaient pas mieux que lui-même, car il est bien dit : «ils se repentiront,» dans le cas où…

L’abîme profond indique bien la séparation définitive entre les justes et les pécheurs. Il ne s’agit pas seulement du fait qu’on ne peut se rejoindre, mais que même le souvenir des damnés est effacé chez les justes, sinon ils souffraient encore en y pensant.

Il est écrit aussi : L’abîme «s'est ouvert». L’abîme définitif ne se fera qu’après le dernier Jugement.» Entre-temps, l’âme peut encore migrer de l’hadès, grâce aux prières de l’Église et de chacun, sans pourtant ne rien faire d’elle-même.

Si les âmes des justes sont portées à la miséricorde par leur bonté naturelle, une fois qu’elles sont unies à la justice de leur Créateur, elles sont dotées d’une si grande rectitude de jugement qu’elles n’éprouvent plus aucune compassion pour les réprouvés. (Je plagie cela de chez saint Grégoire).

Le sein d’Abraham n’est qu’une image du paradis céleste bien sûr. Dieu dit à Abraham : «Je te rends père d’une multitude de nations.» (Gen 17,5) Il faut le comprendre dans ce sens et non le prendre à la lettre.

«Beaucoup viendront du levant et du couchant, et auront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures.» (Mt 8,11-12)

«Il y avait,» et non : il y a, car il a passé comme une ombre fugitive,» dit saint Jean Chrysostome (hom. sur les riches), pour indiquer que les richesses de cette vie terrestre sont passagères et caduques.

Le pauvre porte un nom tandis que le riche est anonyme. Dans l’Apocalypse est écrit : «À celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit.» (2,17) Celui qui vaincra recevra donc un nom nouveau, et pas les damnés. Saint Ambroise dit : «Il semble que ce soit ici une histoire plutôt qu’une parabole, puisqu’il y a désignation précise du nom.» De son côté, saint Jean Chrysostome remarque : «Dans la parabole, au contraire, on propose un exemple et on passe les noms sous silence. Le mot Lazare signifie qui est secouru; en effet, il était pauvre et il avait Dieu pour soutien.» (hom. sur les riches) Il dit «au contraire»; cela confirme ce que saint Ambroise remarque. Saint Cyrille, de son côté, indique «une tradition juive rapporte qu’il y avait alors à Jérusalem un homme nommé Lazare, accablé tout à la fois sous le poids de l’indigence et de la maladie, et c’est lui que notre Seigneur prend ici pour exemple pour donner plus de clarté à ses divins enseignements.» «Remarquez encore que dans le peuple on connaît bien mieux le nom des riches que celui des pauvres; or notre Seigneur nous fait connaître ici le nom du pauvre et passe sous silence le nom du riche, pour nous apprendre que Dieu connaît et chérit les humbles, tandis qu’il ne connaît point les superbes,» dit saint Grégoire le Grand (hom. 40 sur les Evang.)

  «Souviens-toi,» dit la parabole. Cela indique nettement qu’on savait bien dans cette vie comment vivre, et qu’il n’y aura pas d’excuse.

Il est bien dit que le pauvre était couché devant la porte. Donc le riche le voyait bien chaque jour et n’a par conséquent aucune excuse pour sa dureté.

Lazare cherchait en cette vie à ramasser les miettes tombant de la table du riche, et le riche damné désire que Lazare lui laisse tomber du bout du doigt une goutte d’eau dans la bouche. L’un souffrit dans cette vie passagère et l’autre souffre dans la vie future pour toute l’éternité ! Pensons donc que nos souffrances ici-bas passent et que les récompenses seront éternelles !

Cet évangile est très riche d’enseignement, et je laisse pour une autre fois – si Dieu me prête vie – d’autres explications, en terminant maintenant avec ce que dit le Seigneur : «Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu’ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles viendront à vous manquer.» (Luc 16,9)


archimandrite Cassien




mardi 2 novembre 2021

LE BON LARRON

Le bon larron, du nom de Disme, est vénéré dans l’Église le 12 octobre. Étonnante est sa vie : de voleur, il est devenu, en quelques instants, un saint. D’un extrême il tomba dans l’autre, comme d’autres saints (sainte Marie l’Égyptienne, saint Moïse l’Ethiopien et tant d’autres). Ils agirent entièrement, soit en bien, soit en mal. Ils ne furent pas des «tièdes», que le Seigneur aurait vomit. Disme, toute sa vie, a volé, et on pourrait même dire qu’il a volé le paradis, car il n’a rien fait de bon dans sa vie, si on ne compte ce que relate la légende que je citerai après ce texte. C’est sa foi ardente seule, sans les œuvres, qui l’a sauvé. De toute façon, sur la croix, il avait les mains clouées et ne pouvait plus faire ni bien ni mal.

Dans son agonie sur la croix, il confessa la divinité du Christ, agonisant également. «Il dit à Jésus : Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton royaume.» (Luc 23,42) Comment a-t-il pu croire que le Sauveur reviendra, comme roi, dans son royaume ? Lui-même était en train de mourir et demanda de se souvenir de lui. Quelle foi en la résurrection, tandis que les apôtres tous troublés s’étaient enfuis !

Il réprimanda Gestas, l’autre larron, en disant : «Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes; mais celui-ci n’a rien fait de mal.» (Luc 23,41) Il confessa ses méfaits, qu’il avait commis durant sa vie par ces mots – une confession générale avec un vrai repentir. 

Disme n’est même pas mort en martyr, car il fut crucifié pour ses crimes et non pour sa croyance ! Donc, quelles bonnes œuvres eut-il à montrer ? Ce n’est que sa foi qui l’a sauvé, comme dit maintes fois le Christ lors des guérisons : «ta foi t’a sauvé.»

Le Sauveur est mort avant les deux larrons, car «les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui. S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau.» (Jn 19,32-34)

Quand le larron traversa les péages de l’air, les démons réclamèrent certainement son âme, et à juste titre, car ses crimes furent nombreux. Pourtant sa foi ardente en la miséricorde de Dieu, et peut-être aussi l’épisode relaté dans la légende, ont fait basculer la balance de la justice, et il a pu traverser sans obstacle les péages de la mort.

Donc le larron a rejoint le Sauveur, alors que celui-ci était déjà descendu en enfer et il est remonté avec lui au paradis, selon sa promesse.

«Aujourd’hui» avait dit le Christ. C’est donc bien le jour même de la crucifixion que Jésus est monté au paradis avec son âme en compagnie du larron et tant d’autres sauvés. À Pâque, il est ressuscité avec son corps, et à l’Ascension, avec son corps glorifié, il est monté au ciel, où il règnera pour toute l’éternité avec ceux qui ont cru en lui.

Quelle leçon en tirer ? D’abord vivre entièrement notre foi, et ne pas être tiède, afin de ne pas être vomi par la bouche du Seigneur, et ensuite de ne jamais désespérer de notre salut avant que nous n’ayons croisé nos bras sur la poitrine et fermé nos yeux.

a. Cassien



«Disme vivait dans une forêt près de l'Egypte, lorsque Marie, fuyant la colère d'Hérode, sy rendit elle-même, portant avec elle Jésus enfant. Il était assassin de profession, et fils du chef d'une troupe de malfaiteurs. Or, un jour qu'il était en embuscade, voyant arriver un vieillard, une jeune femme et un petit enfant, jugeant avec raison qu'ils ne pourraient opposer aucune résistance, il se dirigea vers eux avec ses compagnons, dans l'intention de les maltraiter; mais il fut tout à coup ravi par la grâce surnaturelle qui embellissait le visage de Jésus, de sorte qu'au lieu de leur faire aucun mal, il leur donna l'hospitalité dans la caverne qu'il habitait, et leur prépara tout ce qui leur était nécessaire. Marie était heureuse en voyant les caresses et les soins que ce voleur prodiguait à son Fils bien-aimé; elle lui en rendit grâces de tout son coeur, et elle l'assura qu’il en serait récompensé avant sa mort. La promesse de la très sainte Vierge se réalisa plus tard : Disme fut crucifié avec le Rédempteur du monde, et il obtint à son dernier moment la grâce de se repentir de ses fautes, et, ayant confessé publiquement la divinité de Jésus Christ pendant que les apôtres avaient pris la fuite, il eut le bonheur de recevoir les prémices de la rédemption, et d’entrer, peu de temps après avec Jésus Christ, en possession du royaume du ciel».

 

samedi 30 octobre 2021

HOMÉLIE POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE LUC

 «En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm; plusieurs de ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. Or, quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on transportait un mort pour l'enterrer : c'était un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de gens de la ville. A sa vue le Seigneur fut touché de compassion pour elle et lui dit : Ne pleure pas ! Puis, s'approchant, il toucha le cercueil et les porteurs s'arrêtèrent. Alors il dit : Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Puis Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.» Luc (7,11-16)



«Que la simplicité de l'Ecriture ne vous inspire pas de mépris pour elle. Nous n'étudions pas le choix des mots; nous ne cherchons pas à les arranger avec art; nous sommes moins jaloux de belles expressions et de discours harmonieux que de paroles simples qui énoncent clairement ce que nous voulons faire comprendre.» saint Basile le Grand (Hexaimeron, chap. 6)

Juste quelques mots donc – des miettes du festins – concernant cet épisode de l’évangile d’aujourd’hui.

«Une foule nombreuse faisaient route avec» Jésus, quand il se rendit dans la ville de Naïm, qui est une ville de Galilée, située à deux milles du mont Thabor. Egalement «une foule considérable de gens de la ville,» suivaient le cercueil qu’on menait à l’enterrement. Deux processions, pour ainsi dire, – une de la vie et une de la mort. 

C’était un jeune homme, fils unique d’une veuve. Saint Grégoire de Nysse dit : «En l’appelant jeune homme, notre Seigneur nous apprend qu’il était à la fleur de l’âge, dans la première jeunesse. Il y a quelques heures encore, il était la joie et le bonheur des regards de sa mère, peut-être déjà il soupirait après le temps, où uni à une tendre épouse, il deviendrait le chef de sa famille, la souche de sa postérité, et le bâton de vieillesse de sa mère.»

En voyant ce jeune homme mort dans la fleur de son âge, et sa mère veuve, le Seigneur fut touché de compassion. Peut-être pensa-t-il à sa propre mère qui pleura, le voyant suspendu à la croix, lui aussi le fils unique ?

«Le Seigneur fut touché de compassion.» Comme Dieu, il ne pouvait avoir de compassion, car Dieu est sans passions; mais en tant qu’homme, le Christ connaissait toutes nos passions naturelles, hormis les vices, – qu’on appelle aussi passions, mais passions déréglées. Si l’on prête à Dieu des sentiments humains : colère, jalousie etc. ce n’est qu’une façon humaine de parler et non la réalité divine qui dépasse nos compréhensions. 

«Ne pleure pas,» dit-il alors à cette pauvre veuve, qui avait perdu son fils unique – toute sa joie et tout son bonheur. Il ne se contenta pourtant pas de la consoler par ses paroles, comme nous le faisons, impuissants à aider autrement; mais il traduisit sa compassion en acte. 

Tite de Bostra, ou Bostre, dit : «Le Sauveur ne ressemble point ici au prophète Élie, qui pleure le fils de la femme de Sarepta (III R 17), ni au prophète Élisée, qui étendit son corps sur le cadavre du fils de la Sunamite (IV R 4), ni à l’apôtre saint Pierre, qui prie Dieu de rendre la vie à la pieuse Thabitha (Ac 9); mais il est celui qui appelle ce qui n’est pas comme ce qui est, et qui peut faire entendre sa parole aux morts aussi bien qu’aux vivants : «Et il dit : Jeune homme, je te le commande, lève-toi.» 

Le Christ commande aux morts, lui le Maître de la vie et de la mort. Il est ressuscité aussi par sa propre puissance mais ne fut pas ressuscité !

Tite, évêque de Bostre en Syrie, écrit ensuite : «Ce jeune homme obéit aussitôt à l’ordre qui lui est donné, et se lève sur son séant, car rien ne peut résister à la puissance divine, elle ne souffre aucun retard, elle n’a besoin d’aucune instance : Aussitôt le mort se leva sur son séant et commença à parler, et Jésus le rendit à sa mère

«Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple

Quand Dieu fait un miracle, le but principal est toujours de nous amener à la foi, en vue de notre salut éternel, et non la guérison, le soulagement dans cette vie, qui en eux-mêmes ne nous rapprochent pas nécessairement de Dieu.

Espérons que l’évangile, que nous venons d’entendre, ne flatte pas seulement nos oreilles mais réveille notre conscience, stimule notre zèle et fasse de nous, – morts par nos péchés – de vrais ressuscités !

a. Cassien

samedi 23 octobre 2021

MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS TU ABANDONNÉ ?

 


L’Église confesse que le Christ est entièrement Dieu et entièrement homme. Il n’est pas seulement homme en apparence et son humanité ne fut pas absorbée par sa divinité comme le confessent certains hérétiques.

Il a eu aussi deux volontés – divine et humaine, et non une seule volonté comme le confesse le monothélisme, qui fut condamné au troisième concile de Constantinople en 681.

Sa volonté humaine s’est entièrement soumise au jardin des Oliviers, quand il dit : «Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite !» (Mt 26,42; Lc 22,42) 

Sur la croix, la divinité se cacha et seule l’humanité du Sauveur souffrit la passion, car Dieu est impassible.«Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» (Mt 27,46 et Mc 15,34) Il citait ainsi le psaume 21 : «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné, et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes ?»

«Or, Jésus cite ces paroles du prophète, pour rendre hommage jusqu’au dernier moment, à l’Ancien Testament, et pour faire voir qu’il honore son Père, et ne lui est pas opposé, et il prononce ces paroles en hébreu, pour être compris des Juifs qui l’entendent,» dit saint Jean Chrysostome (hom. 88)

Saint Hilaire de Poitiers dit : «De ces paroles, les hérétiques veulent conclure ou que le Verbe de Dieu s’est comme anéanti en prenant la place de l’âme unie au corps, et en lui donnant la vie qu’il reçoit de l’âme, ou bien que Jésus Christ n’était pas un homme véritable, parce que le Verbe de Dieu n’habitait en lui que comme il était autrefois dans l’esprit des prophètes. Il semble, d’après ces hérétiques, que Jésus Christ ne soit qu’un homme ordinaire, composé d’un corps et d’une âme comme nous, et qu’il ne date son existence que du jour où il a été fait homme, lui qui, dépouillé de la protection de Dieu qui se retire de lui, s’écrie : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné. Ou bien encore, ajoutent-ils, la nature humaine s’étant comme confondue avec l’âme du Verbe, Jésus Christ a été secouru en tout par la puissance de son Père, et maintenant qu’il est privé de ce secours, et abandonné à la mort, il se plaint de cet abandon, et en appelle à celui qui l’a délaissé. Mais au milieu de ces opinions aussi faibles qu’impies, la foi de l’Église, toute pénétrée de la doctrine des apôtres, ne divise point Jésus Christ, et ne laisse point à penser qu’il ne soit pas à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme. En effet, la plainte qu’il fait entendre dans son délaissement, c’est la faiblesse de l’homme qui va mourir, et la promesse qu’il fait du paradis au bon larron, c’est le royaume du Dieu vivant. En se plaignant d’être abandonné au moment de sa mort, il vous prouve qu’il est homme, mais tout en mourant, il assure qu’il règne dans le paradis, et vous montre ainsi qu’il est Dieu. Ne soyez donc pas surpris de l’humilité de ses paroles et des plaintes qu’il fait entendre dans son délaissement, lorsque sachant bien qu’il a revêtu la forme d’esclave, vous êtes témoin du scandale de la croix.» (Liv. 10 sur la Trinité)

Raban Maur, de son côté dit : «Ou bien le Sauveur jette ce cri, parce qu’il s’était comme revêtu de nos sentiments, et que lorsque nous sommes dans le danger, nous nous croyons abandonnés de Dieu. En effet, Dieu avait abandonné la nature humaine par suite du péché, mais comme le Fils de Dieu est devenu notre avocat, il pleure la misère de ceux dont il a pris sur lui les fautes, et il nous apprend par là combien les pécheurs doivent verser de larmes, en voyant ainsi pleurer celui qui n’a jamais commis le péché.»

«Ne soyez point surpris de l'humilité de ses paroles, de ce qu'il se plaigne d'être abandonné; la forme de serviteur qu'il a prise, vous le savez, est la cause du scandale de la croix. La faim, la soif, la fatigue, n'étaient pas les propriétés de sa divinité, mais les infirmités de la nature humaine; ainsi ce cri : «Pourquoi m'as-tu abandonné;»  c'est la plainte du corps, parce que le corps a une horreur souveraine et naturelle pour sa séparation d'avec la vie qui lui est unie. Sans doute, c'est le Sauveur lui-même qui parle ici, mais eu égard à la faiblesse de son corps, il parle comme homme et laisse la nature humaine en proie à ces agitations qui nous font craindre à nous-mêmes que Dieu nous abandonne au milieu des dangers.» (Bède le Vénérable) 

«Le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur.» (Mt 10,24) Si donc nous pensons que Dieu nous abandonne dans nos épreuves, songeons au Seigneur qui a déjà subi cela en tant qu’homme.

Terminons avec un épisode dans la Vie de saint Antoine le Grand (chap. 5) :

«Soudain tous les démons disparurent, toutes ses douleurs cédèrent, et le bâtiment fut rétabli en son premier état. Antoine connut aussitôt que le Seigneur étant venu pour l'assister remplissait ce lieu-là de sa présence, et ayant encore davantage repris ses esprits et se trouvant soulagé de tous ses maux, il dit en adressant sa parole à cette divine lumière : «Ou étais-tu mon Seigneur et mon Maître ? Pourquoi n’es-tu pas venu des le commencement, afin d'adoucir mes douleurs ?» Alors il ouït une voix qui lui répondit : «Antoine, j’étais ici; mais je voulais être spectateur de ton combat; et maintenant que je vois que tu as résisté courageusement sans céder aux efforts de tes ennemis, je t'assisterai toujours et rendrai ton âme célébré par toute la terre.» Ayant entendu ces paroles il se leva pour prier et sentit en lui tant de vigueur qu'il connut que Dieu lui avait rendu beaucoup plus de force qu'il n'en avait auparavant.» 


a. Cassien




vendredi 22 octobre 2021

BAPTÊME DE MAXIME

 Samedi le 3 (16) octobre fut baptisé, dans la chapelle de saint Maurice, à Saxon (Suisse) Maxime, le fils de Gaian et Marie Monnet. Le dimanche nous avons célébré dans la chapelle la divine liturgie.



mercredi 22 septembre 2021

TOGO

 Je viens de renter du Togo, où j’étais pendant trois semaines. Lors du séjour, on a pu célébrer deux liturgies dominicales; il y a eu deux baptêmes, et la construction de la chapelle a pu avancer, tant que les moyens financiers le permettaient.

Pour plus de détail.



Le bulletin 189 est prêt.



vôtre a. Cassien

mardi 24 août 2021

AFRIQUE

 Plaise à Dieu, je partirai demain le 12 (25) août pour trois semaines en Afrique. Pendant ce temps, nos "bureaux" seront fermés ici  à Clara. Pas de téléphone, juste peut-être des émails. 

vôtre a. Cassien

samedi 17 juillet 2021

HOMÉLIE SUR LE CENTURION

 «En ce temps-là, comme Jésus entrait à Capharnaüm, un centurion vint le trouver et lui fit cette prière : Seigneur, j'ai à la maison un serviteur atteint de paralysie, et il souffre beaucoup. Jésus lui dit : Je vais aller le guérir. Le centurion répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car moi, qui ne suis qu'un subalterne, j'ai sous moi des soldats, et je dis à l'un : Va ! et il va, à un autre : Viens ! et il vient, et à mon serviteur : Fais ceci ! et il le fait. A ces mots, Jésus fut dans l'admiration et il dit aux assistants : En vérité je vous le dis, chez personne en Israël je n'ai trouvé pareille foi. Aussi, je vous le dis, beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Puis il dit au centurion : Va, et qu'il t'advienne selon ta foi ! Et sur l'heure le serviteur fut guéri.» (Mt 8,5-13)



Voici quelques mots sur l’évangile d’aujourd’hui, le quatrième dimanche de Matthieu.

L’évangéliste Matthieu dit simplement : «un centurion vint le trouver et lui fit cette prière.» Luc par contre est plus explicite : «Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya quelques anciens des Juifs, pour le prier de venir guérir son serviteur. Ils arrivèrent auprès de Jésus, et lui adressèrent d’instantes supplications, disant : Il mérite que tu lui accordes cela; car il aime notre nation, et c’est lui qui a bâti notre synagogue. Jésus, étant allé avec eux, n’était guère éloigné de la maison, quand le centenier envoya des amis pour lui dire : Seigneur, ne prends pas tant de peine; car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.» (Luc 7,3-6)

Ces deux récits semblent être en désaccord, ce qui ne peut se résoudre que si l’on admet qu’il y a trois étapes : d’abord Jésus fut abordé par des anciens des Juifs, et en s’approchant de la maison, le centurion envoya des amis pour lui dirent : «Seigneur, ne prends pas tant de peine …» Mais finalement le Seigneur continua quand même son chemin en se dirigeant vers la maison et c’est finalement le centurion qui lui-même parla : «C’est aussi pour cela que je ne me suis pas cru digne d’aller en personne vers toi.»

Par contre Matthieu raconte ce que Luc omet : «En vérité je vous le dis, chez personne en Israël je n'ai trouvé pareille foi. Aussi, je vous le dis, beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.»

Il est connu que lors de tout événement, chaque témoin le raconte à sa manière et que chacun développe plus en détail ce qui lui semble plus important. Par conséquent, les deux évangélistes se complètent et ne se contredisent nullement.

Un détail : Le centenier avait cent soldats sous ses ordres et il servait dans l’armée romaine qui occupait Israël.

Ce que les deux évangélistes relatent pareillement me semble le plus important : «…dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri !» C’est cette foi du le centenier qu’admira même le Christ et qui lui fit dire : «En vérité je vous le dis, chez personne en Israël je n'ai trouvé pareille foi.» Luc dit : «Je vous le dis, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi.»

Saint Ambroise explique : «Si vous lisez : Je n’ai trouvé chez personne autant de foi dans Israël, le sens est simple et facile, mais si vous lisez selon le texte grec : Je n’ai pas trouvé une si grande foi, même dans Israël, la foi de cet homme est mise au-dessus même des élus et de ceux qui voient Dieu.»

Pourquoi l’admiration du Sauveur qui sait tout ? Bède le Vénérable dit : «Si donc le Seigneur se laisse aller à l’admiration, c’est pour nous faire partager le même sentiment, car toutes ces émotions de l’âme, lorsqu’on les attribue à Dieu, ne sont point un signe de trouble intérieur, mais une leçon salutaire qu’il nous donne.»

«De retour à la maison, les gens envoyés par le centenier trouvèrent guéri le serviteur qui avait été malade,» conclut Luc. Cela suppose que le centenier s’approcha de Jésus, qui était encore en chemin, – pour lui parler. Matthieu dit : «Va, et qu'il t'advienne selon ta foi !» «Va», cela veut dire : retourne dans ta maison.

«Et sur l'heure le serviteur fut guéri.» C’est donc à distance que la guérison a eu lieu, sans que le Christ ait vu ou touché le serviteur. C’est cette foi admirable du centenier qui suppléa à la foi du serviteur, comme nous le voyons également dans la guérison du paralytique : «Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.» (Mc 2,5) Il est dit : «leur foi,» donc celle «des gens qui vinrent à lui, amenant un paralytique porté par quatre hommes.» 




De ceux qui «viendront de l'orient et de l'occident et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux,» nous en parlerons une autre fois, si Dieu nous prête vie.


a. Cassien