vendredi 7 août 2020

HOMÉLIE POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU

Mt (14,22-34)


«En ce temps-là, Jésus ordonna à ses disciples de remonter dans la barque et de le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait la foule. Et quand il l'eut renvoyée, il gravit la montagne pour prier à l'écart; et là, il était seul à la tombée de la nuit. La barque se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, sous un vent contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus vint à eux, marchant sur la mer. Les disciples, le voyant marcher sur la mer, prirent peur et dirent : C'est un fantôme ! et ils crièrent d'effroi. Mais Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c'est bien toi, ordonne que j'aille près de toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Et Pierre sortit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais devant la violence du vent il prit peur et, sur le point de couler, il s'écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand ils furent montés dans la barque, le vent cessa. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : Tu es vraiment le Fils de Dieu ! Et lorsqu'ils eurent achevé la traversée, ils touchèrent terre à Génésareth.»



Je voudrais éclaircir quelques aspect de cet évangile, en passant sous silence d’autres aspects, car qui peut sonder entièrement la profondeur de la parole de Dieu ?

C’est la seconde fois que les disciples sont en danger sur la mer. La première fois, le Christ était avec eux et avait dormi dans la barque, et cette fois-ci ils sont seuls. C’est-à-dire que le Seigneur les soumet à une épreuve plus grande. En plus de les laisser seuls, il tarde à intervenir, car ils ne vint que vers la quatrième veille de la nuit, quand l’obscurité commençait à se dissiper et l’aurore à se lever. «Le Seigneur vint trouver ses disciples battus par les flots, à la quatrième veille, c’est-à-dire vers la fin de la nuit, car la veille est de trois heures et la nuit est divisée en quatre veilles.» (Saint Augustin. serm. 14 sur les paroles du Seigneur) 

Ils le virent, mais confusément, à cause de l’obscurité, et ce n’est que quand ils entendirent sa voix que leur peur se dissipa. 

C’est une image de l’Église qui touche à la fin de son combat, de ses épreuves. «Lorsque le Christ reviendra à la fin des temps, il trouvera l’Église fatiguée et comme assiégée de tous côtés, et par l’esprit de l’Antichrist, et par les agitations du monde entier.» (Saint Hilaire. can. 14)

Pierre, dans sa foi spontanée, marcha sur les eaux, mais eut finalement peur de la violence du vent. Une attitude contradictoire : marcher sur l’eau sans craindre et être angoissé face à la violence de la tempête. «L’esprit est prompt mais la chair est faible,» comme dit l’apôtre Paul quelque part ; en d’autres termes : la foi et le «vieil homme» en nous.

Le Christ ne commanda pas à la mer de se calmer mais étendit la main, et saisit Pierre. Ce n’est qu’une fois sur la barque que la tempête se calma.

«Jésus ne commande pas aux vents de s’apaiser, mais il étend la main pour le soutenir, parce qu’il fallait que Pierre fit preuve de foi. Lorsque tous nos moyens humains font défaut, c’est alors que Dieu fait paraître sa puissance. Et pour le convaincre que ce n’est pas la violence du vent, mais son peu de foi qui l’a mis en danger, il lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Preuve que le vent n’aurait pu rien contre lui, si sa foi avait été plus ferme.» (Saint Jean Chrysostome. hom. 51)

En même temps le Seigneur réprimanda Pierre : «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?» Nous luttons dans nos épreuves, mais nos passions nous hantent encore : le doute, l’angoisse, la faiblesse. On en sort peut-être vainqueur, mais avec des blessures et des séquelles. Cela nous humilie et nous protège contre l’orgueil, qui, sinon, nous ferait croire que notre force vient de nous-même.

«Et quand ils furent montés dans la barque …» Ce n’est pas seul que Pierre monta dans la barque mais accompagné de Jésus. Image de ce que nous ne pouvons trouver la paix sans le secours de Dieu. «… et le vent cessa.»

Pendant cet événement, les autres disciples ne dirent pas un mot. C’est ainsi que nous ne pouvons compter, dans nos tentations, sur les autres mais seulement sur l’Esprit du Seigneur qui nous seconde invisiblement mais sûrement, et qui seul connait ce qui se passe en nos cœurs.

Voilà un seau de l’eau de la mer divine puisé par ma petitesse, comme dirait saint Augustin, qui vit un jour un enfant qui voulait puiser avec un seau toute l’eau de la mer.


a. Cassien


samedi 11 juillet 2020

Pour la fête des saints Pierre et Paul

saint Jean de Kronstadt.

Nous l’attendions, chers frères, cette fête des glorieux, très glorieux et très éminents apôtres Pierre et Paul. Il est digne qu’ils soient vénérés dans tous l’univers. Cela est digne car pour le Christ Jésus, notre Seigneur, et pour le salut des âmes des hommes, ils ont renoncé à eux-mêmes et ont offert leur âme. Ils ont renoncé à toutes les beautés et les douceurs de ce monde. Ils ont illuminé le monde entier par leurs enseignements, ce monde vautré dans l’idolâtrie et les passions diverses. Et ils ont amené jusqu’au Christ une multitude d’âmes, c’est-à-dire qu’ils les ont délivrées de la chute éternelle et conduites au royaume des cieux. Ainsi, nous, tous les chrétiens des mondes présent et passé, nous leurs sommes redevables de la proclamation évangélique et des règles salvatrices de la vie chrétienne. C’est pourquoi nous les glorifions dignement. L’un et l’autre connurent une fin de martyr. L’apôtre Pierre fut crucifié la tête en bas, et le saint apôtre Paul décapité d’un coup d’épée. Et quelle fut la cause de ces exploits ascétiques des deux apôtres, pour lesquels l’univers tout entier les bénit ? Qu’est-ce qui les incita et les mena à de si glorieux actes ? Leur foi et leur amour vivants pour le Christ, cette foi selon laquelle ils considéraient tout ce qui est terrestre comme poussière et fumier, et chérissaient tout ce qui est céleste. Et ils accordaient une valeur infiniment élevée à chaque parole proférée par notre Seigneur Jésus Christ. Ils gardaient précieusement chacun de ses mots dans leur cœur, et ils de toutes leurs forces, ils s’employaient à accomplir chacun de ses commandements. Ils chérissaient infiniment chaque âme humaine, et chacune de ces âmes, ils s’évertuaient à la sauver du péché et de la perte éternelle. Car dans leur mémoire et dans leur cœur ils retenaient sans cesse les paroles du Sauveur «Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu» (Mt 18,11). Leur amour pour le Christ les rendit prêts à cheminer jusqu’à Lui, à travers les prisons et la mort. Leur amour pour tous les êtres humains, tel celui par lequel le Christ les avait aimés, et les aime, les incita à tout sacrifier au monde pour le salut des âmes humaines, à renoncer à jouir de tous les biens de ce monde, à se soumettre à toutes les détresses et les dangers imaginables, jusqu’à la mort. Voilà la source des glorieux exploits ascétiques des saints apôtres, et en particulier, Pierre et Paul ! Apprenons d’eux cette foi et cet amour pour le Christ.
De nos jours, l’incroyance et la pusillanimité croissent et de nombreux cœurs sont devenus froids envers le Christ. Phénomène extrêmement affligeant ! Ainsi donc, notre foi à nous les Russes, les orthodoxes faiblirait-elle, alors que le Christ, notre Maître qui nous mène à la foi, s’est tellement glorifié et se glorifie toujours parmi nous en d’innombrables miracles, tant à travers les saintes reliques, les saintes icônes miraculeuses, les mystères vivificateurs que dans diverses forces, se manifestant ainsi aux fidèles qui mettent leur foi en Lui, dans tous les coins et horizons de notre patrie ? Ainsi donc, nous ne croirions pas en Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, alors qu’Il a clairement sauvé et sauve encore notre patrie et notre tsar orthodoxe de tous les ennemis et rivaux perfides, protégeant une fois encore, voici peu, de sa droite puissante son Oint bien-aimé ? Ainsi, frères, nous ne croirions pas en Christ, alors qu’Il nous sauva vous et moi, à de nombreuses reprises, du malheur, de la maladie, de l’affliction, et surtout évidemment, de nos péchés, alors qu’Il nous nourrit, nous habille, nous enseigne, nous apaise, nous donne vie ? Nous ne croirions pas en Christ, alors que dans nos cœurs, nous sentons qu’Il vit en nous, agit en nous, nous sauve en permanence, nous vivifie et nous fortifie ? Il faut avoir perdu la raison pour dire qu’on ne croit pas en Christ, le Fils de Dieu, il faut être fou, idiot. Chez nous, en Russie, quasi chaque endroit, chaque ville, chaque village, chaque monastère et église témoigne de la puissance du Christ; chaque pieux chrétien est le témoin vivant de la puissance du Christ, qui s’accomplit à travers nos infirmités. Nous les Russes, les chrétiens orthodoxes, nous n’aimerions pas le Christ, alors que la foi en Christ nous a éclairés, fortifiés, élevés et rendus heureux ? Nous n’aimerions pas le Seigneur Jésus Christ, quand la foi en Lui, l’accomplissement de ses commandements, est le gage de notre bien-être, de notre prospérité et de notre force, le gage du pardon de nos péchés, du bénéfice de l’intercession et du salut dans les malheurs, les afflictions, les attaques, le gage de notre résurrection d’entre les morts et de notre vie éternelle ? Sans le Christ, qui va nous consoler quand nous serons dans l’affliction et subirons des attaques ? Qui pardonnera nos péchés ? Qui nous nourrira de son corps et de son sang vivificateurs ? Qui nous dira : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos» (Mt 11,28). Qui nous dira : «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort»(Jn 11,25).
Dès lors, ne pas aimer le Christ signifie ne pas s’aimer soi-même, être son propre ennemi, ne pas aimer la vie éternelle, la béatitude sans fin, bref, cela signifie qu’on a perdu la raison.
Frère, soyons fermes dans notre foi et notre amour pour le Christ, jusqu’à notre dernier souffle, et lors de notre dernier souffle, remettons notre esprit entre ses mains à Lui, notre vie éternelle. Amen.


mardi 7 juillet 2020

180

Mes chers, 
le bulletin 180 est disponible.

Vôtre dévouement, 
a. Cassien

lundi 8 juin 2020

DE LA LUTTE SPIRITUELLE

Les anges déchus ont par nature une très grande force qui varie bien sûr selon leur rang. Pourtant, depuis leur chute, cette force est entravée par Dieu, et ils ne peuvent faire du mal que dans la mesure où Dieu le permet. «Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces.» (I Cor 10,13) Nous voyons cela par exemple dans l’histoire de Job : «Le Seigneur dit à Satan : Voici, tout ce qui lui appartient, Je te le livre; seulement, ne porte pas la main sur lui.» (Job 1,12) Quelque temps après, quand Job eut plus d’expérience et de force, Dieu permit une autre lutte plus forte : «Le Seigneur dit à Satan : Voici, je te le livre; seulement, épargne sa vie.» (ibid. 2,6) C’est donc selon que le Seigneur le permet qu’ils nous tentent, et c’est d’égal à égal que nous combattons avec l’ennemi du genre humain, et avec la grâce de Dieu, nous pouvons toujours vaincre.
«Il faut remarquer en ces paroles du Seigneur, la sage dispensation de sa Bonté; comment il permet au démon d’agir et qu’en même temps, il l’en empêche; comment il lui lâche la bride et qu’en même temps il la lui retient. Il y a des choses dans lesquelles il permet au démon de tenter Job; il y en a dans lesquelles il lui permet de l’affliger; mais il y en a d’autres auxquelles il lui défend de toucherSaint Grégoire le Dialogue, (volume 1, chapitre 2)
«La volonté de l’ange apostat est toute corrompue et dépravée; cependant Dieu la sait régler avec une providence si merveilleuse, que les efforts qu'elle fait contre ses élus leur sont utiles, en les purifiant par les tentations qu’ils leur suscitent.» Saint Grégoire le Dialogue, (volume 1, chapitre 13)
Pourtant, exceptionnellement le Malin peut dépasser les limites imposées, sans la permission divine, mais avec sa tolérance. Le Seigneur voit plus loin que les démons, – qui ne regardent que le profit immédiat – et Dieu sait qu’une chute même peut être avantageuse pour nous. Si le diable dépasse sa limitation et se montre plus fort qu’autorisé, et qu’alors, malgré tous nos efforts, nous chutons plus ou moins, cela nous humilie grandement. Cependant cette humiliation nous est plus avantageuse que la chute – apparement grave à nos yeux, – et n’est finalement pas un péché car le diable a lutté d’une manière illicite. 
Voici un exemple chez les anciens :
Un anachorète était vierge, ignorant presque l'existence des femmes, et le démon de la fornication troublait. Le frère était enflammé par la passion, mais du fait de son ignorance, il ne connaissait pas l'objet de son désir. Le serviteur de Dieu aimait seulement sans savoir de quoi était amoureux. Un jour le démon lui montra un homme en train de forniquer avec une femme, mais Dieu voyant que la ruse du démon dépassait les limites protégea le frère et supprima le combat. Cela ne veut pas dire que nous pouvons mettre tous nos péchés sur ce compte. Le Christ seul jugera de nos péchés et ils sait ce que nous faisons par faiblesse, mauvaise habitude, volontairement ou autre.
Dans l’histoire des pères du désert est relaté que Satan dit un jour à Dieu que s’il ne peut faire tomber quelqu’un dans la journée il le fait pendant le sommeil. Le Seigneur lui répondit : «pas plus qu’un avorton n’héritera de son père, pas plus cela n’est compté comme péché pour ses élus».
Même les bons anges peuvent parfois aller trop loin, comme on le voit dans une autre histoire où un ange demanda à un saint moine de prier pour lui car Dieu le punit à cause d’un châtiment trop dur que l’ange avait infligé à des pécheurs comme moi.
Pour nous consoler un peu : à notre époque, où nous vivons, des ailes faibles nous sont données, et ce n’est qu’à grand-peine que nous traversons la mer de cette vie, et les démons de leur côté sont particulièrement acharnés pour nous faire tomber, car ils savent que leur heure est proche.

a. Cassien



mercredi 27 mai 2020

HOMÉLIE POUR L’ASCENSION

Voici quelques miettes du festin que j’ai pu ramasser dans les évangiles, nos pères théophores, les hymnographes et dans l’iconographie.
Commençons avec les évangiles qui sont peu loquaces sur cet événement, pourtant fort important, qui est le point culminant de l’économie du salut de notre Sauveur.
Jean ne dit rien de l’Ascension et Matthieu juste du «lieu que Jésus leur avait désigné» (Mt 28,18). Marc de sont côté, dit un peu plus : «Après leur avoir parlé, le Seigneur fut enlevé au ciel et il s'assit à la droite de Dieu.» (Mc 16,19) Ce n’est que Luc qui en dit davantage : «Puis il les conduisit vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut enlevé au ciel.» (Luc 24,50)
«Il les conduisit vers Béthanie,» ce qui suppose qu’ils étaient rassemblés à Jérusalem. Or Béthanie était «près de Jérusalem, à quinze stades environ,» selon saint Jean (Jn 11,18) Les Actes (19,10) disent : «la distance d’un chemin de sabbat.» Ils étaient rassemblés dans la ville. «Vous autres, restez en ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force d’en haut.» (Luc 24,49) Dans les Actes des Apôtres (1,4) est écrit : «Au cours d’un dernier repas, il leur enjoignit de ne pas quitter Jérusalem.» On dirait : confinés, aujourd’hui, mais il n’y avait heureusement ni Corona ni les Mercrons, en ce temps-là. Après l’Ascension, «ils retournèrent à Jérusalem en grande joie,» ce qui indique donc qu’ils venaient de Jérusalem, puisqu’ils y retournèrent.
Pour la Résurrection du Christ, il est dit qu’il est ressuscité et pour l’Ascension qu’il fut enlevé au ciel. Pourquoi une fois il est et l’autre fois il fut ? Quelle est la différence ? Lors de l’Ascension c’est l’humanité du Christ qui monta au ciel, comme prémices pour tous les hommes. La divinité du Sauveur n’a jamais quitté la droite de son Père. C’est donc l’humanité qui fut
Saint Grégoire le Grand, ou le Dialogue, dit : «Nous savons par l'Ancien Testament, qu'Elie a été enlevé au ciel (cf. 4 R 2). Mais il faut distinguer ici entre le ciel éthéré et le ciel aérien ou atmosphérique qui est plus rapproché de la terre. Elie fut donc enlevé dans le ciel aérien, et déposé dans une région secrète du monde pour y vivre dans une paix profonde de l'âme et du corps, jusqu'à ce qu'il revienne à la fin du monde et paie son tribut à la mort. Remarquons aussi qu'Elie a été emporté sur un char, pour démontrer clairement que n'étant qu'homme il avait besoin d'un secours étranger; notre Rédempteur, au contraire, n'a eu besoin ni d'un char, ni des anges pour monter au ciel; Créateur de toutes choses, il s'élevait par sa propre vertu au-dessus de tous les éléments.»
«Il s'assit à la droite de Dieu.» Il y est question de l’humanité, car depuis tout éternité le Fils de Dieu y est assis. «Il ne faut point entendre qu'il est assis comme les hommes ont coutume de s'asseoir, et dans ce sens que le Père serait assis à la gauche, et le Fils à la droite; la droite, c'est la puissance qu'il a reçue de Dieu comme homme pour venir juger les hommes après qu'il était venu pour être jugé par eux. L'expression s'asseoir ou résider, a le même sens qu'habiter; ainsi nous disons d'un homme, il s'est assis ou il a résidé dans ce pays pendant trois ans; c'est donc ainsi que Jésus Christ habite à la droite de Dieu le Père, il est heureux et il habite au sein de la béatitude, qui est appelée la droite du Père. Là, on ne connaît que la droite, parce qu'il n'y a plus aucune souffrance,» selon le vénérable Augustin (du Symbole).
«Lorsque les disciples, ravis l'admiration, suivaient des yeux le Seigneur montant au ciel, deux anges, vêtus de blanc et brillants de splendeur, se présentèrent à eux, et leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, en vous quittant, s'y est élevé, reviendra de la même manière que vous l'avez vu monter au ciel. (Ac 1,11) «Ces paroles apprennent à tous les enfants de l'Église, que notre Seigneur Jésus Christ reviendra visiblement un jour dans cette même chair avec laquelle il est monté au ciel.» (saint Léon le Grand, homélie 2 pour l’Ascension) Les Actes des Apôtres complètent donc les évangiles en parlant de deux anges, – je suppose que c’étaient les mêmes anges qui annoncèrent la Résurrection aux myrophores près du tombeau – et ensuite : «il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel. Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat.» (Ac 1,9-12) Dans une autre homélie dit saint Léon : «non seulement les apôtres, mais tous les disciples qui avaient perdu courage en le voyant souffrir le supplice de la croix, et qui avaient douté de sa résurrection, ranimés et fortifiés par la manifestation réelle de sa présence, loin de s'abandonner à la tristesse lorsqu'ils le virent monter au ciel, furent comblés de joie. Et, en effet, y eut-il jamais un sujet plus légitime de se réjouir que dans cet heureux moment où la nature de l'homme s'élevait, en présence de cette sainte assemblée, au-dessus de tous les esprits célestes, au-dessus de tous les ordres des anges et des archanges, sans trouver dans sa glorieuse ascension, par de-là tous les cieux, aucun obstacle qui l'arrêtât jusqu'à ce que, reçue dans le sein du Père éternel, elle fût assise sur le trône de celui qui reconnaissait dans son Fils la nature divine par laquelle il lui est égal ?»
Complétons avec des chants de la fête : «Sans quitter le sein paternel sur terre partageant notre humanité, très doux Jésus, tu remontes en ce jour vers le ciel glorieusement depuis la montagne des Oliviers, relevant par compassion notre nature déchue pour l'asseoir à côté du Père avec toi; les puissances incorporelles dans les cieux, frappées d'admiration et d'effroi, magnifient l'amour dont tu aimes les humains; et nous sur terre, avec elles nous glorifions ta condescendance envers nous et ton Ascension, en disant : Seigneur qui remplis d'une ineffable joie au jour de ton Ascension tes disciples et la Mère de Dieu qui t'enfanta, donne-nous aussi, par leurs prières, la joie de tes élus et la grâce du salut.» (Grand Vêpres, Lucernaire)
L’iconographie met, pour ainsi dire, le sceau sur ces témoignages, comme nous le voyons sur l’icône ci-dessous.

archimandrite Cassien


dimanche 17 mai 2020

CATÉCHISME POUR LES NULS

Parfois, dans la rue, on me demande ce que je représente. J’explique que je suis prêtre-moine orthodoxe. «Ah, qu’est-ce que l’Église orthodoxe ?» – «C’est l’Église chrétienne primitive qui est restée comme au temps des apôtres. Des pays entiers, comme la Grèce, la Serbie etc., sont presque entièrement restés orthodoxes» – «Vous croyez à la Vierge ?» – «Bien sûr, mais pas au pape.» – «Est-ce que les prêtres orthodoxes peuvent se marier ?» – «Oui, mais pas ceux qui sont en même temps moines.» (Ces sont généralement les femmes qui posent cette question, toujours préoccupées…)
Encore quelques questions simplistes, et les interlocuteurs continuent finalement leur chemin, – plus instruits.
Parfois j’entends aussi des petits enfants derrière moi : «Papa, qu’est-ce que c’est ?» en me montrant avec le doigt, je pense. «Pssst, tait-toi !» C’est encore trop tôt pour le catéchisme.
Je me rappelle aussi d’une jeune fille, qui était venue une fois au foyer, assoiffée de connaissances sur la religion. Elle commença à demander : «Que sont les apôtres ?» Je lui expliquai que «ce sont les disciples que le Christ a choisi pour l’aider dans sa mission, ses collaborateurs, pour ainsi dire.» Elle continua encore à poser pleins de questions jusqu’à que son père vienne la chercher.
Comme il n’y a plus de catéchisme à l’école et que les parents sont indifférents à la religion, qu’y a-t-il à attendre de jeunes sans aucune instruction religieuse ?
Si l’on renverse les rôles, ça peut donner cela :
Le prêtre, lors du catéchisme : «Si l'on manque à l'un des dix commandements de Dieu, qu'est-ce que cela fait ?» Le gamin : «Il n'en reste plus que neuf.»
Il faudrait écrire un catéchisme pour les nuls, dans d’autres termes : un pré-catéchisme, avec des questions simples et des réponses claires et simplifiées. Je mettrai ce projet dans la liste d’attente, … peut-être un jour ? Je naquète l’Esprit saint pour qu’il m’inspire et que les pré-catéchistes s’inscrivent.

a. Cassien 

dimanche 10 mai 2020

179

Christ est ressuscité !

Voici le bulletin 179

en Christ, a. Cassien


Ce n’est pas mon coutume de faire réclame pour une pétition, mais une fois n’est pas coutume, ou si on veut : exceptis excipiendis.

Le texte de la pétition :


A. Cassien

samedi 25 avril 2020

Mon Seigneur et mon Dieu !

La semaine lumineuse vient de se terminer avec le dimanche de Thomas, et le temps pascal continue jusqu’à l’Ascension. Ce dimanche aujourd’hui s’appelle également Antipâque. «Anti» peut avoir différents sens : «contre», comme dans «Antichrist» (non «Antechrist». «Ante» veut dire «avant»). «Anti» peut aussi signifier «à la place», «au lieu», comme pour : Antidore (le pain bénit) qu’on donne à la place de la sainte communion. «Anti» peut aussi signifier : «en face», «à l’opposé», ce qui est le sens pour la fête d’aujourd’hui.
Je voudrais me focaliser sur ce que dit l’apôtre Thomas quand le Sauveur lui montra ses mains et ses pieds en disant : «Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois.» (Jn 20,27) «Mon Seigneur et mon Dieu,» répliqua l’apôtre incrédule. 
Jusqu’à la passion du Christ, les apôtres voyaient le Christ comme Fils de Dieu, comme Messie, sans être conscient qu’il est Dieu par nature. Thomas maintenant dit clairement «mon Dieu», après avoir pris conscience que le Seigneur est (et non fut) ressuscité par sa propre force. L’ange dit bien aux myrophores : «qu'il est ressuscité des morts», (Mt 28,7) et non qu’il fut
L’hypakoï de Pâque dit bien également : «Devançant l’aurore, Marie et ses compagnes trouvèrent la pierre roulée devant le sépulcre, et entendirent l’ange leur dire : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts comme un homme Celui qui est dans la lumière éternelle ? Voyez le suaire. Courez donc annoncer au monde que le Seigneur est ressuscité, qu’Il a tué la mort, car Il est Fils du Dieu qui sauve le genre humain.» 
Ce n’est que Dieu lui-même, – qui est la Vie, – qui peut ressusciter par sa propre force. Nous autres seront ressuscités au dernier jour. L’exclamation de Thomas «mon Dieu,» peut suffire pour confondre tous les hérétiques et sectaires qui nient la divinité du Christ, et ne le considèrent que comme un dieu crée dans le meilleur cas.
Jésus répliqua à Thomas : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !» (Jn 20,29) Nous qui n’avons pas vu de nos yeux de chair le Christ ressuscité, ni touché ses plaies, nous sommes donc heureux si nous croyons à la Résurrection du Christ qui nous a ouvert de nouveau les portes du paradis.
Une dernière question : Est-ce que Thomas a finalement touché les plaies du Ressuscité, après que celui-ci l’eut invité à le faire ? L’évangile n’en dit rien mais sur les icônes de la fête on voit bien que l’apôtre touche le corps du Christ.
Terminons avec une citation de saint Grégoire le Théologien : «Notre Seigneur offre au toucher cette même chair, avec laquelle il était entré les portes demeurant fermées. Nous voyons ici deux faits merveilleux et qui paraissent devoir s'exclure, à ne consulter que la raison; d'un côté, le corps de Jésus ressuscité est incorruptible, et de l'autre cependant, il est accessible au toucher. Or, ce qui peut se toucher doit nécessairement se corrompre, et ce qui est impalpable ne peut être sujet à la corruption. Notre Seigneur, en montrant dans son corps ressuscité, ces deux propriétés de l'incorruptibilité et de la tangibilité, nous fait voir que sa nature est restée la même, mais que sa gloire est différente.» (Homélie 20) 

a. Cassien