mercredi 16 septembre 2020

Ce qu’on aura semé


L’Apôtre écrit : «Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment.» (II Cor 9,6) Ces paroles sont limpides et ne demandent pas d’explications, mais il est parfois bon de les rappeler à la mémoire.

Prenant cette image dans la vie courante, l’apôtre ne parle pourtant pas des graines de plantes mais de notre vie spirituelle, comme il explique ailleurs : «Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle.» (Gal 6,7-8)

Revenons pourtant à l’image de l’agriculteur qui sèmera sa semence. Il se donne toute la peine pour bien faire et faire de mieux en mieux. Il prépare soigneusement la terre pour recevoir la semence, il observe le temps pour semer, il surveille la croissance contre les insectes nuisibles etc. Pourtant, tout ne dépend pas de lui. Une intempérie peut tout détruire.  

Dans notre vie terrestre cela s’applique également, tous nos efforts peuvent se perdre, et, de toute façon, ils sont périssables et caduques par nature. Rien n’en restera lorsque nous quitterons cette vie. 

Dans notre vie spirituelle, par contre, tout portera des fruits au centuple pour la vie éternelle. Tout est écrit dans le livre de vie et ne peut se perdre. Le moindre effort qu’on fait pour Dieu, son salut, l’Église sera indélébile : une prière, une métanie, une aumône, un acte de charité etc. etc.

À plus forte raison nos agitations pour notre corps, nos aises, notre bien matériel se détruisent si nous négligeons nos devoirs spirituels au profit du matériel et le Seigneur nous le fait parfois sentir pour nous le rappeler. La parabole de l’évangile de l’insensé qui ne pensait qu’à agrandir ses greniers et à qui Dieu redemande son âme la même nuit, nous le montre clairement, et les exemples dans l’histoire de l’Église et la vie des saints ne manquent pas. 

Je pourrais vous berner, comme les faux prophètes, dont parle l’Écriture, qui ne prophétisaient que paix et sécurité, mais il est écrit : «Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part.» (Ez 3,7)

Quoi dire de plus ? «Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende !» (Mc 7,16)


a. Cassien

mardi 18 août 2020

HOMÉLIE POUR LA TRANSFIGURATION

 Les trois évangélistes synoptiques relatent l’événement de la Transfiguration, tandis que Jean le passe sous silence. Comparons donc ce qu’en disent les trois évangélistes.

Marc et Matthieu disent «six jours après» tandis que Luc dit «environ huit jours après.» Ils ne se contredisent pas car Luc dit approximativement huit jours. Après quoi ? Après la multiplication des pains dans le désert. 

«Sur une haute montage,» Jésus conduisit les trois disciples Pierre, Jacques et Jean. Il s’agit de la montage du Thabor en Galilée, tandis que la multiplication des pains se passa du côté de Bethsaïda.  

C’est là que Jésus fut transfiguré devant ses disciples. «Pendant qu’il priait,» précise Luc. «L’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur,» selon Luc. «Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière,» dit Matthieu, et Marc : «ses vêtements devinrent resplendissants, et d’une telle blancheur qu’il n’est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi.»

En même temps, «Elie et Moïse leur apparurent, s’entretenant avec Jésus.» Luc précise : «qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil; mais, s’étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui.»

«Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus,» continue Luc, tandis que les deux autres évangélisés continuent simplement : «Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie

« Il ne savait ce qu’il disait,» selon Luc et Marc. 

Matthieu continue plus en détail : «Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le ! Lorsqu’ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur.»

Et le récit s’achève ainsi : « Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul,» selon Luc. Selon Matthieu : «Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et dit : Levez-vous, n’ayez pas peur ! Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul.» D’après Marc : «Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux.»

En descendant de la montage Jésus leur recommanda «de ne dire à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité des morts.» – «Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu.»

Voici donc le récit de la Transfiguration en comparant les trois évangélistes, qui se complètent. Pourtant aucun d’eux ne fut témoin oculaire.

Voyons un peu ce que les pères en disent. 

«On se demande comment, d’après saint Matthieu, ce fut six jours après que Jésus prit avec lui ses disciples, tandis que saint Luc compte huit jours d’intervalle. La réponse est facile : saint Matthieu ne compte que les jours pleins qui séparent ces deux événements, tandis que saint Luc compte de plus le premier et le dernier jour.» (saint Jérôme)

«Saint Matthieu et saint Marc placent la transfiguration six jours après la promesse faite aux disciples, tandis que saint Luc rapporte que ce fut huit jours après. Il n’y a toutefois aucune contradiction dans leur récit; les deux évangélistes qui ne parlent que de six jours, n’ont pris que les jours intermédiaires, sans compter les extrêmes, le premier et le dernier; c’est-à-dire celui où la promesse fut faite, et celui de son accomplissement, tandis que saint Luc, qui compte huit jours, comprend les deux dont nous venons de parler.» (saint Jean Damascène)

«Or, pourquoi le Sauveur n’admet-il pas tous ses disciples, mais quelques-uns seulement à jouir de cette vision ? Il n’y en avait qu’un parmi eux (c’était Judas), qui fût indigne de voir cette révélation de la divinité, selon ces paroles : Faites disparaître l’impie, pour qu’il ne voie point la gloire de Dieu (Is 26). Or, si notre Seigneur l’avait seul excepté, sa jalousie eût donné un nouvel aliment à sa méchanceté. Le Sauveur enlève donc à ce traître un prétexte à sa trahison, en laissant avec lui tous les autres disciples au bas de la montagne.» (saint Jean Damascène)

«Pierre monte avec Jésus sur la montagne, parce qu’il devait recevoir les clefs du royaume des cieux; Jean, parce que le Sauveur devait lui confier sa mère; Jacques, parce qu’il devait souffrir le martyre le premier.» (saint Ambroise de Milan) 

«Notre Seigneur prend avec lui ces trois disciples, parce qu’ils étaient supérieurs aux autres apôtres. Remarquez ici que saint Matthieu ne cherche point à taire le nom de ceux qui lui furent préférés; c’est ce que fait également saint Jean, en rapportant les magnifiques prérogatives accordées à saint Pierre, car le collège des apôtres était pur de tout sentiment d’envie et de vaine gloire.» (Saint Jean Chrysostome)

«Le Sauveur, dans sa transfiguration, n'a rien perdu de sa nature corporelle; il nous a seulement découvert quelle sera la gloire que la résurrection devait communiquer, soit à son corps, soit aux nôtres. Après le jugement, tous les élus le verront tel qu'il a apparu à ses apôtres sur le Thabor.» (Bède le Vénérable)

«Moïse et Élie sont choisis de préférence parmi tous les saints, pour nous montrer le règne de Jésus Christ établi au milieu de la loi et des prophètes; car il doit juger Israël, assisté des mêmes témoins qui ont annoncé sa venue.» (saint Hilaire de Poitiers)

Qu’est-ce que ma pauvreté peut rajouter à tout cela ? Seulement le souhait que le Sauveur nous rende tous un jour digne de le contempler dans sa gloire dans les siècles sans fin.

a. Cassien






lundi 17 août 2020

LE CORONAVIRUS ET LE NOUVEL «ICONOCLASME !»

 En tant que théologien orthodoxe, je considère qu'il est de mon devoir de prendre position et de répondre aux questions de nombreux amis et personnes intéressées qui me demandent si les derniers problèmes survenus, tels que la transmission de virus à l'intérieur des saintes églises, l'utilisation d'un masque par les fidèles pendant le culte divin en raison de l’épidémie, ou un changement dans le mode de transmission de la sainte communion ou de la vénération des saintes icônes, etc., si tout cela concerne la croyance et, dans ce cas, s'il s'agit de foi.

Avec le sens des responsabilités et la crainte de Dieu, et après avoir étudié les saintes Écritures et l'enseignement des saints pères et en particulier du plus grand théologien dogmatique de l'Église catholique orthodoxe, saint Jean de Damascène, je déclare que les questions ci-dessus sont en fait à prendre très au sérieux.

En particulier, selon la théologie orthodoxe, ces demandes de modifications demandées sont HÉRÉTIQUES car elles sont en fait imposées (en tant que point de vue, positions et pratiques) à l'ensemble de l'Église par les autorités de l'État et il n'est donc pas déraisonnable de les appeler un «nouvel iconoclasme», et leurs partisans «iconoclastes». Car dans ce cas, il y a un déni de l'énergie divine incréée, de la sanctification de la matière et du créé en vertu de l'incarnation divine,  et donc qu’elles constituent une altération dans la pratique de l’enseignement, ainsi que de l'honneur et du culte des fidèles dans les sanctuaires.

En ce qui concerne les problèmes de la santé de l’homme et de son altération dans les saintes églises, nous déclarons que nous respectons la science médicale des médecins, mais pas la médecine de la politique ! Il existe aujourd'hui de nombreuses et indéniables preuves qui confirment et démontrent l'instrumentalisation de la médecine et de la santé humaine en général, à d'autres fins et projets que celles-ci, par les acteurs politiques et économiques (voir le triste et emblématique exemple de l'Organisation mondiale de la santé = OMS).

Enfin, nous considérons théologiquement inacceptables et condamnables les positions exprimées par certains théologiens, «bergers» et «synodes» selon lesquels «la santé humaine est avant tout et surtout sur terre» et que «sans les peuples, ni l'État ni l'Église n'existent et ne sont nécessaires», comme rationalistes et comme anti-évangéliques !

Nous savons que beaucoup ne seront pas satisfaits de notre position exprimée ci-dessus. Cependant, on ne nous demande pas d'être agréable et sympathique, mais si possible, selon Dieu, bénéfique. Pardonnez-moi et que Dieu soit avec nous !


Dimitrie I. Katsouras

modeste Théologien

 

PS. Quelques pensées supplémentaires :

L'esprit et par conséquent la logique, ainsi que la liberté de l'homme (autonomie) sont des dons de Dieu. Nous devons les respecter et les garder.


«L’esprit apostat de Dieu devient ou bestial ou démoniaque !» (saint Grégoire Palamas). 

samedi 15 août 2020

AU SUJET DES PSAUMES

     Les psaumes, comme tout l’Ancien Testament, il faut les comprendre dans leur contexte, qui était encore très imparfait. Ce n’est qu’avec le Christ que la perfection arriva. Tout l’Ancien Testament est pédagogique, comme pour un enfant à qui on défend ceci et cela (ne touche pas à cela, ne fait pas ceci) et à qui on le permettra par la suite, à cause de son avancement et sa maturation. Nous mêmes, qui sommes chrétiens, – plus par le nom que par la vie,– sommes encore à ce stade et ce ne sont que les saints qui sont arrivés à la perfection à qui s’applique : «Aime et fais ce que tu veux,» ou comme dit saint Antoine le Grand : «Je ne crains plus Dieu, mais je l’aime.»

La cause est donc la faiblesse morale des Juifs qu’il faut voir, quand il est dit dans un psaume, par exemple : «Heureux qui saisit tes enfants, et les écrase sur le roc !» (Ps 137,9) Ou : «Qu’ils soient confondus et qu’ils reculent, tous ceux qui haïssent Sion !» (Ps 129,5-6) Ou encore : «Que ses enfants deviennent orphelins, et sa femme veuve !» (Ps 109,9)

À nous est demandé la perfection par le Christ : «Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour oeil, et dent pour dent,» (Ex 21,24; Dt 19,21)



(Mt 5,38) et il poursuit : «Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre,» etc…  Et plus bas : «Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent.»

Les paroles des psaumes, ils faut les donc interpréter spirituellement. Nos ennemis, ce sont nos passions et les démons. Toute notre violence doit se diriger contre eux, et non vers le prochain qu’il faut aimer comme nous-mêmes.

Le Christ, lui-même n’employa qu’une seule fois la violence physique quand il chassa les vendeurs du Temple, et lorsque la gloire de son Père était en question. Sinon il ne prononça que des paroles dures quand il vit l’endurcissement dans le mal. «Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?» (Mt 3,7)

L’apôtre Paul, dit de son côté : «Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter.» (I Cor 3,2) C’est donc du lait qui fut donné, pour ainsi dire, aux Juifs, et à nous qui sommes encore faibles.

Sainte Photinie l’ermite disait : «Les hommes spirituels ne sont pas soumis à la loi, et ne sont plus en souci de savoir s’ils ont accompli tel ou tel commandement ou transgressé tel autre.»

L’Apôtre écrit quelque part : «Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bonté, la foi, la douceur, la tempérance; contre de pareils fruits, il n’y a pas de loi.»

Je me rappelle que des moines catho-latins avaient supprimé de la lecture du psautier le psaume 57, où il n’y a que des malédictions, comme par exemple : «Le juste se réjouira, lorsqu'il verra la punition des impies; il se lavera les mains dans le sang des pécheurs.» Ils n’avaient pas compris comment il faut envisager et interpréter les psaumes. 

Beaucoup de passages des psaumes se rapportent à l’incarnation du Sauveur, comme : «Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.» (Ps 16,10) Il trouvent leur plein sens dans cette interprétation. Par extension, le corps du Christ, – l’Église,– est envisagée, et nous, faibles pécheurs, indirectement.

Il faudrait encore parler des sentiments de Dieu, qui peuvent choquer également, quand il est par exemple écrit : «Jusques à quand, Seigneur, m'oublierez-vous ? Jusques à quand détournerez-vous de moi votre face ?» (Ps 10,1) Mais j’en avais déjà traité (ou plutôt saint Grégoire le Dialogue) dans le bulletin 180. 


a. Cassien

vendredi 7 août 2020

HOMÉLIE POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU

Mt (14,22-34)


«En ce temps-là, Jésus ordonna à ses disciples de remonter dans la barque et de le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait la foule. Et quand il l'eut renvoyée, il gravit la montagne pour prier à l'écart; et là, il était seul à la tombée de la nuit. La barque se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, sous un vent contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus vint à eux, marchant sur la mer. Les disciples, le voyant marcher sur la mer, prirent peur et dirent : C'est un fantôme ! et ils crièrent d'effroi. Mais Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c'est bien toi, ordonne que j'aille près de toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Et Pierre sortit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais devant la violence du vent il prit peur et, sur le point de couler, il s'écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand ils furent montés dans la barque, le vent cessa. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : Tu es vraiment le Fils de Dieu ! Et lorsqu'ils eurent achevé la traversée, ils touchèrent terre à Génésareth.»



Je voudrais éclaircir quelques aspect de cet évangile, en passant sous silence d’autres aspects, car qui peut sonder entièrement la profondeur de la parole de Dieu ?

C’est la seconde fois que les disciples sont en danger sur la mer. La première fois, le Christ était avec eux et avait dormi dans la barque, et cette fois-ci ils sont seuls. C’est-à-dire que le Seigneur les soumet à une épreuve plus grande. En plus de les laisser seuls, il tarde à intervenir, car ils ne vint que vers la quatrième veille de la nuit, quand l’obscurité commençait à se dissiper et l’aurore à se lever. «Le Seigneur vint trouver ses disciples battus par les flots, à la quatrième veille, c’est-à-dire vers la fin de la nuit, car la veille est de trois heures et la nuit est divisée en quatre veilles.» (Saint Augustin. serm. 14 sur les paroles du Seigneur) 

Ils le virent, mais confusément, à cause de l’obscurité, et ce n’est que quand ils entendirent sa voix que leur peur se dissipa. 

C’est une image de l’Église qui touche à la fin de son combat, de ses épreuves. «Lorsque le Christ reviendra à la fin des temps, il trouvera l’Église fatiguée et comme assiégée de tous côtés, et par l’esprit de l’Antichrist, et par les agitations du monde entier.» (Saint Hilaire. can. 14)

Pierre, dans sa foi spontanée, marcha sur les eaux, mais eut finalement peur de la violence du vent. Une attitude contradictoire : marcher sur l’eau sans craindre et être angoissé face à la violence de la tempête. «L’esprit est prompt mais la chair est faible,» comme dit l’apôtre Paul quelque part ; en d’autres termes : la foi et le «vieil homme» en nous.

Le Christ ne commanda pas à la mer de se calmer mais étendit la main, et saisit Pierre. Ce n’est qu’une fois sur la barque que la tempête se calma.

«Jésus ne commande pas aux vents de s’apaiser, mais il étend la main pour le soutenir, parce qu’il fallait que Pierre fit preuve de foi. Lorsque tous nos moyens humains font défaut, c’est alors que Dieu fait paraître sa puissance. Et pour le convaincre que ce n’est pas la violence du vent, mais son peu de foi qui l’a mis en danger, il lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Preuve que le vent n’aurait pu rien contre lui, si sa foi avait été plus ferme.» (Saint Jean Chrysostome. hom. 51)

En même temps le Seigneur réprimanda Pierre : «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?» Nous luttons dans nos épreuves, mais nos passions nous hantent encore : le doute, l’angoisse, la faiblesse. On en sort peut-être vainqueur, mais avec des blessures et des séquelles. Cela nous humilie et nous protège contre l’orgueil, qui, sinon, nous ferait croire que notre force vient de nous-même.

«Et quand ils furent montés dans la barque …» Ce n’est pas seul que Pierre monta dans la barque mais accompagné de Jésus. Image de ce que nous ne pouvons trouver la paix sans le secours de Dieu. «… et le vent cessa.»

Pendant cet événement, les autres disciples ne dirent pas un mot. C’est ainsi que nous ne pouvons compter, dans nos tentations, sur les autres mais seulement sur l’Esprit du Seigneur qui nous seconde invisiblement mais sûrement, et qui seul connait ce qui se passe en nos cœurs.

Voilà un seau de l’eau de la mer divine puisé par ma petitesse, comme dirait saint Augustin, qui vit un jour un enfant qui voulait puiser avec un seau toute l’eau de la mer.


a. Cassien


samedi 11 juillet 2020

Pour la fête des saints Pierre et Paul

saint Jean de Kronstadt.

Nous l’attendions, chers frères, cette fête des glorieux, très glorieux et très éminents apôtres Pierre et Paul. Il est digne qu’ils soient vénérés dans tous l’univers. Cela est digne car pour le Christ Jésus, notre Seigneur, et pour le salut des âmes des hommes, ils ont renoncé à eux-mêmes et ont offert leur âme. Ils ont renoncé à toutes les beautés et les douceurs de ce monde. Ils ont illuminé le monde entier par leurs enseignements, ce monde vautré dans l’idolâtrie et les passions diverses. Et ils ont amené jusqu’au Christ une multitude d’âmes, c’est-à-dire qu’ils les ont délivrées de la chute éternelle et conduites au royaume des cieux. Ainsi, nous, tous les chrétiens des mondes présent et passé, nous leurs sommes redevables de la proclamation évangélique et des règles salvatrices de la vie chrétienne. C’est pourquoi nous les glorifions dignement. L’un et l’autre connurent une fin de martyr. L’apôtre Pierre fut crucifié la tête en bas, et le saint apôtre Paul décapité d’un coup d’épée. Et quelle fut la cause de ces exploits ascétiques des deux apôtres, pour lesquels l’univers tout entier les bénit ? Qu’est-ce qui les incita et les mena à de si glorieux actes ? Leur foi et leur amour vivants pour le Christ, cette foi selon laquelle ils considéraient tout ce qui est terrestre comme poussière et fumier, et chérissaient tout ce qui est céleste. Et ils accordaient une valeur infiniment élevée à chaque parole proférée par notre Seigneur Jésus Christ. Ils gardaient précieusement chacun de ses mots dans leur cœur, et ils de toutes leurs forces, ils s’employaient à accomplir chacun de ses commandements. Ils chérissaient infiniment chaque âme humaine, et chacune de ces âmes, ils s’évertuaient à la sauver du péché et de la perte éternelle. Car dans leur mémoire et dans leur cœur ils retenaient sans cesse les paroles du Sauveur «Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu» (Mt 18,11). Leur amour pour le Christ les rendit prêts à cheminer jusqu’à Lui, à travers les prisons et la mort. Leur amour pour tous les êtres humains, tel celui par lequel le Christ les avait aimés, et les aime, les incita à tout sacrifier au monde pour le salut des âmes humaines, à renoncer à jouir de tous les biens de ce monde, à se soumettre à toutes les détresses et les dangers imaginables, jusqu’à la mort. Voilà la source des glorieux exploits ascétiques des saints apôtres, et en particulier, Pierre et Paul ! Apprenons d’eux cette foi et cet amour pour le Christ.
De nos jours, l’incroyance et la pusillanimité croissent et de nombreux cœurs sont devenus froids envers le Christ. Phénomène extrêmement affligeant ! Ainsi donc, notre foi à nous les Russes, les orthodoxes faiblirait-elle, alors que le Christ, notre Maître qui nous mène à la foi, s’est tellement glorifié et se glorifie toujours parmi nous en d’innombrables miracles, tant à travers les saintes reliques, les saintes icônes miraculeuses, les mystères vivificateurs que dans diverses forces, se manifestant ainsi aux fidèles qui mettent leur foi en Lui, dans tous les coins et horizons de notre patrie ? Ainsi donc, nous ne croirions pas en Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, alors qu’Il a clairement sauvé et sauve encore notre patrie et notre tsar orthodoxe de tous les ennemis et rivaux perfides, protégeant une fois encore, voici peu, de sa droite puissante son Oint bien-aimé ? Ainsi, frères, nous ne croirions pas en Christ, alors qu’Il nous sauva vous et moi, à de nombreuses reprises, du malheur, de la maladie, de l’affliction, et surtout évidemment, de nos péchés, alors qu’Il nous nourrit, nous habille, nous enseigne, nous apaise, nous donne vie ? Nous ne croirions pas en Christ, alors que dans nos cœurs, nous sentons qu’Il vit en nous, agit en nous, nous sauve en permanence, nous vivifie et nous fortifie ? Il faut avoir perdu la raison pour dire qu’on ne croit pas en Christ, le Fils de Dieu, il faut être fou, idiot. Chez nous, en Russie, quasi chaque endroit, chaque ville, chaque village, chaque monastère et église témoigne de la puissance du Christ; chaque pieux chrétien est le témoin vivant de la puissance du Christ, qui s’accomplit à travers nos infirmités. Nous les Russes, les chrétiens orthodoxes, nous n’aimerions pas le Christ, alors que la foi en Christ nous a éclairés, fortifiés, élevés et rendus heureux ? Nous n’aimerions pas le Seigneur Jésus Christ, quand la foi en Lui, l’accomplissement de ses commandements, est le gage de notre bien-être, de notre prospérité et de notre force, le gage du pardon de nos péchés, du bénéfice de l’intercession et du salut dans les malheurs, les afflictions, les attaques, le gage de notre résurrection d’entre les morts et de notre vie éternelle ? Sans le Christ, qui va nous consoler quand nous serons dans l’affliction et subirons des attaques ? Qui pardonnera nos péchés ? Qui nous nourrira de son corps et de son sang vivificateurs ? Qui nous dira : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos» (Mt 11,28). Qui nous dira : «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort»(Jn 11,25).
Dès lors, ne pas aimer le Christ signifie ne pas s’aimer soi-même, être son propre ennemi, ne pas aimer la vie éternelle, la béatitude sans fin, bref, cela signifie qu’on a perdu la raison.
Frère, soyons fermes dans notre foi et notre amour pour le Christ, jusqu’à notre dernier souffle, et lors de notre dernier souffle, remettons notre esprit entre ses mains à Lui, notre vie éternelle. Amen.


mardi 7 juillet 2020

180

Mes chers, 
le bulletin 180 est disponible.

Vôtre dévouement, 
a. Cassien

lundi 8 juin 2020

DE LA LUTTE SPIRITUELLE

Les anges déchus ont par nature une très grande force qui varie bien sûr selon leur rang. Pourtant, depuis leur chute, cette force est entravée par Dieu, et ils ne peuvent faire du mal que dans la mesure où Dieu le permet. «Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces.» (I Cor 10,13) Nous voyons cela par exemple dans l’histoire de Job : «Le Seigneur dit à Satan : Voici, tout ce qui lui appartient, Je te le livre; seulement, ne porte pas la main sur lui.» (Job 1,12) Quelque temps après, quand Job eut plus d’expérience et de force, Dieu permit une autre lutte plus forte : «Le Seigneur dit à Satan : Voici, je te le livre; seulement, épargne sa vie.» (ibid. 2,6) C’est donc selon que le Seigneur le permet qu’ils nous tentent, et c’est d’égal à égal que nous combattons avec l’ennemi du genre humain, et avec la grâce de Dieu, nous pouvons toujours vaincre.
«Il faut remarquer en ces paroles du Seigneur, la sage dispensation de sa Bonté; comment il permet au démon d’agir et qu’en même temps, il l’en empêche; comment il lui lâche la bride et qu’en même temps il la lui retient. Il y a des choses dans lesquelles il permet au démon de tenter Job; il y en a dans lesquelles il lui permet de l’affliger; mais il y en a d’autres auxquelles il lui défend de toucherSaint Grégoire le Dialogue, (volume 1, chapitre 2)
«La volonté de l’ange apostat est toute corrompue et dépravée; cependant Dieu la sait régler avec une providence si merveilleuse, que les efforts qu'elle fait contre ses élus leur sont utiles, en les purifiant par les tentations qu’ils leur suscitent.» Saint Grégoire le Dialogue, (volume 1, chapitre 13)
Pourtant, exceptionnellement le Malin peut dépasser les limites imposées, sans la permission divine, mais avec sa tolérance. Le Seigneur voit plus loin que les démons, – qui ne regardent que le profit immédiat – et Dieu sait qu’une chute même peut être avantageuse pour nous. Si le diable dépasse sa limitation et se montre plus fort qu’autorisé, et qu’alors, malgré tous nos efforts, nous chutons plus ou moins, cela nous humilie grandement. Cependant cette humiliation nous est plus avantageuse que la chute – apparement grave à nos yeux, – et n’est finalement pas un péché car le diable a lutté d’une manière illicite. 
Voici un exemple chez les anciens :
Un anachorète était vierge, ignorant presque l'existence des femmes, et le démon de la fornication troublait. Le frère était enflammé par la passion, mais du fait de son ignorance, il ne connaissait pas l'objet de son désir. Le serviteur de Dieu aimait seulement sans savoir de quoi était amoureux. Un jour le démon lui montra un homme en train de forniquer avec une femme, mais Dieu voyant que la ruse du démon dépassait les limites protégea le frère et supprima le combat. Cela ne veut pas dire que nous pouvons mettre tous nos péchés sur ce compte. Le Christ seul jugera de nos péchés et ils sait ce que nous faisons par faiblesse, mauvaise habitude, volontairement ou autre.
Dans l’histoire des pères du désert est relaté que Satan dit un jour à Dieu que s’il ne peut faire tomber quelqu’un dans la journée il le fait pendant le sommeil. Le Seigneur lui répondit : «pas plus qu’un avorton n’héritera de son père, pas plus cela n’est compté comme péché pour ses élus».
Même les bons anges peuvent parfois aller trop loin, comme on le voit dans une autre histoire où un ange demanda à un saint moine de prier pour lui car Dieu le punit à cause d’un châtiment trop dur que l’ange avait infligé à des pécheurs comme moi.
Pour nous consoler un peu : à notre époque, où nous vivons, des ailes faibles nous sont données, et ce n’est qu’à grand-peine que nous traversons la mer de cette vie, et les démons de leur côté sont particulièrement acharnés pour nous faire tomber, car ils savent que leur heure est proche.

a. Cassien