samedi 5 octobre 2019

Baptême et mariage

Aujourd'hui, samedi le 11 septembre fut baptisée Théophanie et l'après-midi a eu lieu le mariage de Minas et de Théophanie.

mardi 17 septembre 2019

MISE AU POINT

«Il est bien normal que je sois gêné par la faiblesse de la mémoire, moi qui suis déjà vieux et qui peut-être, comme les plantes dans un état semblable, penche vers l’abandon.» (acte de déposition du défunt patriarche Mouzalon)
Étant dans cette situation, il me faut pourtant suivre les paroles de saint Grégoire de Nysse : «Puisque le devoir de scruter les Écritures est aussi l'un des préceptes du Seigneur, il faut absolument, même si notre intelligence se trouve en-deçà de la vérité et n'atteint pas à la grandeur de ces pensées, réussir au moins à ne pas paraître négliger le commandement du Seigneur en mettant autant d'ardeur que possible à étudier le texte. Aussi, scrutons l'écrit qui nous est proposé autant que nous en sommes capables.» (sur l’Écclesiaste)
«La sainte Écriture, oeuvre du Dieu tout-puissant, a ceci d'admirable que, même quand on l'a expliquée de mainte façon, il lui reste toujours des replis secrets où elle tient cachés des mystères. Il est très rare qu'une fois expliquée, elle ne garde pas un surplus pour de nouvelles et quotidiennes explications. Ainsi, par un grand dessein providentiel, le Dieu tout-puissant l'a mise au-dessus de toute compréhension, pour parer à la faiblesse changeante des hommes. Afin d'éviter qu'elle ne s'avilisse en devenant trop connue, elle a été faite de telle sorte que, paradoxalement, en la connaissant, on l'ignore. On la lit avec d'autant plus d’agrément que, chaque jour, on y trouve à apprendre. Le plaisir qu'elle procure est plus vif, du fait qu'elle a toujours quelque chose de neuf à offrir.» Saint Grégoire le Grand (explication du Livre de Rois 1, 76,2)
L’évangile du dimanche passé (13e Matthieu) nous parlait de «la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle; c'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille à nos yeux.» (Mt 21,42)
Ce passage se rapporte d’abord à notre Seigneur qui fut rejeté par les pharisiens et les scribes qui le persécutèrent et le crucifièrent même. Le début de l’évangile parle d’eux en les comparant à des vignerons ingrats agissant de même. L’Écriture sainte nous montre d’autres histoires dans ce sens, qui sont des figures pour notre Seigneur, comme Joseph le Tout-bon, qui fut maltraité et presque tué par ses propres frères, mais fut élevé finalement très haut par Dieu, ou David que ses frères méprisaient jusqu’à ce qu’il tue le géant Goliath et monte finalement sur le trône royal. «J’étais le plus petit d’entre mes frères, le plus jeune dans la maison de mon père. Je menais paître le troupeau de mon père. … Mes frères étaient beaux et grands, pourtant le Seigneur ne les a pas préférés.» (Psaume 151)
Pourquoi je parle de cela ? C’est que «les affaires de l'Eglise sont en souffrance, quoique vous pensiez que tout soit en paix. Et c'est un grand malheur de ne pas savoir que nous sommes dans le malheur, lorsque nous sommes plongés dans des maux sans nombre. Que dites-vous ? Nous avons des églises, des biens, et le reste, les collectes se font, chaque jour le peuple assiste à l'office divin, et nous méprisons. La prospérité de l'Eglise ne se reconnaît pas à ces signes,» comme quelqu’un a dit quelque part.
Je sais que ces lignes sont un peu énigmatiques, mais ceux à qui cela est adressé sauront lire entre les lignes, et comme dit l’Écriture : «Reprends le sage, et il t'aimera. Donne au sage, et il deviendra plus sage. Instruis le juste, et il augmentera son savoir.» (Pro 9,8)


a. Cassien

jeudi 5 septembre 2019

La ressemblance de la chair du péché

En préparant un texte, pour notre site, «Livre des Promesses», attribué à Quodvuitdeus, évêque de Carthage (5e siècle), je me suis achoppé à ce passage : « … le Christ : celui-ci prit, non pas la chair du péché, mais la ressemblance de la chair du péché.» (livre 1 chapitre 21) Et l’original en latin : «accepit non carnem peccati, sed simililudinem carnis peccati.»
Nos pères se sont acharnés à soutenir fermement que le Christ a la même nature que nous, et non en apparence seulement, comme ils se sont battus pour soutenir que le Christ a la même nature (homoousios) que le Père, et non une nature semblable (homoiousios). Ici, dans ce texte, pourtant il s’agit de la ressemblance, non spécifiquement de notre chair ou de notre corps, mais de la chair du péché. Le Christ, cependant, a un corps d’avant la chute, donc sans péchés ni vices. Cette chair ressemble à celle de la chair du péché, mais n’est pas la même. Elle a les passions naturelles (faim, soif, sommeil, etc), mais pas ce que la chute a entrainé : les péchés et les vices. Les passions naturelles, nos premiers parents les ont eues. Adam était endormi quand Dieu a créé Ève de son côté. Les protoplastes ont mangé les fruits du paradis, mais malheureusement aussi du fruit défendu. Jésus, pour sa part, a eu faim après les 40 jours dans le désert. Il a sommeillé sur la barque et il a eu soif près du puits de Jacob.
Revenons au texte en question. L’apôtre Paul dit à maintes reprises la même chose, comme en Romains 8,3 par exemple : «ν μοιώματι σαρκς μαρτίας.» «Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché».
Donc finalement ma crainte n’est pas justifiée, et l’évêque Quodvuitdeus écrit juste. Je continue donc à préparer le texte pour notre site.


A Cassien

lundi 2 septembre 2019

mardi 27 août 2019

HOMÉLIE POUR LA DORMITION

Les pères de l’Église ont amplement écrit sur la fête de la Dormition de la Toute Sainte, comme par exemple, saint Denys l’Aréopagite, saint Dimitri de Rostov ou saint Germain de Constantinople. Ma médiocrité ne peut donc rien rajouter de plus, mais seulement résumer ce qu’ils ont dit et le dire d’une manière plus simple afin que tout le monde puisse le comprendre, à notre époque, où le soleil de la connaissance est au plus bas.
L’Écriture sainte n’en parle que d’une manière voilée, mais la Tradition en est riche d’enseignement : les écrits des pères nous en parlent, – comme je l’ai déjà dit – les textes liturgiques de la fête la chantent, et l’iconographie l’illustre.
Après l’Ascension du Christ, la Toute Sainte vécut encore quelques années. Les apôtres étaient dispersés dans le monde à prêcher la Bonne Nouvelle. Lorsqu'il plut au Christ notre Dieu de rappeler à lui sa Mère, Il envoya un ange, trois jours à l'avance, pour lui annoncer son départ pour l’autre vie.
Lors de sa dormition, les apôtres furent miraculeusement réunis à son lit, comme elle l’avait demandé dans ses prières à son Fils. La maison fut ébranlée par un bruit semblable à celui du tonnerre, et elle se trouva remplie de nuées qui amenaient les apôtres, rassemblés de toutes les extrémités du monde. Parmi les apôtres s'étaient joints certains des saints Hiérarques, tels que saint Hiérothée, saint Denys l’Aréopagite, et saint Timothée. Il ne manquait que l’apôtre Thomas, comme pour l’apparition du Sauveur après la résurrection.
«Enfin le Fils vint lui-même et se joignit à tous, escorté de la foule des puissances d'en haut. Et de même qu'après avoir conçu sans volupté, elle enfanta sans douleur, ainsi elle remit sans douleur à ce Fils son âme tout à fait pure, étant la seule même par rapport à lui, et sans doute à cause de lui, à être séparée du corps sans souffrance.» (Premier discours du bienheureux Germain de Constantinople) Le même saint continue plus bas : «L'âme incorruptible, comme nous l'avons dit, déposée entre les mains de son Fils, monta avec lui aux cieux; le corps absolument sans souillure attendait d'être enseveli par ceux qui étaient rassemblés là. »
«En se retirant dans l'Église du ciel, elle rassemble miraculeusement auprès d'elle les représentants suprêmes de l'Église dispersés sur la terre, et, par là, elle montre que son alliance avec les fidèles de la terre, non seulement n'est pas rompue par sa retraite, mais encore, dès ce moment, devient plus forte, plus large et plus efficace, et que la grâce qui vit en elle, si longtemps cachée sous son humilité, doit se manifester dès son cercueil et remplir l'Église universelle de sa gloire, selon la prédiction qu'elle en fit jadis, qui put paraître autrefois incroyable, mais qui était parfaitement exacte : Toutes les générations m'appelleront bienheureuse.» (saint Philarète de Moscou; 5e homélie sur la Dormition)
«En raison de la victoire du Christ, la mort n’allait pas posséder le corps endormi de celle dont elle n’avait pas su posséder l’âme. La Toute-Pure allait s’assoupir pour un court moment, et se relever, comme d’un songe, pour secouer l’engourdissement du tombeau, comme on chasse la somnolence de ses yeux. Elle allait goûter la vie éternelle et la gloire, dans la lumière de la face du Seigneur. Elle allait passer au son des voix joyeuses.» (Saint Dimitri de Rostov)
«Après le premier effroi, les disciples s’inclinèrent devant le Seigneur qui enlevait au ciel l’âme de sa Mère. Entourant la couche et versant des larmes, ils virent le visage de Marie la Toute-Sainte rayonner comme le soleil. Le corps très pur exhalait un indicible parfum surpassant toutes les senteurs de ce monde. Ce parfum, aucune langue humaine ne saurait le décrire. Tous embrassèrent le saint corps avec crainte et révérence, …» (saint Dimitri de Rostov)
Le même saint continue : «Tout d’abord, saint Pierre, saint Paul et saint Jacques, suivis des autres coryphées, soulevèrent la couche sur leurs épaules. En tête, saint Jean le Théologien portait le sceptre rayonnant et royal. Le reste de l’assemblée marchait autour des saints apôtres avec des cierges et des encensoirs, rythmant le chant funèbre.»
Lors du transport au sépulcre à Gethsémani, eut lieu l’épisode du Juif incrédule, que je passe sous silence, comme d’autres faits merveilleux. Je relate juste l’épisode de l’apôtre Thomas qui arriva en retard. Les apôtres eurent le dessein d’ouvrir le sépulcre afin que Thomas puisse se prosterner à son tour. Lorsqu’ils soulevèrent la pierre, ils furent effrayés, car la tombe était vide. Le corps de la Mère de Dieu n’y reposait plus. La suite, l’Église l’enveloppe de silence et garde le mystère. 
Citons aussi quelques chants de la fête :
«Les apôtres divins, sur un signe de Dieu des quatre coins de l'univers portés sur les célestes nuées, recueillirent ton corps très-pur qui avait mis au monde notre Vie, et pieusement l'entouraient de respect. Les plus hautes puissances des cieux, présentes ainsi que leur Seigneur, saisies de crainte, accompagnaient le corps qui fut de Dieu même le temple très-saint; elles s'avançaient dans les cieux et criaient, sans être vues, aux chefs des armées célestes : «C'est la Souveraine de l'univers, la Vierge divine qui s'avance; élevez les frontons pour accueillir de merveilleuse façon la Mère de l'intarissable Clarté. Par elle aux hommes est advenu le salut, sur elle nous ne pouvons porter nos regards, et nous ne pouvons lui offrir l'hommage qui convient à son rang, car sa précellence dépasse l’entendement». 
«Vierge sainte et très-pure Mère de Dieu, toujours vivante avec ton Fils, le Roi de la vie, sans cesse prie le Christ pour qu'il sauve de tout danger de toute atteinte de l'Ennemi ce nouveau peuple qui est tien. Nous tous, nous sommes sous ta protection et te magnifions dans les siècles.» (Grandes Vêpres)
«Les anges dans le ciel étaient frappés d'étonnement, voyant que dans Sion leur propre Seigneur tenait une âme dans ses mains; car à la Femme qui très purement l'avait mis au monde il s'adressa filialement et déclara : Viens partager la gloire de ton Fils et ton Dieu.» (canon de Matines)
«Saints apôtres du Christ revenus des confins de l'univers pour vous réunir en ce lieu, portez mon corps au jardin de Gethsémani et le mettez dans le tombeau; et toi mon Fils et mon Dieu, reçois mon souffle et mon esprit.» (Exapostilaire)
Dans l'exposition de la Foi orthodoxe de saint Jean Damascène, on trouve le raisonnement suivant sur les saintes icônes : «Comme tous ne connaissent pas l’écriture, ou même ne s'adonnent pas à la lecture, pour suppléer à ce défaut, les saints Pères ont pensé qu'il était bon que ces évènements (ceux qui se rapportent à l'incarnation du Fils de Dieu), comme étant très glorieux, fussent représentés dans des images, afin d'en rappeler plus facilement le souvenir» (Liv. 4 chap. 16). 
Tout ce que nous venons de dire se trouve représenté sur l’icône de la Dormition : La Vierge sur sa couche, les apôtres et hiérarques qui l’entourent, Pierre qui encense, le Christ qui porte dans ses mains l’âme de la Toute Sainte, figurée par un enfant en habit blanc, les apôtres qui arrivent sur les nuées, les armées célestes, et même le juif incrédule à qui l’ange coupe la main sacrilège.

a. Cassien


samedi 10 août 2019

HOMÉLIE POUR LE 8e DIMANCHE DE MATTHIEU

En ce temps-là, Jésus vit une grande foule et, pris de compassion, il en guérit les infirmes. Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : L'endroit est désert et l'heure est déjà passée; renvoie la foule, pour qu'elle aille dans les villages acheter des provisions. Mais Jésus leur dit : Ils n'ont pas besoin d'y aller; donnez-leur vous-mêmes de quoi manger. Ils répondirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Jésus leur dit : Apportez-les moi ici ! Alors il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel et dit la bénédiction; puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à satiété, et l'on remplit douze corbeilles avec les morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants. Aussitôt après il ordonna à ses disciples de remonter dans la barque et de le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait la foule.  Mt (14,14-22)

Ce qui montre la foi de ce peuple, c’est que malgré la faim qu’il éprouve, il persévère avec le Sauveur jusqu’au soir. «Le soir étant venu, ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : Ce lieu-ci est désert.» Notre Seigneur, qui a le dessein de donner à manger à cette multitude, attend cependant qu’il en soit prié. C’est ainsi que jamais Il ne s’empresse de faire des miracles, mais qu’il attend toujours qu’on lui en fasse la demande. Mais pourquoi donc n’en est-il pas un seul dans toute cette multitude pour s’approcher de lui ? C’est par un profond sentiment de respect, et le désir ardent d’être toujours avec lui leur fait oublier le besoin de la faim. Les disciples eux-mêmes ne viennent pas lui dire : Donnez-leur à manger, car leurs dispositions étaient encore trop imparfaites; mais ils lui représentent que le lieu est désert. Ce que les Juifs avaient regardé comme un miracle impossible dans le désert, lorsqu’ils disaient : «Est-ce qu’il pourra nous dresser une table dans le désert ?» (Ps 77) c’est ce que Jésus se propose de faire. Il conduit ce peuple dans le désert, afin que ce miracle ne laisse aucune place au doute et que personne ne puisse penser que c’est un des bourgs voisins qui a fourni le pain qu’il distribue à ce peuple. Ce lieu est désert, il est vrai, mais celui qui nourrit tout ce qui respire le remplit de sa présence, et quoique l’heure soit passée, comme le font remarquer les apôtres, celui qui parle ici n’est pas soumis aux heures dont se composent nos journées. Bien que pour préparer ses disciples à ce miracle il eût commencé par guérir un grand nombre de malades, ils étaient encore si imparfaits qu’ils ne pouvaient soupçonner le miracle qu’il devait opérer en multipliant les pains, et c’est pour cela qu’ils lui disent : «Renvoyez le peuple,» etc. Remarquez la sagesse du divin Maître : il ne leur dit pas immédiatement : «Je les nourrirai,» car ils ne l’auraient pas cru facilement, mais il leur répond : «Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent, donnez-leur vous-mêmes à manger.» 
Cette réponse du Sauveur ne suffit pas pour donner aux disciples de plus hautes idées; ils continuent de lui parler comme s’il n’était qu’un homme : «Et ils lui répondirent : Nous n’avons ici que cinq pains,» etc. Cependant les disciples nous donnent ici une preuve de leur sagesse dans le peu de souci qu’ils prennent de la nourriture. Ils étaient douze et n’avaient que cinq pains et deux poissons. Ils méprisaient les besoins du corps, et ils étaient tout entiers aux choses spirituelles. Mais comme leurs pensées se tramaient encore sur la terre, le Sauveur les amène insensiblement au miracle qu’il veut opérer : «Et il leur dit : Apportez-moi ces pains.» Pourquoi donc n’a-t-il pas tiré du néant ces pains avec lesquels il doit nourrir la foule ? C’est pour fermer la bouche à Marcion et aux Manichéens, qui soutiennent que les créatures sont complètement étrangères à Dieu, et pour montrer par ses oeuvres que toutes les choses visibles sont sorties de sa main et ont été créées par lui. C’est ainsi qu’il prouve quel est celui qui produisit les fruits et qui a dit au commencement : «Que la terre produise les plantes verdoyantes.» (Gn 1) Le miracle qu’il va faire n’est pas moins grand, car il ne faut pas une moindre puissance pour nourrir une grande multitude avec cinq pains et quelques poissons que pour faire sortir les fruits de la terre, et du sein des eaux les reptiles et les animaux qui ont la vie et le mouvement, double création qui le proclame le Seigneur de la terre et de la mer. L’exemple des disciples nous apprend que le peu même que nous possédons nous devons aimer à le verser dans le sein des pauvres. En effet, aussitôt que le Seigneur leur ordonne d’apporter leurs cinq pains, ils obéissent sans songer à répondre : «Comment pourrons-nous apaiser notre faim ?» «Et après avoir commandé au peuple de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et, levant les yeux au ciel, il les bénit,» etc. Pourquoi lever les yeux au ciel et bénir ces pains ? C’était pour déclarer qu’il venait du Père et qu’il était son égal. Il prouvait qu’il était égal à son Père en agissant en tout avec puissance, et il montrait qu’il venait du Père en lui rapportant tout ce qu’il faisait et en l’invoquant avant toutes ses oeuvres. C’est comme preuve de cette double vérité que tantôt il opérait ses miracles avec puissance, tantôt il priait avant de les faire. Il faut de plus remarquer que pour les miracles moins importants il lève les yeux vers le ciel, et que pour les plus éclatants, il agit avec une puissance absolue. Ainsi, lorsqu’il ressuscite les morts, quand il met un frein à la fureur des flots, quand il juge les pensées secrètes des cœurs, quand il ouvre les yeux de l’aveugle-né, oeuvres qui ne peuvent avoir que Dieu pour auteur, nous ne le voyons pas recourir à la prière; mais lorsqu’il multiplie les pains (miracle inférieur à ceux qui précèdent), il lève les yeux au ciel pour vous apprendre que même dans les prodiges moins importants il n’agit point par une puissance différente de celle de son Père. Il nous apprend en même temps à ne jamais prendre nos repas avant d’avoir rendu grâces à Celui qui nous donne la nourriture. Notre Seigneur veut en outre opérer un miracle avec ces cinq pains pour amener ses disciples à croire en lui, car ils étaient encore bien faibles dans la foi. C’est pourquoi il lève les yeux vers le ciel. Car s’ils avaient déjà été témoins d’un grand nombre de miracles, ils n’en avaient pas encore vu de semblable. 
Il veut en cela non seulement leur faire honneur, mais rendre impossible et l’incrédulité, et l’oubli à l’égard d’un miracle auquel leurs mains elles-mêmes rendaient témoignage. Il permet que la multitude éprouve d’abord le besoin de la faim, que les disciples s’approchent de lui, l’interrogent et lui remettent les pains entre les mains pour multiplier les preuves de ce miracle et les circonstances qui devaient en conserver le souvenir. En ne donnant aux peuples que des pains et des poissons, et en les leur distribuant d’une manière égale, il leur enseigne l’humilité, la tempérance et la charité qui devait leur faire regarder toutes les choses comme communes entre eux. Le lieu même où il les nourrit, l’herbe sur laquelle il les fait asseoir, contiennent un enseignement, car il ne veut pas seulement apaiser leur faim, mais aussi nourrir leur âme. Or, les pains et les poissons se multipliaient entre les mains des disciples, comme l’indique la suite du récit : «Et tous en mangèrent,» etc. Le miracle ne s’arrêta pas là et la multiplication s’étendit au delà du nécessaire, de manière qu’après avoir multiplié les pains entiers, il permit qu’il restât une grande quantité de morceaux. Le Seigneur veut prouver ainsi que ce sont vraiment les restes des pains qu’il a multipliés, convaincre les absents de la vérité du miracle et montrer à tous que ce n’est pas un prodige imaginaire : «Et ils emportèrent douze paniers pleins des morceaux qui étaient restés.» 
Il voulut qu’il restât douze corbeilles pleines, afin que Judas pût aussi porter la sienne. Il fait aussi emporter ces restes par ses disciples, et non par la foule, dont les dispositions étaient moins parfaites. 
Un trait à la louange de ce peuple, c’est que les femmes comme les hommes suivaient Jésus Christ quand le miracle fut opéré. 
Notre Seigneur, voulant livrer à un examen sérieux le miracle qu’il vient d’opérer, ordonne à ceux qui en ont été les témoins de se séparer de lui; car en supposant que lui présent, on pût croire qu’il n’avait fait ce miracle qu’en apparence, on ne pourrait en porter le même jugement lorsqu’il aurait disparu. C’est pour cela que l’Évangéliste ajoute : «Et aussitôt Jésus obligea ses disciples d’entrer dans une barque et de le précéder.» 
Remarquons que toutes les fois que le Seigneur a opéré de grandes choses, il renvoie le peuple, et nous enseigne ainsi à ne pas rechercher la gloire qui vient des hommes, et à ne pas attirer le peuple après nous. Il nous apprend aussi à ne pas nous mêler continuellement à la multitude et à ne pas la fuir non plus toujours, mais à fréquenter tour à tour le monde et la solitude. «Après avoir renvoyé la foule, il monta seul sur la montagne,» etc. Il nous enseigne ici les avantages de la solitude, lorsque nous voulons nous entretenir avec Dieu. Jésus se rend dans le désert, et il y passe la nuit en prières, pour nous apprendre à choisir les temps et les lieux où nous pourrons nous livrer dans le calme à la prière. 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 49)


mardi 6 août 2019

Mieux sur le seuil de la maison de mon Dieu …

«Un seul jour dans vos parvis est meilleur qu'un millier de jours;  j'ai mieux aimé être humble (ou sous le seuil, selon d’autres traductions) dans la maison de Dieu que d'habiter sous les tentes des pécheurs,» dit le psaume 83.
Qu’est-ce que le seuil de la maison de Dieu et les tentes des pécheurs ? La maison de Dieu, c’est bien l’Église qui est bâtie sur le roc inébranlablement et les tentes des pécheurs, ce sont les assemblées instables et versatiles des schismatiques et hérétiques.
Il vaut donc mieux se tenir sur le seuil, – juste à l’entrée de l’Église humblement, – et être à l’abri, que d’être à l’intérieur de ces tentes fragiles que n’importe quelle intempérie peut détruire. Mieux vaut être un simple fidèle humble, mais dans l’orthodoxie, qu’un évêque arrogant dans l’hérésie ou le schisme !
«Nous ont appris qu'autrefois les tentes étaient légères, fragiles et faites de branchages secs et éphémères, comme celles que, de nos jours, nous avons l'habitude de faire pour éviter la chaleur, en nous mettant à l'abri de la chaleur et des brûlures du soleil grâce à l’ombre qu'elles donnent.» saint Hilaire de Poitiers (Commentaires sur les psaumes 14)
«Pour mériter de monter jusqu’au repos en Dieu (c’est-à-dire se tenir sur le seuil en question), il faut vivre dans la vérité exprimée par les mots et la langue, afin que les paroles qui traduisent notre pensée ne soient pas en porte-à-faux avec la réalisation des actes,» selon le même saint (traité sur le psaume 14) 
«Éloignez-vous des tentes de ces méchants hommes, et ne touchez à rien de ce qui leur appartient, de peur que vous ne périssiez en même temps qu’ils seront punis pour tous leurs péchés.» (Nom 16,26)
Les tentes signifient aussi le provisoire, ce qui est périssable. La fête des Tentes (tabernacles) que les Juifs célèbrent rappelle la sortie d’Égypte et plus précisément les quarante années au cours desquelles les Hébreux vécurent dans le désert en route vers la Terre promise, guidés par Moïse. «Vous demeurerez dans des souccot (= tentes, huttes, cabanes, tabernacles) durant sept jours; tout indigène en Israël demeurera sous la tente.» (Lev 23,42) Une fois installés dans la Terre promise, les Israelites construisirent des maisons. 
Mais laissons les Juifs avec leurs usages périmés et voyons ce que ce passage du psaume veut nous dire. Il est aussi question d’un seul jour dans les parvis du Seigneur plutôt qu’un millier ailleurs. Ce seul jour n’a pas de fin et s’étend dans l’éternité tandis que les mille ailleurs s’écoulent et disparaissent comme tout ce qui est temporel. Donc tenons-nous fermement dans l’Église, malgré les épreuves et difficultés que cela nous apporte, au lieu de jouir d’avantages éphémères dans ces assemblées qui n’ont pas de durée !


a. Cassien

vendredi 2 août 2019

174

Un nouveau bulletin est prêt :
http://orthodoxievco.net/bul4/174.pdf

Dimanche 22 (4/8) nous célébrerons la fête de sainte Marie Madeleine à Mirabeau, plaise à Dieu.

a. Cassien

samedi 6 juillet 2019

HOMÉLIE POUR LA NATIVITÉ DU PRÉCURSEUR

Cette année la Nativité de saint Jean tombe un dimanche et bien sûr, comme toujours, pendant le carême des apôtres. Généralement, on ne fête pas la nativité d’un saint. Ce n’est que pour la Toute-Sainte et le Précurseur que cela se fait. Ils ne furent pas conçus selon la volonté de la chair mais selon la volonté de Dieu et miraculeusement car, aussi bien  les parents de la Vierge Marie (Joachim et Anne) que ceux de saint Jean (Zacharie et Elisabeth) étaient stériles et avancés en âge. Les deux coryphées de tous les saints – Marie et Jean – furent pourtant conçus selon les lois de la nature et donc avec les conséquences du péché originel qui se transmet par l’accouplement. Ce n’est que le Sauveur qui fut conçu sans aucun secours d’homme mais par l’Esprit saint. 


Le 23 septembre se célèbre la conception du Précurseur et le 9 décembre celle de la Toute-Sainte. Deux fêtes également – à cause de leur aspect miraculeux – qui n’ont pas lieu chez les autres saints. La conception du Christ, l’Annonciation a eu lieu le 25 mars, six mois après celle de saint Jean. «Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.» (Luc 1,36) L’ange Gabriel «ne lui (Marie) a point appris dès le commencement la conception d’Elisabeth, mais après six mois écoulés, afin que les signes visibles de sa grossesse fussent une preuve de la vérité de ses paroles.» saint Jean Chrysostome (Hom. 49 sur la Genèse) 
L’évangile de Luc poursuit : «Dans ce même temps, Marie se leva, et s’en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.» (1,39) Donc la vierge Marie alla juste après l’Annonciation rendre visite à Elisabeth. Personne ne savait encore que la Vierge était enceinte et c’est le Précurseur qui le ressentit en premier : «Dès qu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du saint Esprit.» Ensuite Elisabeth, sa cousine, se rendit également compte du mystère de la Vierge bénie. «Disons encore que Marie cachait avec soin ce que l’ange lui avait dit, et ne le découvrait à personne; elle savait qu’on n’ajouterait point foi à un récit aussi merveilleux, et elle craignait qu’il ne lui attirât des outrages, et qu’on ne l’accusât de vouloir ainsi pallier son crime et son déshonneur.» (saint Jean Chrysostome; sur. Matth., hom. 4)
«Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, et elle s’en retourna en sa maison,» selon l’évangile. (Luc 1,56) «Ce n’est pas seulement l’intimité de Marie avec sa cousine, mais le désir d’être utile à un si grand prophète qui la détermine à prolonger son séjour.» (saint Ambroise) Marie ne resta pas avec sa parente jusqu’à la nativité de Jean mais la quitta juste avant. «Lorsqu’Elisabeth fut sur le point d’enfanter, la Vierge la quitta : Et elle s’en retourna, etc., à cause du grand nombre de personnes qui devaient se réunir à l’occasion de l’enfantement : Or il n’était pas convenable que la Vierge fût présente dans ces circonstances.» (saint Théophilacte)
Sur la nativité de saint Jean, l’évangile ne dit que : «Le temps où Elisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils. Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater envers elle sa miséricorde, et ils se réjouirent avec elle.» (Luc 1,57-58) Les autres évangélistes n’en parlent même pas. Au lieu de «arriva» il y a la traduction «fut accompli», ce qui fait dire à saint Ambroise : «Car on peut dire que la vie des justes est pleine, tandis que les jours des impies sont vides.»
C’est par contre pour la circoncision de Jean, huit jours après, que Luc s’attarde en détail. Ce n’est pourtant pas notre intention d’en parler puisque c’est la nativité de Jean qui nous intéresse pour l’instant, vu sa fête d’aujourd’hui.
Terminons donc avec les paroles de saint Grégoire de Nysse : La divine Ecriture n'utilise pas l'histoire dans l'unique but de nous faire connaître des actions qui nous font apprendre ce qu’ont fait ou subi les anciens, mais de façon à nous montrer un enseignement qui permette de vivre selon la vertu, puisque l'observation historique est interprétée en un sens plus élevé.» (sur les titres des psaumes, 2,31)


a. Cassien

samedi 22 juin 2019

La Toussaint

J’avais déjà écrit une homélie pour Toussaint, si ma souvenance ne se joue pas de moi. Mais comme on dit : «doublement cousu, tient mieux.»
Le Christ est venu sur terre afin de nous sauver, nous libérer de l’esclavage du Malin et nous remettre dans l’état paradisiaque. Ensuite il nous a envoyé l’Esprit saint pour que celui-ci nous sanctifie. «Je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai.» (Jn 16,7) Au paradis, les protoplastes étaient purs et sans péché mais leur sanctification n’était pas encore achevée. Nous, de même, après le baptême, sommes de nouveau purs mais il s’agit ensuite de nous sanctifier.
Lors de Pentecôte nous fêtons la venue du saint Esprit, et la fête de Toussaint nous montre les fruits de cette sanctification : tous ceux qui se sont sanctifiés sur terre, en portant leurs croix avec patience et persévérance dans les épreuves. Chacun bien sûr dans le contexte dans lequel il a vécu. Il y a eu des rois, des hiérarques, des ex-prostituées, des moines etc. On peut se sanctifier partout, même en prison. Donc aucun prétexte n’est valable pour notre négligence et notre tiédeur. « N'importe où, celui qui veut faire le bien en a reçu de Dieu la possibilité.» saint Syméon le Nouveau Théologien (catéchèse 22)
Tous ces saints que nous fêtons ce jour-ci ont se purifier par l’ascèse, les larmes, les souffrances, etc. Chacun a eu son lot à supporter. Leur vie a passé comme un songe et maintenant il se reposent et jouissent de la béatitude pour l’éternité. «Quelle tristesse, quelle douleur pour un cœur qui cherche la paix ! Mais grande est la récompense de la constance dans les épreuves endurées pour la foi.» saint Basile le Grand (Traité du saint Esprit)
L’Église nous les donne en exemple, nous les glorifions et les vénérons et tâchons de marcher sur leurs traces afin d’arriver ils sont maintenant. Les travers de cette vie nous apprennent à devenir patients, humbles, doux, et sans eux, sans notre croix, personne ne sera sauvé. Ne nous arrêtons pas en surface : pourquoi j’ai raté cet examen, pourquoi je dois supporter cette maladie, mais regardons l’essentiel, les fruits qui en ressortent. Les échecs de cette vie, on peut les transformer par la foi, comme le Christ sur la croix, lorsque tout semblait perdu.  
«Ceux qui acceptent les maux dans leur vie sont ceux qui supportent les fardeaux et les tribulations de la vie présente dans la crainte de Dieu, et, le coeur contrit et humilié, aspirent non pas à des joies temporelles mais aux joies éternelles; ils ne désirent pas des biens passagers mais durables.» saint Fulgence, évêque de Ruspe (lettre 7)
À peine la fête d’aujourd’hui passée, il faudra remettre la main à la pâte et parcourir le stade du jeûne qui est léger pourtant, et même court cette année, en évitant les chutes et en se remettant à faire les métanies ! afin de fêter dignement les saints apôtres sur lesquels l’Église apostolique est fondée, cette Église qui est sainte, une et catholique selon le vrai sens du terme. À nous donc aussi d’apporter notre pierre de construction pour qu’elle soit achevée à la fin des temps, et être réunis à notre tour au cortège des saints. «Ils suivent l’agneau partout il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’agneau.» (Apo 14,4)

a. Cassien


Dès le 4 ème siècle les Églises d'Orient célébraient en une Fête commune tous les martyrs de la terre.
Saint Éphrem composa pour cette circonstance une hymne l'on voit qu'à Edesse cette fête était fixée au 13 mai.

En Syrie, elle était placée au vendredi après Pâques. Dans une homélie sur les martyrs, saint Jean Chrysostome précise qu'il parle le premier dimanche après la Pentecôte; cet usage a été conservé jusqu'à nos jours par l'Église orthodoxe, qui a par une évolution normale transformé la fête des "Martyrs de toute la terre" en celle de "Tous les Saints".