jeudi 8 octobre 2020

CELUI QUI CROIT …

 «Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.» (Mc 16,16)


«Peu d'hommes comprennent un rhéteur philosophe, tandis que la parole d'un homme simple et sans art se fait entendre d'un grand nombre.» saint Grégoire de Tours (Histoire de France, préface)

Tâchons donc d’expliquer simplement ces paroles de l’évangile citées.

La condition pour être sauvé, c’est la foi et le baptême. Par le baptême nous entrons dans l’Église, qui est l’arche du salut, et dont l’arche de Noé est une image. Celui qui n’écouta pas Noé autrefois, – qui prêcha le déluge pendant cent ans, – ne fut pas sauvé, cela veut dire que celui qui ne croit pas sera condamné. 

Il est écrit «celui qui ne croira pas sera condamné», et non «celui qui ne croira pas et ne sera pas baptisé, sera condamné». Le baptême est la voie normale, mais il peut avoir des exceptions bien sûr. Il y a des personnes qui croient mais n’ont pas la possibilité d’être baptisées. Par contre, celui qui croit mais méprise le baptême, tout en pensant pouvoir se sauver en se fiant à ses raisonnements et à ses propres forces, ressemble à celui qui méprisait l’arche de Noé et voulait se sauver à la nage. Tôt ou tard, il aura fini par être noyé !

Noé avait construit l’arche pour survivre au déluge et le Christ a fondé l’Église pour nous sauver. C’est en elle que se trouve tout ce qu’il faut pour le salut.

Ailleurs, il est dit : «étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.» (Mt 7,14) Trouver cette porte à notre époque, où il y a tant de pseudo-églises, c’est difficile, mais pour celui qui a une foi droite, tout est possible, sous-entendu que celui qui ne cherche pas vraiment le salut de l’âme, mais a d’autres intérêts, s’égare facilement.

Revenons. Celui qui croit sincèrement mais n’est pas encore baptisé, se trouve déjà sur le bon chemin mais il n’a pas encore atteint le but, dont le baptême est la condition. Laissons de côté les exceptions dont le Seigneur seul jugera.

L’apôtre Jacques parle de la foi par l’amour agissant. «Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ?» (Jc 1,14) Le baptême également est mort, s’il n’est pas vécu. La robe blanche du baptême symbolise l’habit de noces qui nous permettra de participer aux noces éternelles. Mais si cette robe est pleine de taches, ou fait défaut ?

Par le baptême, nous entrons dans l’Église terrestre, – qui est le champ de blé qui contient non seulement du blé mais aussi encore de l’ivraie, – mais également dans l’Église céleste, car l’Église n’est qu’une. Ne soyons pas scandalisés par l’ivraie. Le Christ «a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.» (Lc 3,17)

Les apôtres constituaient bien l’Eglise primitive, malgré les faiblesses et même le traître (Judas). Il est question quelque part de «ceux qui étaient parmi nous mais n’étaient pas d’entre nous» et l’Apôtre parle «des faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous.» (Gal 2,4) Donc, ne nous heurtons pas aux faiblesses des fidèles, mais regardons où est vraiment l’arche du salut.

Concluons : Le baptême suppose la foi et la foi doit aboutir au baptême.

a. Cassien

dimanche 4 octobre 2020

182

 Mes chers,

le bulletin 182 est prêt !

a. Cassien

vendredi 2 octobre 2020

CONSIDERATIONS



À Moïse, Dieu se révéla, dans le buisson ardent, comme celui qui est : l’Étant. En grec : ’O WN. Traduire l’Être, n’est pas juste car Dieu n’est pas une chose mais une personne ou plutôt trois personnes.

Cela dit pour la traduction. Dieu est. Il n’a ni commencement ni fin, étant en dehors du temps qui s’écoule. Pourtant, il n’est pas statique car il est la vie, comme dit le Christ de lui-même : «Je suis la résurrection et la vie.» (Jn 11,25) «Je suis le chemin, la vérité, et la vie.» (Jn 14,6) Comme image, on pourrait prendre un cercle sur lequel on avance sans avancer car il n’a ni début ni terme.

Vouloir se représenter l’éternité de Dieu ou son infinité dépasse notre entendement, car nous sommes habitués et limités à ce qui nous est familier – le temps et espace. Dieu pourtant contient le temps dans son éternité, et également tout l’univers limité.  

Les pères parlent du mouvement stable. Dieu est la stabilité même car étant immuable, sans changement, il est en même temps en mouvement car il est la vie même. 

Vouloir comprendre ce que je viens de dire n’est pas possible à l’homme car Dieu est incompréhensible. On ne peut que s’émerveiller et je dirais frissonner même devant la nature divine. 

Vouloir comprendre une petite fleur nous dépasse déjà. Quelle est la vie qui l’anime, sa fragilité, sa sensibilité, sa fécondité, etc. ?  À plus fort raison Dieu, qui est le Créateur même de cette fleur ne peut être saisi par nos raisonnements car il dépasse tout raisonnement, toute logique, tout spéculation. Ce n’est que par la foi et dans l’amour qu’on pourra l’approcher.

On chante souvent dans les hymnes liturgiques : «Ô merveille paradoxale …» Toutes les œuvres du Seigneur sont paradoxales; son Incarnation dans le sein de la Vierge, par exemple, la croix, – qui était le supplice le plus abject, – mais qui est devenue le salut du monde et la gloire de l’Église et dont nous venons de fêter l’exaltation.


a. Cassien


Ô merveille paradoxale ! L’arbre vivifiant, la sainte Croix apparaît en ce jour hautement exaltée; tous les confins de la terre la glorifient, tous les démons sont terrifiés; de quel don sont gratifiés les mortels ! Par elle, ô Christ, sauve nos âmes, en ton unique bonté.

Ô merveille paradoxale ! En ce jour la Croix ayant porté le Très-Haut tel une grappe débordante de vie au-dessus de la terre se laisse voir exaltée; c'est elle qui nous hissa jusqu'à Dieu, par elle la mort fut engloutie pour toujours. Arbre pur grâce auquel nous savourons l'immortelle nourriture de l'Eden, en glorifiant le Sauveur ! 

Ô merveille paradoxale ! La largeur et la hauteur de la Croix sont à la mesure du ciel, puisque par divine grâce elle sanctifie l'univers; par elle les nations païennes sont vaincues, par elle est affermi le sceptre des rois. Divine échelle qui nous permet de monter jusqu'aux cieux en exaltant par nos hymnes le Christ notre Dieu!


Laudes de l’exaltation de la Croix

mercredi 16 septembre 2020

Ce qu’on aura semé


L’Apôtre écrit : «Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment.» (II Cor 9,6) Ces paroles sont limpides et ne demandent pas d’explications, mais il est parfois bon de les rappeler à la mémoire.

Prenant cette image dans la vie courante, l’apôtre ne parle pourtant pas des graines de plantes mais de notre vie spirituelle, comme il explique ailleurs : «Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle.» (Gal 6,7-8)

Revenons pourtant à l’image de l’agriculteur qui sèmera sa semence. Il se donne toute la peine pour bien faire et faire de mieux en mieux. Il prépare soigneusement la terre pour recevoir la semence, il observe le temps pour semer, il surveille la croissance contre les insectes nuisibles etc. Pourtant, tout ne dépend pas de lui. Une intempérie peut tout détruire.  

Dans notre vie terrestre cela s’applique également, tous nos efforts peuvent se perdre, et, de toute façon, ils sont périssables et caduques par nature. Rien n’en restera lorsque nous quitterons cette vie. 

Dans notre vie spirituelle, par contre, tout portera des fruits au centuple pour la vie éternelle. Tout est écrit dans le livre de vie et ne peut se perdre. Le moindre effort qu’on fait pour Dieu, son salut, l’Église sera indélébile : une prière, une métanie, une aumône, un acte de charité etc. etc.

À plus forte raison nos agitations pour notre corps, nos aises, notre bien matériel se détruisent si nous négligeons nos devoirs spirituels au profit du matériel et le Seigneur nous le fait parfois sentir pour nous le rappeler. La parabole de l’évangile de l’insensé qui ne pensait qu’à agrandir ses greniers et à qui Dieu redemande son âme la même nuit, nous le montre clairement, et les exemples dans l’histoire de l’Église et la vie des saints ne manquent pas. 

Je pourrais vous berner, comme les faux prophètes, dont parle l’Écriture, qui ne prophétisaient que paix et sécurité, mais il est écrit : «Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part.» (Ez 3,7)

Quoi dire de plus ? «Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende !» (Mc 7,16)


a. Cassien

mardi 18 août 2020

HOMÉLIE POUR LA TRANSFIGURATION

 Les trois évangélistes synoptiques relatent l’événement de la Transfiguration, tandis que Jean le passe sous silence. Comparons donc ce qu’en disent les trois évangélistes.

Marc et Matthieu disent «six jours après» tandis que Luc dit «environ huit jours après.» Ils ne se contredisent pas car Luc dit approximativement huit jours. Après quoi ? Après la multiplication des pains dans le désert. 

«Sur une haute montage,» Jésus conduisit les trois disciples Pierre, Jacques et Jean. Il s’agit de la montage du Thabor en Galilée, tandis que la multiplication des pains se passa du côté de Bethsaïda.  

C’est là que Jésus fut transfiguré devant ses disciples. «Pendant qu’il priait,» précise Luc. «L’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur,» selon Luc. «Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière,» dit Matthieu, et Marc : «ses vêtements devinrent resplendissants, et d’une telle blancheur qu’il n’est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi.»

En même temps, «Elie et Moïse leur apparurent, s’entretenant avec Jésus.» Luc précise : «qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil; mais, s’étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui.»

«Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus,» continue Luc, tandis que les deux autres évangélisés continuent simplement : «Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie

« Il ne savait ce qu’il disait,» selon Luc et Marc. 

Matthieu continue plus en détail : «Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le ! Lorsqu’ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur.»

Et le récit s’achève ainsi : « Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul,» selon Luc. Selon Matthieu : «Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et dit : Levez-vous, n’ayez pas peur ! Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul.» D’après Marc : «Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux.»

En descendant de la montage Jésus leur recommanda «de ne dire à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité des morts.» – «Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu.»

Voici donc le récit de la Transfiguration en comparant les trois évangélistes, qui se complètent. Pourtant aucun d’eux ne fut témoin oculaire.

Voyons un peu ce que les pères en disent. 

«On se demande comment, d’après saint Matthieu, ce fut six jours après que Jésus prit avec lui ses disciples, tandis que saint Luc compte huit jours d’intervalle. La réponse est facile : saint Matthieu ne compte que les jours pleins qui séparent ces deux événements, tandis que saint Luc compte de plus le premier et le dernier jour.» (saint Jérôme)

«Saint Matthieu et saint Marc placent la transfiguration six jours après la promesse faite aux disciples, tandis que saint Luc rapporte que ce fut huit jours après. Il n’y a toutefois aucune contradiction dans leur récit; les deux évangélistes qui ne parlent que de six jours, n’ont pris que les jours intermédiaires, sans compter les extrêmes, le premier et le dernier; c’est-à-dire celui où la promesse fut faite, et celui de son accomplissement, tandis que saint Luc, qui compte huit jours, comprend les deux dont nous venons de parler.» (saint Jean Damascène)

«Or, pourquoi le Sauveur n’admet-il pas tous ses disciples, mais quelques-uns seulement à jouir de cette vision ? Il n’y en avait qu’un parmi eux (c’était Judas), qui fût indigne de voir cette révélation de la divinité, selon ces paroles : Faites disparaître l’impie, pour qu’il ne voie point la gloire de Dieu (Is 26). Or, si notre Seigneur l’avait seul excepté, sa jalousie eût donné un nouvel aliment à sa méchanceté. Le Sauveur enlève donc à ce traître un prétexte à sa trahison, en laissant avec lui tous les autres disciples au bas de la montagne.» (saint Jean Damascène)

«Pierre monte avec Jésus sur la montagne, parce qu’il devait recevoir les clefs du royaume des cieux; Jean, parce que le Sauveur devait lui confier sa mère; Jacques, parce qu’il devait souffrir le martyre le premier.» (saint Ambroise de Milan) 

«Notre Seigneur prend avec lui ces trois disciples, parce qu’ils étaient supérieurs aux autres apôtres. Remarquez ici que saint Matthieu ne cherche point à taire le nom de ceux qui lui furent préférés; c’est ce que fait également saint Jean, en rapportant les magnifiques prérogatives accordées à saint Pierre, car le collège des apôtres était pur de tout sentiment d’envie et de vaine gloire.» (Saint Jean Chrysostome)

«Le Sauveur, dans sa transfiguration, n'a rien perdu de sa nature corporelle; il nous a seulement découvert quelle sera la gloire que la résurrection devait communiquer, soit à son corps, soit aux nôtres. Après le jugement, tous les élus le verront tel qu'il a apparu à ses apôtres sur le Thabor.» (Bède le Vénérable)

«Moïse et Élie sont choisis de préférence parmi tous les saints, pour nous montrer le règne de Jésus Christ établi au milieu de la loi et des prophètes; car il doit juger Israël, assisté des mêmes témoins qui ont annoncé sa venue.» (saint Hilaire de Poitiers)

Qu’est-ce que ma pauvreté peut rajouter à tout cela ? Seulement le souhait que le Sauveur nous rende tous un jour digne de le contempler dans sa gloire dans les siècles sans fin.

a. Cassien






lundi 17 août 2020

LE CORONAVIRUS ET LE NOUVEL «ICONOCLASME !»

 En tant que théologien orthodoxe, je considère qu'il est de mon devoir de prendre position et de répondre aux questions de nombreux amis et personnes intéressées qui me demandent si les derniers problèmes survenus, tels que la transmission de virus à l'intérieur des saintes églises, l'utilisation d'un masque par les fidèles pendant le culte divin en raison de l’épidémie, ou un changement dans le mode de transmission de la sainte communion ou de la vénération des saintes icônes, etc., si tout cela concerne la croyance et, dans ce cas, s'il s'agit de foi.

Avec le sens des responsabilités et la crainte de Dieu, et après avoir étudié les saintes Écritures et l'enseignement des saints pères et en particulier du plus grand théologien dogmatique de l'Église catholique orthodoxe, saint Jean de Damascène, je déclare que les questions ci-dessus sont en fait à prendre très au sérieux.

En particulier, selon la théologie orthodoxe, ces demandes de modifications demandées sont HÉRÉTIQUES car elles sont en fait imposées (en tant que point de vue, positions et pratiques) à l'ensemble de l'Église par les autorités de l'État et il n'est donc pas déraisonnable de les appeler un «nouvel iconoclasme», et leurs partisans «iconoclastes». Car dans ce cas, il y a un déni de l'énergie divine incréée, de la sanctification de la matière et du créé en vertu de l'incarnation divine,  et donc qu’elles constituent une altération dans la pratique de l’enseignement, ainsi que de l'honneur et du culte des fidèles dans les sanctuaires.

En ce qui concerne les problèmes de la santé de l’homme et de son altération dans les saintes églises, nous déclarons que nous respectons la science médicale des médecins, mais pas la médecine de la politique ! Il existe aujourd'hui de nombreuses et indéniables preuves qui confirment et démontrent l'instrumentalisation de la médecine et de la santé humaine en général, à d'autres fins et projets que celles-ci, par les acteurs politiques et économiques (voir le triste et emblématique exemple de l'Organisation mondiale de la santé = OMS).

Enfin, nous considérons théologiquement inacceptables et condamnables les positions exprimées par certains théologiens, «bergers» et «synodes» selon lesquels «la santé humaine est avant tout et surtout sur terre» et que «sans les peuples, ni l'État ni l'Église n'existent et ne sont nécessaires», comme rationalistes et comme anti-évangéliques !

Nous savons que beaucoup ne seront pas satisfaits de notre position exprimée ci-dessus. Cependant, on ne nous demande pas d'être agréable et sympathique, mais si possible, selon Dieu, bénéfique. Pardonnez-moi et que Dieu soit avec nous !


Dimitrie I. Katsouras

modeste Théologien

 

PS. Quelques pensées supplémentaires :

L'esprit et par conséquent la logique, ainsi que la liberté de l'homme (autonomie) sont des dons de Dieu. Nous devons les respecter et les garder.


«L’esprit apostat de Dieu devient ou bestial ou démoniaque !» (saint Grégoire Palamas). 

samedi 15 août 2020

AU SUJET DES PSAUMES

     Les psaumes, comme tout l’Ancien Testament, il faut les comprendre dans leur contexte, qui était encore très imparfait. Ce n’est qu’avec le Christ que la perfection arriva. Tout l’Ancien Testament est pédagogique, comme pour un enfant à qui on défend ceci et cela (ne touche pas à cela, ne fait pas ceci) et à qui on le permettra par la suite, à cause de son avancement et sa maturation. Nous mêmes, qui sommes chrétiens, – plus par le nom que par la vie,– sommes encore à ce stade et ce ne sont que les saints qui sont arrivés à la perfection à qui s’applique : «Aime et fais ce que tu veux,» ou comme dit saint Antoine le Grand : «Je ne crains plus Dieu, mais je l’aime.»

La cause est donc la faiblesse morale des Juifs qu’il faut voir, quand il est dit dans un psaume, par exemple : «Heureux qui saisit tes enfants, et les écrase sur le roc !» (Ps 137,9) Ou : «Qu’ils soient confondus et qu’ils reculent, tous ceux qui haïssent Sion !» (Ps 129,5-6) Ou encore : «Que ses enfants deviennent orphelins, et sa femme veuve !» (Ps 109,9)

À nous est demandé la perfection par le Christ : «Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour oeil, et dent pour dent,» (Ex 21,24; Dt 19,21)



(Mt 5,38) et il poursuit : «Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre,» etc…  Et plus bas : «Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent.»

Les paroles des psaumes, ils faut les donc interpréter spirituellement. Nos ennemis, ce sont nos passions et les démons. Toute notre violence doit se diriger contre eux, et non vers le prochain qu’il faut aimer comme nous-mêmes.

Le Christ, lui-même n’employa qu’une seule fois la violence physique quand il chassa les vendeurs du Temple, et lorsque la gloire de son Père était en question. Sinon il ne prononça que des paroles dures quand il vit l’endurcissement dans le mal. «Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?» (Mt 3,7)

L’apôtre Paul, dit de son côté : «Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter.» (I Cor 3,2) C’est donc du lait qui fut donné, pour ainsi dire, aux Juifs, et à nous qui sommes encore faibles.

Sainte Photinie l’ermite disait : «Les hommes spirituels ne sont pas soumis à la loi, et ne sont plus en souci de savoir s’ils ont accompli tel ou tel commandement ou transgressé tel autre.»

L’Apôtre écrit quelque part : «Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bonté, la foi, la douceur, la tempérance; contre de pareils fruits, il n’y a pas de loi.»

Je me rappelle que des moines catho-latins avaient supprimé de la lecture du psautier le psaume 57, où il n’y a que des malédictions, comme par exemple : «Le juste se réjouira, lorsqu'il verra la punition des impies; il se lavera les mains dans le sang des pécheurs.» Ils n’avaient pas compris comment il faut envisager et interpréter les psaumes. 

Beaucoup de passages des psaumes se rapportent à l’incarnation du Sauveur, comme : «Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.» (Ps 16,10) Il trouvent leur plein sens dans cette interprétation. Par extension, le corps du Christ, – l’Église,– est envisagée, et nous, faibles pécheurs, indirectement.

Il faudrait encore parler des sentiments de Dieu, qui peuvent choquer également, quand il est par exemple écrit : «Jusques à quand, Seigneur, m'oublierez-vous ? Jusques à quand détournerez-vous de moi votre face ?» (Ps 10,1) Mais j’en avais déjà traité (ou plutôt saint Grégoire le Dialogue) dans le bulletin 180. 


a. Cassien

vendredi 7 août 2020

HOMÉLIE POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU

Mt (14,22-34)


«En ce temps-là, Jésus ordonna à ses disciples de remonter dans la barque et de le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait la foule. Et quand il l'eut renvoyée, il gravit la montagne pour prier à l'écart; et là, il était seul à la tombée de la nuit. La barque se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, sous un vent contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus vint à eux, marchant sur la mer. Les disciples, le voyant marcher sur la mer, prirent peur et dirent : C'est un fantôme ! et ils crièrent d'effroi. Mais Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c'est bien toi, ordonne que j'aille près de toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Et Pierre sortit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais devant la violence du vent il prit peur et, sur le point de couler, il s'écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand ils furent montés dans la barque, le vent cessa. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : Tu es vraiment le Fils de Dieu ! Et lorsqu'ils eurent achevé la traversée, ils touchèrent terre à Génésareth.»



Je voudrais éclaircir quelques aspect de cet évangile, en passant sous silence d’autres aspects, car qui peut sonder entièrement la profondeur de la parole de Dieu ?

C’est la seconde fois que les disciples sont en danger sur la mer. La première fois, le Christ était avec eux et avait dormi dans la barque, et cette fois-ci ils sont seuls. C’est-à-dire que le Seigneur les soumet à une épreuve plus grande. En plus de les laisser seuls, il tarde à intervenir, car ils ne vint que vers la quatrième veille de la nuit, quand l’obscurité commençait à se dissiper et l’aurore à se lever. «Le Seigneur vint trouver ses disciples battus par les flots, à la quatrième veille, c’est-à-dire vers la fin de la nuit, car la veille est de trois heures et la nuit est divisée en quatre veilles.» (Saint Augustin. serm. 14 sur les paroles du Seigneur) 

Ils le virent, mais confusément, à cause de l’obscurité, et ce n’est que quand ils entendirent sa voix que leur peur se dissipa. 

C’est une image de l’Église qui touche à la fin de son combat, de ses épreuves. «Lorsque le Christ reviendra à la fin des temps, il trouvera l’Église fatiguée et comme assiégée de tous côtés, et par l’esprit de l’Antichrist, et par les agitations du monde entier.» (Saint Hilaire. can. 14)

Pierre, dans sa foi spontanée, marcha sur les eaux, mais eut finalement peur de la violence du vent. Une attitude contradictoire : marcher sur l’eau sans craindre et être angoissé face à la violence de la tempête. «L’esprit est prompt mais la chair est faible,» comme dit l’apôtre Paul quelque part ; en d’autres termes : la foi et le «vieil homme» en nous.

Le Christ ne commanda pas à la mer de se calmer mais étendit la main, et saisit Pierre. Ce n’est qu’une fois sur la barque que la tempête se calma.

«Jésus ne commande pas aux vents de s’apaiser, mais il étend la main pour le soutenir, parce qu’il fallait que Pierre fit preuve de foi. Lorsque tous nos moyens humains font défaut, c’est alors que Dieu fait paraître sa puissance. Et pour le convaincre que ce n’est pas la violence du vent, mais son peu de foi qui l’a mis en danger, il lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Preuve que le vent n’aurait pu rien contre lui, si sa foi avait été plus ferme.» (Saint Jean Chrysostome. hom. 51)

En même temps le Seigneur réprimanda Pierre : «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?» Nous luttons dans nos épreuves, mais nos passions nous hantent encore : le doute, l’angoisse, la faiblesse. On en sort peut-être vainqueur, mais avec des blessures et des séquelles. Cela nous humilie et nous protège contre l’orgueil, qui, sinon, nous ferait croire que notre force vient de nous-même.

«Et quand ils furent montés dans la barque …» Ce n’est pas seul que Pierre monta dans la barque mais accompagné de Jésus. Image de ce que nous ne pouvons trouver la paix sans le secours de Dieu. «… et le vent cessa.»

Pendant cet événement, les autres disciples ne dirent pas un mot. C’est ainsi que nous ne pouvons compter, dans nos tentations, sur les autres mais seulement sur l’Esprit du Seigneur qui nous seconde invisiblement mais sûrement, et qui seul connait ce qui se passe en nos cœurs.

Voilà un seau de l’eau de la mer divine puisé par ma petitesse, comme dirait saint Augustin, qui vit un jour un enfant qui voulait puiser avec un seau toute l’eau de la mer.


a. Cassien