lundi 31 juillet 2017

Illioupolis

Mes chers, 
je viens d'arriver à la Cathédrale d'Illioupolis, après mon séjour au petit monastère sainte Marina. Ici, je replacerai le père Luc pour quelques semaines, en attendant que l'archevêque fait le nécessaire pour la mission. 

en Christ, 
a. Cassien

lundi 26 juin 2017

Programme

Plaise à Dieu, le dimanche prochain, (4 e de Matthieu) il y aura une liturgie à la chapelle de sainte Marie Madeleine. Normalement, de Mirabeau, je continuerai vers la Grèce, pour un séjour indéterminé. 
En Grèce, j'aurai parfois accès à internet et mon téléphone là-bas c'est le même qu'en France.

en Christ, 
archimandrite Cassien

samedi 10 juin 2017

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE TOUSSAINT



Je n’ai pas souvenance d’avoir déjà prêché sur la fête d’aujourd’hui, mais, comme dit le proverbe allemand, «deux fois cousu tient mieux.»
Nous fêtons aujourd’hui tous les saints, c’est-à-dire tous ceux qui se sont sanctifiés pour le Christ, – «ceux qui ont lavé leur robe» – non seulement ceux que l’Église a canonisés mais aussi les myriades de saints ignorés, que Dieu seul connaît. L’Apocalypse donne symboliquement le nombre de : «cent quarante-quatre mille, qui avaient été rachetés de la terre.» (Apo 14,3)
Tous les saints attendent le dernier Jugement, mais je pense que ceux que l’Église a canonisés sont déjà passés par la seconde résurrection et ne seront plus jugés. «Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux.» (Apo 20,6) Le Seigneur ratifiera le jugement de l’Église, à qui il a donné le pouvoir de lier et de délier.
Lors des «noces de l’Agneau», les saints seront de nouveau réunis à leur corps, qui sera, cette fois-ci, glorifié et transfiguré. Seule la Toute Sainte est déjà montée au ciel avec son corps, selon la pieuse croyance dans l’Orthodoxie. L’Église n’en a jamais fait un dogme, comme les catho-latins, mais garde le mystère.
Le synaxaire dit : «Aujourd'hui, dimanche après la Pentecôte, nous célébrons la mémoire de tous les saints qui ont vécu dans le monde entier, en Asie, en Afrique, en Europe, dans les terres Boréales et Australes.» Il faudrait encore ajouter l’Amérique car depuis l’écriture du synaxaire, la terre d’Amérique fut également sanctifiée pas des 
nombreux saints, comme saint Germain d’Alaska, saint Pierre l’Aléoute et tant d’autres.
Les saints ne sont pas nés tels, mais chacun a du lutter et porter sa croix, comme nous autres. Au lieu de gémir sous le poids de notre petite croix, qui est taillée juste à notre mesure, regardons un peu ce que les saints ont souffert et supplions-les de nous assister sur notre chemin terrestre qui finira aussi un jour.
La fête d’aujourd’hui est, pour ainsi dire, la récolte de ce que l’Esprit Saint a semé lors de la Pentecôte.
Chaque saint s’est sanctifié dans un contexte et des circonstances qui lui étaient  propres, comme le Christ lui-même, qui est né à Bethlehem, fut élevé à Nazareth et a vécu en Terre sainte. Pour nous aussi, Dieu, dans sa sagesse, nous a mis sur un chemin qui nous est propre et nous a octroyé des épreuves bien particulières.
Nous ne serons pas fusionnés dans un Nirvana, – pas plus que les saints qui ont vécu avant nous, et dont chacun a une sainteté particulière – mais notre personnalité s’épanouira et sera unique. 
L’Apocalypse dit : «A celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit.» (Apo 2,17)
Terminons avec un chant de la fête : «Célébrons par des cantiques sacrés sur toute la terre le peuple saint des apôtres, des martyrs, des hiérarques, des saintes femmes, comme il se doit, car les mortels unis aux célestes esprits grâce au Christ ont reçu pour leur passion l'immortalité; comme des astres ils nous éclairent brillamment et pour nos âmes ils intercèdent maintenant.» (Vêpres)

archimandrite Cassien


Dieu daigne être le Dieu de ceux qui, grâce à leurs mérites, s'élèvent, à l'instar des montagnes, vers les hauteurs et les régions supérieures, c'est-à-dire de tous les saints. Montagnes, les patriarches, montagnes, les prophètes, montagnes aussi, les apôtres, montagnes, les martyrs. Notre Dieu nous est présenté comme le Dieu de tous ces saints. D'où nous lisons cette parole du Seigneur : «Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le. Dieu de Jacob.» Et il ajouta : «Ce n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants.»(Mt 22,32)  Au contraire, Dieu se refuse à être le Dieu des vallées, c'est-à-dire des hommes pêcheurs et sans foi, qui, comme les vallées, sont enfoncés dans les bas-fonds. Car impies et pécheurs ne méritent pas que notre Dieu soit dit leur Dieu, lui dont ils méprisent ou ignorent la foi et la connaissance. Selon la  puissance de sa divinité, Dieu est le Dieu de toute créature, puisqu'il est le créateur de toute chose; mais, selon sa faveur et sa grâce, il est désigné comme le Dieu de ceux qui gardent ses commandements et sa foi.
Chromace évêque d’’Aquilée
sermon 5

dimanche 4 juin 2017

HOMÉLIE POUR LA PENTECÔTE


Pentecôte est l'une de trois grandes fêtes de l’année liturgique. C’est pour ainsi dire l’achèvement de l’économie du salut. La Résurrection du Christ nous a potentiellement apporté le salut, mais c’est Esprit saint qui l'accomplit, par l’effusion de ses dons. Nous fêterons le dimanche suivant, – dimanche de Toussaint, – cette réalité que nous avons vue achevée dans les saints.
Nous avons dit, lors de l’Ascension, que la Toute Sainte était présente aux milieu des apôtres. Sur l’icône de Pentecôte, – je ne parle pas de l’imagerie pieuse de l’Occident dont certaines icônes de la décadence se sont inspirées, – la Vierge bénie n’est pas présente car l’Esprit saint l’avait déjà sanctifiée entièrement lors de l’Annonciation. Historiquement, bien sûr, elle était là au cénacle, mais théologiquement, la peindre sur l’icône n'a pas de sens. L’icône transcende toujours l’événement historique pour devenir théologique. C'est pour cela que l’apôtre Paul y figure, alors qu'il n'était encore historiquement que le persécuteur Saul.
Les apôtres sont assis en cercle, symbolisant, pour ainsi dire, leur collégialité. Au milieu, il y a une place vide, où préside le Christ invisiblement. Y mettre la Vierge Marie est également une aberration occidentale. Elle n’a jamais présidé le collège des apôtres, tout en étant la plus sainte des saints.
Au premier plan, on voit le "cosmos" à évangéliser, sous forme d’un vieillard tenant douze rouleaux en main. Parfois, c’est le prophète Joël qui prophétise : «Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront. Vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions.» (Joel 2,28)
Des langues de feu se voient aussi, comme relatent les Actes des Apôtres, se posant sur les têtes des apôtres. C’est bien de cette manière qu'à la Pentecôte l’Esprit saint s’est manifesté, et non sous forme de colombe, comme lors du Baptême du Christ. Dès lors, le peindre sur l'icône de Pentecôte sous forme de colombe, c’est encore une bourde, mais quand on n’a pas l’Esprit saint tout égarement peut se produire.
Je n’insiste pas, car ce serait trop facile de démonter complètement l’art religieux de l’Occident, où l'on n’a jamais rien compris de l’art sacré orthodoxe.
Les bâtiments, au fonds, rappellent le cénacle, où a eu lieu la sainte Pentecôte, et symbolisent l’Église apostolique.
Demain, l’après-fête, nous célébrerons la Sainte Trinité, car ce sont les trois Personnes qui ont agi de concert lors de la Pentecôte – à travers le saint Esprit.

archimandrite Cassien

mercredi 24 mai 2017

Bulletin 164

Le nouveau bulletin 164 vient de sortir.

vôtre,
en Christ,
a. Cassien

jeudi 11 mai 2017

SI L’HOMME VOULAIT ...

L'abbé Alonius disait : «Si l'homme le voulait, une seule journée lui suffirait, du matin jusqu'au soir, pour atteindre à la mesure de la divinité.» 
Cette sentence m’intrigue, et parfois j’y pense et j’essaie de la comprendre. 
Qu’est-ce que «la mesure de la divinité» ? L’évangile nous le dit : «Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.» (Mt 5,48) Cette perfection, qui nous est demandée, consiste dans l’impassibilité sur laquelle se greffent toutes les vertus. 
Le mot «voulait», en est la clé pour comprendre. C’est notre volonté, – la volonté propre – qui fait obstacle. Cette volonté qui est conditionnée par nos passions déréglées et s’oppose à la Volonté de Dieu, qui seul sait et veut notre vrai bien. 
Certes, ce n’est pas notre volonté seule qui peut nous faire arriver à la mesure divine, mais en synergie avec la Grâce de l’Esprit saint, cela devrait être possible. 
Vouloir simplement, même avec l’Aide de Dieu, me semble insuffisant. Il faudra aussi payer le prix : se donner entièrement à Dieu, sans rien se réserver de son ego, même pas la part du feu. 
«Voici, Je me tiens à la porte, et Je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui, Je souperai avec lui, et lui avec Moi,» est-il écrit dans l’Apocalypse (3,20). Ouvrir la porte, renoncer à son ego, se vider de ce qui fait obstacle, ce sont de différentes façons pour exprimer la même chose. 
Il reste quand même ce «du matin au soir.» Je veux bien croire que l’on peut y arriver après de longues années de lutte, mais en si peu de temps ? 
Abba Alonius, en disant ces paroles avait compris ce qu’il avançait. Pourtant il lui fallait des années des lutte pour y arriver. Une fois arrivé, il a pris conscience qu’il aurait pu y arriver en peu de temps et qu’il a erré, dans son ignorance, pendant des années, tel le peuple d’Israël qui a erré pendant quarante ans dans le désert. Ce n’est que Moïse, en montant sur le Sinaï, qui a parlé avec Dieu face à face, – ce en quoi consiste la perfection de l’homme –, pendant que le peuple restait au pied de la montagne, «un peuple au cou raide». Moïse parla à Dieu face à face mais ne pouvait voir la Face de Dieu, car «car l’homme ne peut Me voir et vivre.» (Ex 33,20) 
Cette ignorance, dont je viens de parler, qui nous fait préférer les «caroubes» à l’Amour du Père, constitue donc, avec la volonté propre, l’obstacle au but recherché. 
Après ces réflexions il reste plus de questions que je n’en ai résolues, et l’énigme de la sentence reste entier. 
a. Cassien 

mercredi 10 mai 2017

Voyage en Grèce

Plaise à Dieu, je partirai lundi prochain (après le dimanche de la Samaritaine) en Grèce, pour le temps que Dieu voudra et que lui seul connait pour l'instant. Donc …


En Christ, a. Cassien

Ce voyage est remis finalement aux calendes grecs.

samedi 6 mai 2017

HOMÉLIE SUR L’HOMME PARALYTIQUE


    En ce temps-là, Jésus monta à Jérusalem. Or il existe à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine qu'on appelle en hébreu Béthesda. Elle a cinq portiques, sous lesquels gisait une foule d'infirmes – aveugles, boiteux, paralytiques – qui attendaient le bouillonnement de l'eau. Car l'ange du Seigneur descendait par intervalles dans la piscine et l'eau s'agitait; et le premier qui y entrait, après que l'eau eut bouillonné, se trouvait guéri, quelle que fût sa maladie. Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant étendu et sachant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : Veux-tu guérir ? L'infirme lui répondit : Seigneur, je n'ai personne pour me plonger dans la piscine quand l'eau se met à bouillonner; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton grabat et marche ! A l'instant l'homme fut guéri; il prit son grabat et marcha. Or c'était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui venait d'être guéri : C'est le sabbat, il ne t'est pas permis de porter ton grabat ! Il leur répondit : Celui qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche ! Ils lui demandèrent : Quel est l'homme qui t'a dit : Prends ton grabat et marche ? Mais le paralytique l'ignorait, car Jésus avait disparu dans la foule qui se pressait en ce lieu. Plus tard Jésus le rencontra dans le Temple et lui dit : Te voilà guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu'il ne t'arrive plus grande infirmité ! L'homme s'en alla pour annoncer aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. Jean (5,1-15)




    Quelques mots sur l’évangile d’aujourd’hui. Qu’a donc ce miracle de particulier, parmi tant de miracles que le Sauveur a opéré ?
    Il supplante un miracle qui se faisait à cet endroit de temps en temps, quand l’eau s’agitait. La guérison se fait, une fois de plus, un jour de sabbat, au grand dam des juifs. 
    Par ailleurs, cet épisode a des parallèles avec l’évangile qu’on lira dans deux semaines concernant l’aveugle-né. Le paralytique fut guéri à la piscine des brebis et l’aveugle-né à la piscine de Siloé. Pourtant ce n’est pas l’eau de la piscine qui guérit par elle-même, mais, une fois c’est l’ange qui descend et, l’autre fois, le Seigneur lui-même. Voici ce qu’en dit saint Jean Chrysostome :
    « Cette eau ne guérissait pas les malades en vertu de sa nature (autrement, elle aurait toujours eu cette efficacité), mais seulement lorsque l'ange descendait : Un ange du Seigneur descendait à certain temps dans la piscine, et l'eau s'agitait. Il en est de même dans le baptême, l'eau n'agit point par elle-même, mais ce n'est qu'après avoir reçu la grâce de l'Esprit saint, qu'elle efface tous les péchés.»
    Les deux fois, cela s'est passé un jour de sabbat et les Juifs s’indignaient, s’attachant plus à la lettre de la loi qu’à l’esprit. 
    Voici ce qu’en dit encore le même saint :
    «Quant aux Juifs, leur question cache une intention perfide : «Ils lui demandèrent : Quel est cet homme qui vous a dit : Prenez votre lit et marchez ? Ils ne disent pas : Quel est celui qui vous a guéri ? Ils insistent sur ce qui pouvait être regardé comme une violation de la loi.»
    L'homme guéri, par contre, disait bien aux Juifs que Jésus l'avait guéri, et non qu'il lui avait commandé d'emporter son lit. D’un côté, on voit la perfidie des Juifs et de l’autre côté l’honnêteté de ces deux hommes miraculés, qui ne savaient pas d’abord qui les avait guéris.
    J’avais parlé récemment de ces dix lépreux, dont un seul retourna en arrière pour remercier Jésus. Lui seul avait réellement profité de sa guérison, car les autres continuaient dans leur ingratitude sur le chemin du péché. De même, nous voyons le paralytique qui se rend dans le temple pour adorer Dieu et le remercier de sa guérison.   
    «Cet homme une fois guéri ne va pas se mêler aux bruits tumultueux des affaires du monde, ni se livrer aux voluptés sensuelles ou à la vaine gloire, il va tout droit dans le temple, ce qui est une preuve de son grand esprit de religion.» (saint Jean Chrysostome)
    « Te voilà guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu'il ne t'arrive plus grande infirmité !» La maladie du paralytique venait apparemment de ses péchés. A la femme adultère, le Christ parla de la même manière : «va, et ne pèche plus.» (Jn 8,11) Dans le cas de l’aveugle-né, ce ne furent pas ses péchés, mais «c'est pour qu'en lui se manifestent les œuvres de Dieu.» (Jn 9,2). Donc, nos maladies peuvent avoir des causes différentes : nos propres péchés, la faute de nos parents, la gloire de Dieu et peut-être d’autres origines encore. Ce qui compte pourtant, c'est ce que nous en faisons, car elles peuvent aussi bien nous faire nous perdre comme elles peuvent contribuer à notre salut. L'essentiel n'est pas que ces deux malades fussent guéris corporellement, mais qu’ils se fussent tournés ensuite vers Dieu. 
    Pourquoi le Christ a-t-il dit au paralytique : « Lève-toi, prends ton grabat et marche !» ? Il aurait pu dire simplement : Lève-toi, te voilà guéri. Le Seigneur savait pourtant ce que les Juifs allaient dire ensuite et il prit donc sur lui-même ce qui semblait une faute. L’obstination des Juifs – «au cou raide» – ne se dissipa aucunement et ils persécutèrent notre Sauveur jusqu’à la mort sur la croix. 
    Si on résume ce que je viens de dire, on peut le faire en deux mots : le Dieu de miséricorde et l’homme pécheur. 


archimandrite Cassien