mercredi 27 mai 2020

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION

Voici quelques miettes du festin que j’ai pu ramasser dans les évangiles, nos pères théophores, les hymnographes et dans l’iconographie.
Commençons avec les évangiles qui sont peu loquaces sur cet événement, pourtant fort important, qui est le point culminant de l’économie du salut de notre Sauveur.
Jean ne dit rien de l’Ascension et Matthieu juste du «lieu que Jésus leur avait désigné» (Mt 28,18). Marc de sont côté, dit un peu plus : «Après leur avoir parlé, le Seigneur fut enlevé au ciel et il s'assit à la droite de Dieu.» (Mc 16,19) Ce n’est que Luc qui en dit davantage : «Puis il les conduisit vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut enlevé au ciel.» (Luc 24,50)
«Il les conduisit vers Béthanie,» ce qui suppose qu’ils étaient rassemblés à Jérusalem. Or Béthanie était «près de Jérusalem, à quinze stades environ,» selon saint Jean (Jn 11,18) Les Actes (19,10) disent : «la distance d’un chemin de sabbat.» Ils étaient rassemblés dans la ville. «Vous autres, restez en ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force d’en haut.» (Luc 24,49) Dans les Actes des Apôtres (1,4) est écrit : «Au cours d’un dernier repas, il leur enjoignit de ne pas quitter Jérusalem.» On dirait : confinés, aujourd’hui, mais il n’y avait heureusement ni Corona ni les Mercrons, en ce temps-là. Après l’Ascension, «ils retournèrent à Jérusalem en grande joie,» ce qui indique donc qu’ils venaient de Jérusalem, puisqu’ils y retournèrent.
Pour la Résurrection du Christ, il est dit qu’il est ressuscité et pour l’Ascension qu’il fut enlevé au ciel. Pourquoi une fois il est et l’autre fois il fut ? Quelle est la différence ? Lors de l’Ascension c’est l’humanité du Christ qui monta au ciel, comme prémices pour tous les hommes. La divinité du Sauveur n’a jamais quitté la droite de son Père. C’est donc l’humanité qui fut
Saint Grégoire le Grand, ou le Dialogue, dit : «Nous savons par l'Ancien Testament, qu'Elie a été enlevé au ciel (cf. 4 R 2). Mais il faut distinguer ici entre le ciel éthéré et le ciel aérien ou atmosphérique qui est plus rapproché de la terre. Elie fut donc enlevé dans le ciel aérien, et déposé dans une région secrète du monde pour y vivre dans une paix profonde de l'âme et du corps, jusqu'à ce qu'il revienne à la fin du monde et paie son tribut à la mort. Remarquons aussi qu'Elie a été emporté sur un char, pour démontrer clairement que n'étant qu'homme il avait besoin d'un secours étranger; notre Rédempteur, au contraire, n'a eu besoin ni d'un char, ni des anges pour monter au ciel; Créateur de toutes choses, il s'élevait par sa propre vertu au-dessus de tous les éléments.»
«Il s'assit à la droite de Dieu.» Il y est question de l’humanité, car depuis tout éternité le Fils de Dieu y est assis. «Il ne faut point entendre qu'il est assis comme les hommes ont coutume de s'asseoir, et dans ce sens que le Père serait assis à la gauche, et le Fils à la droite; la droite, c'est la puissance qu'il a reçue de Dieu comme homme pour venir juger les hommes après qu'il était venu pour être jugé par eux. L'expression s'asseoir ou résider, a le même sens qu'habiter; ainsi nous disons d'un homme, il s'est assis ou il a résidé dans ce pays pendant trois ans; c'est donc ainsi que Jésus Christ habite à la droite de Dieu le Père, il est heureux et il habite au sein de la béatitude, qui est appelée la droite du Père. Là, on ne connaît que la droite, parce qu'il n'y a plus aucune souffrance,» selon le vénérable Augustin (du Symbole).
«Lorsque les disciples, ravis l'admiration, suivaient des yeux le Seigneur montant au ciel, deux anges, vêtus de blanc et brillants de splendeur, se présentèrent à eux, et leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, en vous quittant, s'y est élevé, reviendra de la même manière que vous l'avez vu monter au ciel. (Ac 1,11) «Ces paroles apprennent à tous les enfants de l'Église, que notre Seigneur Jésus Christ reviendra visiblement un jour dans cette même chair avec laquelle il est monté au ciel.» (saint Léon le Grand, homélie 2 pour l’Ascension) Les Actes des Apôtres complètent donc les évangiles en parlant de deux anges, – je suppose que c’étaient les mêmes anges qui annoncèrent la Résurrection aux myrophores près du tombeau – et ensuite : «il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel. Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat.» (Ac 1,9-12) Dans une autre homélie dit saint Léon : «non seulement les apôtres, mais tous les disciples qui avaient perdu courage en le voyant souffrir le supplice de la croix, et qui avaient douté de sa résurrection, ranimés et fortifiés par la manifestation réelle de sa présence, loin de s'abandonner à la tristesse lorsqu'ils le virent monter au ciel, furent comblés de joie. Et, en effet, y eut-il jamais un sujet plus légitime de se réjouir que dans cet heureux moment où la nature de l'homme s'élevait, en présence de cette sainte assemblée, au-dessus de tous les esprits célestes, au-dessus de tous les ordres des anges et des archanges, sans trouver dans sa glorieuse ascension, par de-là tous les cieux, aucun obstacle qui l'arrêtât jusqu'à ce que, reçue dans le sein du Père éternel, elle fût assise sur le trône de celui qui reconnaissait dans son Fils la nature divine par laquelle il lui est égal ?»
Complétons avec des chants de la fête : «Sans quitter le sein paternel sur terre partageant notre humanité, très doux Jésus, tu remontes en ce jour vers le ciel glorieusement depuis la montagne des Oliviers, relevant par compassion notre nature déchue pour l'asseoir à côté du Père avec toi; les puissances incorporelles dans les cieux, frappées d'admiration et d'effroi, magnifient l'amour dont tu aimes les humains; et nous sur terre, avec elles nous glorifions ta condescendance envers nous et ton Ascension, en disant : Seigneur qui remplis d'une ineffable joie au jour de ton Ascension tes disciples et la Mère de Dieu qui t'enfanta, donne-nous aussi, par leurs prières, la joie de tes élus et la grâce du salut.» (Grand Vêpres, Lucernaire)
L’iconographie met, pour ainsi dire, le sceau sur ces témoignages, comme nous le voyons sur l’icône ci-dessous.

archimandrite Cassien


dimanche 17 mai 2020

CATÉCHISME POUR LES NULS

Parfois, dans la rue, on me demande ce que je représente. J’explique que je suis prêtre-moine orthodoxe. «Ah, qu’est-ce que l’Église orthodoxe ?» – «C’est l’Église chrétienne primitive qui est restée comme au temps des apôtres. Des pays entiers, comme la Grèce, la Serbie etc., sont presque entièrement restés orthodoxes» – «Vous croyez à la Vierge ?» – «Bien sûr, mais pas au pape.» – «Est-ce que les prêtres orthodoxes peuvent se marier ?» – «Oui, mais pas ceux qui sont en même temps moines.» (Ces sont généralement les femmes qui posent cette question, toujours préoccupées…)
Encore quelques questions simplistes, et les interlocuteurs continuent finalement leur chemin, – plus instruits.
Parfois j’entends aussi des petits enfants derrière moi : «Papa, qu’est-ce que c’est ?» en me montrant avec le doigt, je pense. «Pssst, tait-toi !» C’est encore trop tôt pour le catéchisme.
Je me rappelle aussi d’une jeune fille, qui était venue une fois au foyer, assoiffée de connaissances sur la religion. Elle commença à demander : «Que sont les apôtres ?» Je lui expliquai que «ce sont les disciples que le Christ a choisi pour l’aider dans sa mission, ses collaborateurs, pour ainsi dire.» Elle continua encore à poser pleins de questions jusqu’à que son père vienne la chercher.
Comme il n’y a plus de catéchisme à l’école et que les parents sont indifférents à la religion, qu’y a-t-il à attendre de jeunes sans aucune instruction religieuse ?
Si l’on renverse les rôles, ça peut donner cela :
Le prêtre, lors du catéchisme : «Si l'on manque à l'un des dix commandements de Dieu, qu'est-ce que cela fait ?» Le gamin : «Il n'en reste plus que neuf.»
Il faudrait écrire un catéchisme pour les nuls, dans d’autres termes : un pré-catéchisme, avec des questions simples et des réponses claires et simplifiées. Je mettrai ce projet dans la liste d’attente, … peut-être un jour ? Je naquète l’Esprit saint pour qu’il m’inspire et que les pré-catéchistes s’inscrivent.

a. Cassien 

dimanche 10 mai 2020

179

Christ est ressuscité !

Voici le bulletin 179

en Christ, a. Cassien


Ce n’est pas mon coutume de faire réclame pour une pétition, mais une fois n’est pas coutume, ou si on veut : exceptis excipiendis.

Le texte de la pétition :


A. Cassien

samedi 25 avril 2020

Mon Seigneur et mon Dieu !

La semaine lumineuse vient de se terminer avec le dimanche de Thomas, et le temps pascal continue jusqu’à l’Ascension. Ce dimanche aujourd’hui s’appelle également Antipâque. «Anti» peut avoir différents sens : «contre», comme dans «Antichrist» (non «Antechrist». «Ante» veut dire «avant»). «Anti» peut aussi signifier «à la place», «au lieu», comme pour : Antidore (le pain bénit) qu’on donne à la place de la sainte communion. «Anti» peut aussi signifier : «en face», «à l’opposé», ce qui est le sens pour la fête d’aujourd’hui.
Je voudrais me focaliser sur ce que dit l’apôtre Thomas quand le Sauveur lui montra ses mains et ses pieds en disant : «Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois.» (Jn 20,27) «Mon Seigneur et mon Dieu,» répliqua l’apôtre incrédule. 
Jusqu’à la passion du Christ, les apôtres voyaient le Christ comme Fils de Dieu, comme Messie, sans être conscient qu’il est Dieu par nature. Thomas maintenant dit clairement «mon Dieu», après avoir pris conscience que le Seigneur est (et non fut) ressuscité par sa propre force. L’ange dit bien aux myrophores : «qu'il est ressuscité des morts», (Mt 28,7) et non qu’il fut
L’hypakoï de Pâque dit bien également : «Devançant l’aurore, Marie et ses compagnes trouvèrent la pierre roulée devant le sépulcre, et entendirent l’ange leur dire : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts comme un homme Celui qui est dans la lumière éternelle ? Voyez le suaire. Courez donc annoncer au monde que le Seigneur est ressuscité, qu’Il a tué la mort, car Il est Fils du Dieu qui sauve le genre humain.» 
Ce n’est que Dieu lui-même, – qui est la Vie, – qui peut ressusciter par sa propre force. Nous autres seront ressuscités au dernier jour. L’exclamation de Thomas «mon Dieu,» peut suffire pour confondre tous les hérétiques et sectaires qui nient la divinité du Christ, et ne le considèrent que comme un dieu crée dans le meilleur cas.
Jésus répliqua à Thomas : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !» (Jn 20,29) Nous qui n’avons pas vu de nos yeux de chair le Christ ressuscité, ni touché ses plaies, nous sommes donc heureux si nous croyons à la Résurrection du Christ qui nous a ouvert de nouveau les portes du paradis.
Une dernière question : Est-ce que Thomas a finalement touché les plaies du Ressuscité, après que celui-ci l’eut invité à le faire ? L’évangile n’en dit rien mais sur les icônes de la fête on voit bien que l’apôtre touche le corps du Christ.
Terminons avec une citation de saint Grégoire le Théologien : «Notre Seigneur offre au toucher cette même chair, avec laquelle il était entré les portes demeurant fermées. Nous voyons ici deux faits merveilleux et qui paraissent devoir s'exclure, à ne consulter que la raison; d'un côté, le corps de Jésus ressuscité est incorruptible, et de l'autre cependant, il est accessible au toucher. Or, ce qui peut se toucher doit nécessairement se corrompre, et ce qui est impalpable ne peut être sujet à la corruption. Notre Seigneur, en montrant dans son corps ressuscité, ces deux propriétés de l'incorruptibilité et de la tangibilité, nous fait voir que sa nature est restée la même, mais que sa gloire est différente.» (Homélie 20) 

a. Cassien


samedi 18 avril 2020

Homélie Pour le saint jour de Pâques

saint Proclus de Constantinople (Homélie 14)

La fête que nous célébrons aujourd'hui est auguste, et cette assemblée est belle et nombreuse. Cette solennité comprend les Mystères anciens, et les nouveaux.
Non seulement les hommes prennent part à cette fête et témoignent la joie qu'elle leur inspire, mais les anges eux-mêmes se joignent à nous pour célébrer le triomphe de la Résurrection de Jésus Christ. Ils s'assemblent en troupes pour attendre Jésus Christ notre Dieu et notre Roi, et pour le recevoir dans le ciel comme le Vainqueur de l'enfer et de la mort. Tous les saints veulent être de la fête, et chantent à haute voix que Jésus Christ est l'origine et la source de la lumière. La terre qui a été abreuvée du Sang d'un Dieu, se réjouit; la mer se glorifie de l'avoir vu marcher sur ses eaux. Que tous ceux qui ont été régénérés par l'eau, et par le saint Esprit, fassent leurs efforts pour bien célébrer cette fête; mais que le premier homme, surtout, se réjouisse, pour avoir été délivré de l'ancienne malédiction.
La Résurrection de Jésus Christ doit nous combler de joie parce que sa Passion a été le l'origine de notre salut : sa mort nous a procuré l'immortalité, ses plaies ont été la cause de notre guérison, sa chute nous a relevés. Les Israélites célébraient autrefois cette fête en Egypte sous des préfigurations : l'Agneau qu'on immolait était le symbole de Jésus Christ crucifié. Mais l'Evangile veut que la fête de la Résurrection soit notre Pâque, et que nous la célébrions en esprit. La Loi des Juifs ordonnait qu'on immolât un agneau, mais dans la loi nouvelle, Jésus Christ est l'Agneau de Dieu; il est le bon berger qui donne sa vie pour son troupeau. Le Sang de l'Agneau qu'on répandait à l'entrée des maisons était une protection qui gardait les Juifs de la mort, mais maintenant le précieux Sang de Jésus Christ est répandu pour le salut du monde, et pour nous valoir la rémission de nos péchés.
Dieu fit mourir tous les premiers nés d'Egypte en une nuit, mais maintenant c'est le péché que l'on fait mourir le confessant; Pharaon fut englouti sous les eaux avec une nombreuse armée, mais maintenant le péché est comme noyé dans les eaux salutaires du baptême.
Les Hébreux en passant la Mer rouge faisaient retentir des chants de victoire : «Chantons les louanges du Seigneur, qui a fait éclater sa toute-puissance, et qui a précipité dans la mer les hommes et les chevaux». (Ex 15,1) Ceux qui sont sortis des eaux salutaires du baptême, disent aussi dans leurs chants de victoire «Il n'y a que Dieu qui soit saint, il n'y a que notre Seigneur Jésus Christ qui soit dans la gloire de son Père. Amen». Le prophète mêle sa voix à ce concert «Le Seigneur a pris possession de son royaume; il s'est revêtu de gloire» (Ps 98,1).
Après que les Hébreux eurent passé la Mer rouge, ils furent nourris de manne dans le désert; ceux qui ont été baptisés sont nourris d'un pain céleste : «Je suis descendu du ciel». C'est pour cela que le saint apôtre Paul s'écrie «Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures, et elles ont été écrites pour nous servir d'instruction à nous autres qui nous sommes rencontrés dans la fin des temps» (I Cor 10,11). Les Juifs se sont lourdement trompés et ils n'ont pas connu la vérité «Puisque s'ils l'avaient connue, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur et le Roi de gloire» (I Cor 2,8). Ces infortunés n'ont pas connu le mystère des oracles, ni des symboles, qui ne devaient durer que jusqu'à l'accomplissement de la vérité.
Un statuaire qui veut fondre une statue du roi en or, en argent, ou en cuivre, avant que d'entreprendre cet ouvrage, fait un modelé d'argile, et conserve exactement ce modelé jusqu'à ce qu'il ait parachevé la statue qu'il a envie de faire, d'autant que ce modelé contribue beaucoup à la perfection de son ouvrage. Mais quand la statue est finie, l'ouvrier brise le modelé qui lui devient inutile et ne lui est plus désormais d'aucun usage. C'est ainsi que les Juifs conservaient les figures et les symboles, avant que la Vérité se soit montrée dans le monde; mais depuis que Jésus-Christ s'est manifesté aux hommes et qu'il leur a appris qu'il était la lumière du monde, la Vérité, la Vie, la Résurrection; il est inutile de conserver les symboles, puisqu'ils cessent de l'être.
C'est en vain que les Juifs, ennemis déclarés de Jésus Christ, continuent d'égorger l'Agneau pour la rédemption du peuple, puisque le Fils de Dieu est le véritable Agneau qui efface les péchés du monde, lui qui a été immolé pour nous délivrer de l'ange exterminateur. Qu'ils renoncent maintenant à l'ancien levain pour s'attacher à la Vérité, qu'ils ne mangent plus de laitues sauvages puisque Jésus Christ a bu tout le fiel pour nous laisser un breuvage doux et agréable, qu'ils célèbrent la Pâque comme nous, «Non avec du vieux levain, ni avec le levain de la malice et de la corruption d'esprit, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité» (I Cor 5,8). Afin qu'après cette vie, nous chantions dans la compagnie des anges le triomphe de notre Maître, et que nous disions de concert : Le Seigneur a pris possession de son royaume, il s'est revêtu de gloire. (Ps 92,1)
C'est lui que nous devons honorer et adorer dans les siècles éternels. Amen.


Christ est ressuscité !
votre,
a. Cassien


mardi 7 avril 2020

HOMÉLIE POUR L’ANNONCIATION

Juste quelques mots pour la fête de l’Annonciation. D’ailleurs, qui pourrait épuiser ce grand mystère par ses paroles ? «Je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait,» dirait l’apôtre bien-aimé. (Jn 21,25)
«La sainte Écriture, oeuvre du Dieu tout-puissant, a ceci d'admirable que, même quand on l'a expliquée de mainte façon, il lui reste toujours des replis secrets où elle tient cachés des mystères. Il est très rare qu'une fois expliquée, elle ne garde pas un surplus pour de nouvelles et quotidiennes explications.» (Saint Grégoire le Dialogue; explication du Livre de Rois 1, 76,2)

C’est grâce à la Toute Sainte que le Sauveur a pu s’incarner et nous sauver. C’est aussi «grâce» au traitre Judas que le Christ a pu aller vers sa Passion. Autres pourtant les mérites de la Vierge et autres les «mérites» du traitre. Elle, elle est devenue plus-que-sainte, et «toutes les générations la nomment bienheureuse,» (Luc 1,48) et Judas est devenu «le fils de la perdition,» (Jn 17,12) selon le dire du Christ. «Ce qui est pour lui est une preuve de perdition, c’est pour elle de salut,» dirait l’apôtre Paul (cf. Ph 1,28)
L’Écriture sainte regorge d’exemples où l’on voit que Dieu s’est servi de telle ou telle personne pour réaliser l’économie du salut; parfois pour sa perte, parfois pour son salut. Par exemple, grâce à la jalousie des ses frères, le patriarche Joseph le Tout-bon, – qui est la figure du Christ, – est devenu l’intendant du Pharaon en Égypte. Quels mérites ont ces personnes ? Aucun ! Le roi Nebucadnetsar, servit à punir les péchés d’Israël (cf. Daniel), mais pour sa perte. Judith, par contre, qui coupa la tête d’Holopherne, fut glorifiée. (cf. Judith 13,8)
«Aujourd’hui est le commencement de notre salut …» chante le tropaire de la fête. Lors de l’Annonciation, tout se joua pour réaliser le plan du salut. Ou la Toute Sainte donnait son Fiat, ou elle refusait. En cas de refus, Dieu aurait dû trouver un autre moyen pour nous sauver, mais cela se serait passé sans le consentement des hommes, il nous aurait, pour ainsi dire, forcé. La vierge Marie a donc donné, à la place de toute l’humanité, le consentement, et la synergie entre Dieu et les hommes a ouvert la voie salvatrice. D’ailleurs, comment Marie aurait-elle pu dire non, elle dont la vie antérieure s’était passée dans la pureté et l’innocence, et qu’aucun péché n’avait pu l’effleurer ?
L’archange Gabriel, – qui a apporté la salutation à la vierge Marie et a emporté son Fiat devant le trône de Dieu, – a contribué à anéantir le refus des anges déchus d’obéir à Dieu, ce qui avait entrainé leur chute, celle des hommes et même de toute la création. «Les esprits célestes ne viennent pas à nous de leur propre mouvement, c’est Dieu qui les envoie lorsque notre utilité l’exige; car leur occupation est de contempler l’éclat de la divine sagesse. L’ange Gabriel fut envoyé,» etc. Saint Basile le Grand (sur Isaïe) «Ce n’est point un ange quelconque, mais l’archange Gabriel qui est envoyé à la Vierge Marie. Il n’appartenait, en effet, qu’au plus grand des anges de venir annoncer le plus grand des événements. L’Écriture lui donne un nom spécial et significatif, il se nomme Gabriel, qui veut dire force de Dieu. C’était donc à la force de Dieu qu’il était réservé d’annoncer la naissance du Dieu des armées, du fort dans les combats qui venait triompher des puissances de l’air,» dit saint Grégoire le Théologien (hom. 34 sur les Evang.) 
Le chant de la liturgie des vêpres dit : «Te découvrant l'éternel dessein, ô Vierge, Gabriel se tint devant toi et te salua en disant : Terre sans semailles, réjouis-toi, buisson qui brûles sans être consumé, abîme insondable au regard; réjouis-toi, viaduc menant de terre jusqu'au ciel, échelle que Jacob a contemplée, vase divin contenant la manne des cieux; réjouis-toi qui nous libères de la malédiction, réjouis-toi, espérance d'Adam et son relèvement; le Seigneur est avec toi.» (Lucernaire)

Encore un aspect secondaire qu’on voit parfois sur l’icône de la fête, que l’évangile ne mentionne pas, et à partir duquel un bon orateur pourrait même faire une longue homélie : La Toute Sainte tient dans sa main gauche le fil pourpre et le fuseau : elle tisse le voile du Temple, activité qui annonce sa maternité divine. (Le voile du Temple selon l'épître aux Hébreux figure la chair du Christ.)
Je passe sous silence beaucoup d’autres aspects de la fête de ce jour, comme la fécondation par l’Esprit saint, l’attente et l’annonce des prophètes, etc., car le silence et l’émerveillement conviennent plus à ce mystère sublime que mes pauvres paroles.

a. Cassien 

dimanche 29 mars 2020

178

Un nouveau bulletin vient de sortir.
vôtre a. Cassien

samedi 21 mars 2020

signes des temps

«Je regardai, quand l’agneau ouvrit un des sept sceaux, et j’entendis l’un des quatre êtres vivants qui disait comme d’une voix de tonnerre : Viens. Je regardai, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait avait un arc; une couronne lui fut donnée, et il partit en vainqueur et pour vaincre. Quand il ouvrit le second sceau, j’entendis le second être vivant qui disait : Viens. Et il sortit un autre cheval, roux. Celui qui le montait reçut le pouvoir d’enlever la paix de la terre, afin que les hommes s’égorgeassent les uns les autres; et une grande épée lui fut donnée. Quand il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième être vivant qui disait : Viens. Je regardai, et voici, parut un cheval noir. Celui qui le montait tenait une balance dans sa main. Et j’entendis au milieu des quatre êtres vivants une voix qui disait : Une mesure de blé pour un denier, et trois mesures d’orge pour un denier; mais ne fais point de mal à l’huile et au vin. Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis la voix du quatrième être vivant qui disait : Viens. Je regardai, et voici, parut un cheval d’une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l’accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l’épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre.» (Apo 6,1-8)


gravure d'Albrecht Dürer