dimanche 23 novembre 2014

Grèce

Je suis toujours en Grèce encore au moins pour un mois.

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Je n’ai qu’occasionnellement accès sur internet en Grèce.

A tous je sohuhaite une Nativite du Sauveur dans la paix et la joie.


en Christ, 

a. Cassien

samedi 22 novembre 2014

HOMÉLIE POUR LE 8ème DIMANCHE DE LUC


«En ce temps-là, un docteur de la Loi se leva et lui dit pour l’éprouver : Maître que dois je faire pour obtenir en partage la vie éternelle ? Et il lui dit : Qu’y a-t-il d'écrit dans la Loi ? Que lis tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit – et ton prochain comme toi-même. Jésus lui dit : tu as bien répondu. Fais cela et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Oui, mais qui est mon prochain ?Jésus reprit : un homme descendait de Jerusalem à Jericho. Il tomba au milieu de voleurs qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi-mort. Il se trouva par hasard qu’un prêtre vint à passer par cette route, et quand il le vit, il continua son chemin. Et, tout de même, un lévite arrivant dans cet endroit, le vit et et passa son chemin, lui aussi. Mais un Samaritain en voyage arriva près de lui et à sa vue fut touché de compassion jusqu’au fond de lui-même. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis il le hissa sur sa propre monture, et le conduisit dans une auberge où il prit soin de lui. Et le lendemain; en s'en allant, il sortit deux deniers et les donna à l'hôtelier en lui disant : Prends soin de lui, et ce que tu pourras dépenser en plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois hommes te paraît avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des voleurs ? Celui qui a fait acte de miséricorde envers lui, répondit le légiste. Eh bien lui dit Jésus, va et toi aussi, fais de même.» 
(Luc 10,25-37)

Mes chers, commençons à observer un par un les différents thèmes de l’évangile d’aujourd’hui.
«Pour l’éprouver», dit l’évangile, donc non pour apprendre. C’est-à-dire que ce docteur qui ne croyait pas à la vie éternelle, – comme généralement les juifs de ce temps-là, mais qui savait que le Christ l’enseignait, – voulait lui tendre un piège.
Celui qui enseignait également qu’il faut être prudent comme un serpent et simple comme une colombe se référa donc à la Loi, qui est la norme pour tout selon les juifs. Elle prime, pour eux, même sur le salut du prochain et c’est pour cela que Jésus leur rétorqua une fois que « le sabbat et là pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mc 2,27) D’ailleurs, on voit bien dans cet évangile cette attitude des juifs qui révèle que le prêtre et le lévite pensaient d’abord à leur devoir envers le Temple et négligeaient l’amour du prochain pour qui le Temple fut construit.
Sur la question du Christ : «Qu’y a-t-il d'écrit dans la Loi ? Que lis-tu ?», le scribe répondit avec les mêmes paroles que le Messie avait dites au jeune homme riche, qu’il faut aimer Dieu et son prochain, «car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.» (Gal 5,14)
Le résumé de la Loi, l’amour du Dieu et du prochain, ce docteur de la Loi l’avait apprit et il savait également que le Christ insistait sur ce commandement. Il était donc en accord sur ce point avec le Seigneur et ne pouvait pas le piéger. Il continua ensuite en posant la question : « Oui, mais qui est mon prochain ?» Déjà le « Oui, mais… » de sa réponse dit assez son embarras. Le Sauveur lui répondit par une parabole qui avait peut-être un fond historique. Cet homme en question, descendait de Jérusalem, la Ville sainte, vers Jéricho, une ville maudite. «Maudit soit devant l’Eternel l’homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville de Jéricho ! Il en jettera les fondements au prix de son premier-né, et il en posera les portes au prix de son plus jeune fils. » (Jos 10,25) Cette marche, de Jérusalem vers Jéricho, c’est l’image de l’homme pécheur qui glisse vers le péché, du haut vers le bas. Ces brigands figurent, pour leur part, les diables qui nous dépouillent de notre richesse spirituelle, et nous laissent à demi-mort, c’est-à-dire l’âme meurtrie. Ils «s’en allèrent,» ces brigands, une fois leur besogne accomplie. Ainsi agissent les esprits malins avec nous : Quand ils nous ont fait tomber dans le péché, ils se retirent jusqu’à la prochain attaque.
Ensuite il est question de ce prêtre qui passait «par hasard». Que veut dire : par hasard ? Il y a des hasards dans la vie si on voit les choses en surface ou qu’on ne regarde que les causes secondaires. Si pourtant on scrute en profondeur, tout a un sens, comme c’est bien le cas pour ce prêtre et ce lévite. Pour eux c’était une épreuve par laquelle Dieu leur donnait l’occasion de faire la charité, mais dans laquelle… ils échouèrent en préférant ce qui est secondaire à l’essentiel. Le Samaritain, de son côté, ne faisait officiellement pas partie du Peuple élu, mais d’un schisme. Pourtant il vivait selon cette Loi que Dieu avait donné à ce même peuple élu. Il était «en voyage», c’est-à-dire occupé par son travail, comme le texte le montre bien. Il aurait pu dire aussi : «Je n’ai pas le temps,» mais il préféra la charité au gain matériel. Il «fut touché de compassion jusqu’au fond de lui-même». Cela veut dire qu’il vivait réellement, non uniquement d’une manière rituelle, ce que la Loi enseigne. Il s’occupa du mieux qu’il pouvait de cet homme blessé. Il le pansa et le mit même «sur sa propre monture», en allant donc lui-même à pied jusqu’à la prochaine auberge. Là, il prit encore soin de lui, puis continua son chemin le lendemain, et au retour acheva son acte de charité en payant à l’hôtelier ce qui manquait.
Ici s’achève la parabole mais le Christ voulait voir si ce légiste avait bien compris la leçon, en lui demandant : qui «te paraît avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des voleurs ?» Le scribe avait bien compris l’enseignement, car il répondit : «Celui qui a fait acte de miséricorde envers lui,» et il n’osa plus poser d’autres questions pour piéger le Seigneur. Nous, par contre, nous pouvons encore Le questionner afin d’apprendre ce que nous devons faire afin de marcher sur les traces de ce Samaritain, qui fut justifié et qui entra certainement dans la vie éternelle.
Étant à la place de cet homme meurtri (par nos péchés), devenons comme le samaritain et défaisons-nous de cette attitude légaliste qui nous fait ressembler à ce prêtre et ce lévite dont parle l’évangile !


archimandrite Cassien

samedi 15 novembre 2014

HOMÉLIE POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE DE LUC


Il y avait un homme riche, qui s'habillait de pourpre et de lin et qui faisait chaque jour une chère splendide. Et il y avait aussi un pauvre, du nom de Lazare, qui était couché à sa porte, tout couvert d'ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche mais c'étaient les chiens qui venaient lécher ses ulcères. Or il arriva que le pauvre mourut, et qu'il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. La riche mourut aussi et on l'ensevelit. Et dans l'enfer, étant dans les tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham et Lazare dans son sein. Et il s'écria : Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour rafraichir ma langue parce que je souffre beaucoup dans ces tourments. Mais Abraham lui répondit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et de même Lazare a reçu ses maux. C'est pourquoi maintenant il est ici, consolé, et toi tu es dans les tourments. Et à tous ces faits s'ajoute qu'il a été établi entre vous et nous un abîme profond, afin que ceux qui veulent vous rejoindre ne le puissent, non plus que ceux qui veulent aller à nous. Alors le riche répondit : Père, je te demande alors d'envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j'ai cinq frères, pour que Lazare leur porte témoignage, afin qu'ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de tourments. Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes. Qu'ils les écoutent ! Le riche reprit : Non, Abraham, mon père, mais si quelqu'un d'entre les morts va chez eux, ils se convertiront. Alors Abraham répondit : s'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes, même si quelqu'un d'entre les morts ressuscite, ils ne croiront point. (Luc 16,19-31)

L’évangile d’aujourd’hui est simple à comprendre mais riche d’enseignements.
Commençons avec la description du pauvre. (On dirait aujourd’hui : un « sans dents »). Il était pauvre en bien matériels, ces biens qui constituent la richesse selon ce monde. Dans l’autre vie, ce ne sera pas le bien matériel qui sera notre richesse – notre avoir matériel - mais notre être, c’est-à-dire ce que nous portons en nous mêmes comme richesse.
Ce pauvre s’appelait Lazare. «Le mot Lazare signifie qui est secouru; en effet, il était pauvre et il avait Dieu pour soutien.» (saint Jean Chrysostome) Il était couché, non assis, à cause de ses souffrances, devant la porte du riche, espérant qu’on lui  donnerait au moins ce qui tombait de la table du festin quotidien. En plus de sa pauvreté, s’ajoutait donc la déception et finalement la maladie. Les chiens, attirés par le sang qui coulait de ses ulcères, venaient le lécher. Il paraît, selon une tradition juive, que ce Lazare vivait effectivement au temps du Christ. C’est donc une parabole basée sur des faits historiques. Voilà le tableau que ce pauvre nous offre. Il subit toute la misère de ce monde, tel le vieux Job autrefois, mais il reçut aussi le même salaire dans le sein d’Abraham. «Le sein d’Abraham, c’est le paradis.» (saint Jean Chrysostome)
Voyons maintenant ce riche, dont on ignore le nom même. Il était sans pitié et avait tout ce que cette vie offre comme biens matériels. En  plus de ses habits splendides, il festoyait chaque jour.  Ce n’est pas cette richesse en elle-même qui le condamnait, mais sa cruauté en face du pauvre qu’il voyait chaque jour devant sa porte. «S’il souffre de si cruels tourments, ce n’est point parce qu’il était riche, mais parce qu’il a été sans pitié.» (saint Jean Chrysostome; hom. 2, sur l’Epît. aux Philipp.) Il était donc riche selon ce monde mais pauvre selon Dieu, et c’est donc dans l’autre vie que les rôles furent inversés. 
De même que le pauvre ne reçut même pas une miette dans cette vie, de même le riche ne reçut pas une goutte d’eau dans l’autre vie. Consolé dans cette vie, il souffre dans l’autre, contrairement au pauvre. C’est juste la durée qui fait la différence : le bonheur du riche était passager et son malheur éternel, tandis que c’est le contraire pour Lazare. Sans souffrance il n’y a pas de bonheur, à cause du péché qui a introduit la souffrance et la mort.
Le riche supplia pour ses frères. C’est la chair qui l’y poussait et non la miséricorde pour le prochain, sinon il aurait fait cette demande pour tous les humains. Un sentiment stérile qui ne fut exaucé et qui n’aurait rien servit selon Abraham : «s'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes…»
La mort est le lot de chacun, et du riche et du pauvre; personne n’y échappe. Ce qui vient ensuite diffère pourtant pour chacun. Lazare fut porté par les anges dans le paradis et le riche fut entraîné par les démons aux enfers. Entre les deux mondes, il y a un abîme, dit l’évangile, un abîme infranchissable et définitif. Origène, avec son apocatastase, selon laquelle tout le monde sera finalement sauvé, fut condamné par l’Église, et cet évangile démontre bien l’erreur de cette soi-disant restauration finale. Qui sera condamné ? Dieu seul en jugera. C’est pourquoi l’évangile ne donne pas de nom au mauvais riche.
Il me semble que nous avons tous un peu du pauvre Lazare avec nos souffrances, mais hélas aussi du mauvais riche à cause de notre égocentrisme. La balance penchera pourtant, au dernier Jugement, soit d’un côté soit de l’autre, comme l’explique bien cette parabole. Alors profitons de cet enseignement pendant que nous sommes encore dans cette vie, et ne comptons pas uniquement sur la Miséricorde du Seigneur !

archimandrite Cassien 



La balance où l'on pèse les mérites de chacun de nous est suspendue, et nos bonnes oeuvres et nos crimes sont comme un petit grain qui la fait souvent pencher tantôt d’un côté, tantôt de l'autre. Encore une fois, malheur à moi si les péchés l’emportent ! si ce sont les bonnes actions, ma grâce est assurée. Personne en effet n'est exempt de péché; mais dès que c'est la somme du bien qui est plus lourde, les fautes sont allégées, elles s'effacent comme cachées sous un voile. Ainsi donc, au jour du jugement, nos œuvres nous serviront de secours et d’appui ou nous précipiteront dans l'abîme, au fond duquel nous serons attirés comme par une pierre de meule; car l'iniquité est massive et lourde comme un bloc de plomb, et l'avarice et l'orgueil sont accablants. 

saint Ambroise de Milan (lettre à Constance)


vendredi 31 octobre 2014

MISE AU POINT

MISE AU POINT

Tim Cook, le patron d’Apple vient d’avouer qu’il est gay et affirme : «Je suis fier d'être gay et je considère mon homosexualité comme l'un des plus beaux cadeaux que Dieu m'ait fait» Devant un tel blasphème, je ne peux me taire car Dieu n’est pas l’auteur du mal. L’homosexualité est une maladie de l’âme (psychisme), un vice, – pour appeler le chat un chat. 
Si le pape et sa suite disent maintenant que les personnes homosexuelles «ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne», ce n’est pas faux bien sûr, mais l’intention dans laquelle cela est dit, — vouloir innocenter l’homosexualité, — est à condamner. Pour être juste, cette déclaration du Vatican n’a pas fait l’unanimité des participants au synode, qui en a discuté, et le rapport final «relatio synodi» n’a pas tranché sur le sujet.
Un homosexuel peut avoir des valeurs, et en a généralement, et s’il ne vit pas en couple avec un partenaire du même sexe, n’est pas à condamner mais à plaindre pour cette tendance contre nature. C’est plus difficile à soigner qu’une passion naturelle mais avec l’aide de Dieu tout est possible. C’est écrit comme avec de l’encaustique, comme disait un père du désert, et s’efface plus difficilement qu’une écriture à l’encre. L’Église possède les moyens pour purifier et rendre l’âme malade en harmonie avec le corps.
Généralement l’homosexuel est plutôt une victime et son problème vient souvent de ses parents. Parfois cela vient aussi par un accident de la vie. Il faut donc compatir et non condamner. Le péché est à condamner mais le pécheur est à sauver. Si je ne dis pas au pécheur qu’il pèche, je suis coresponsable, et si je ne préviens pas un aveugle du trou dans lequel il risque de tomber, je suis coupable de sa chute. 
Dans le voisinage du foyer vivent des homosexuels en couple. Je leur adresse, bien sûr, le bonjour et ne les méprise aucunement. Si pourtant un jour j’avais l’occasion de leur parler, je leur dirais ce que je viens d’écrire. Cependant je ne suis pas le gendarme du village chargé d’enrayer les défauts de chacun, et sans discernement on fait plus de mal que de bien en parlant à tort et à travers.
C’est autre chose que de naître avec les deux sexes. C’est une anomalie de la nature et c’est le corps qu’il faudra soigner dans ce cas. Je n’ai pas de solution toute prête pour cela et il faudra voir quoi faire pour chaque cas. Cela ne rentre pourtant pas dans le sujet de cet article.
Je sais que je m’attire les foudres de mes contemporains en parlant ainsi dans notre «génération perverse et corrompue» (Phil 2,15) mais je préfère être du côté de Lot que de celui des sodomites qui ont attiré sur eux la foudre de Dieu.
Il ne s’agit nullement d’une intolérance de ma part mais du refus de vouloir normaliser ce qui est mauvais. Quelqu’un qui a cette faiblesse, pour m’exprimer ainsi, mais qui se retient, qui lutte pour s’en défaire, celui-là a un grand mérite et bien sûr dans l’Église il y a des personnes qui ont cette anormalité.
Revenons à Tim Cook et finissons-en. Il n’y a rien à dire sur le fait d’avoir avoué sa tendance homosexuelle en vue de lutter contre l’intolérance, mais par contre attribuer à Dieu ce «don» ne peut pas être toléré !

archimandrite Cassien

Deux paragraphes furent enlevés, n'exprimant pas exactement l'enseignement de l'Eglise.
 


Beaucoup de bonnes choses ne semblent pas telles aux hommes qui ne possèdent pas une intelligence capable de juger avec exactitude.
(saint Basile le Grand; lettre 204, aux habitants de Néocésarée)

samedi 18 octobre 2014

3 Luc

HOMÉLIE POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE LUC

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm; plusieurs de ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. Or, quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on transportait un mort pour l'enterrer : c'était un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de gens de la ville. A sa vue le Seigneur fut touché de compassion pour elle et lui dit : Ne pleure pas ! Puis, s'approchant, il toucha le cercueil et les porteurs s'arrêtèrent. Alors il dit : Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Puis Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple. (Luc 7,11-16) 

Ma première pensée, en lisant ce passage de l’évangile, s’est portée sur le Christ mort sur la croix, et au pied de la croix, sa Mère, l’âme transpercée d’une épée, comme le prophétisait le juste Syméon (cf. Luc 2,35). Comment le Sauveur, le Fils unique, le Seul-engendré, ne pouvait-Il pas penser à sa Mort, en voyant cette pauvre veuve ? N’avait-Il pas ressuscité aussi son ami Lazare ? Ce n’était pourtant qu’un ami du Christ et non le fils d’une veuve. Où seraient sa Justice et sa Miséricorde s’Il était resté indifférent à l’égard de cette veuve, Lui qui est «bon pour les ingrats et les méchants», comme nous l’entendions dimanche dernier (Luc 6,36) ? Il n’est pas dit qu’Il pleurait en voyant ce cortège, mais qu’Il «fut touché de compassion.» La veuve pleurait pourtant, telle sa propre Mère au pied de la croix. 
Donc Il accomplissait cette résurrection du jeune homme en vue de sa propre Résurrection, et la préfigurait. 
Le jeune homme fut ressuscité par le Christ, tandis que Lui-même ressuscita par sa propre Puissance. «Je suis la Résurrection et la Vie» (Jn 11,25). C’est donc par Lui-même qu’Il ressuscita et qu’Il peut ressusciter d’autres dans cette vie et dans l’autre. «Celui qui croit en Moi vivra, quand même Il serait mort; et quiconque vit et croit en Moi ne mourra jamais», poursuit l’évangéliste Jean.»
L’évangile ne dit pas qu’elle croyait, cette veuve, mais ailleurs il est dit que le Christ ne pouvait pas faire beaucoup de miracles «à cause de leur incrédulité.» (Mt 13,58) Le miracle est conditionné par notre foi, car le Seigneur ne nous force pas à croire. Les incrédules ne méritent pas de miracles et d’ailleurs ils auraient dit à Naïm que c’était une mise en scène, ou que le jeune homme n’était pas vraiment mort. Ne disait-Il pas, le Christ, au jeune homme : «lève-toi,» et non : ressuscite ! Ce serait une autre objection…
Revenons à cette pauvre veuve. Voilà ce qu’en dit saint Grégoire de Nysse : «L’Évangéliste nous fait connaître le poids de la douleur qui accablait cette pauvre mère. Elle était veuve, et ne pouvait plus espérer d’autres enfants, elle n’en avait aucun sur lequel elle pût reporter les regards de sa tendresse, à la place de celui qu’elle venait de perdre; il était le seul qu’elle eût nourri de son lait, lui seul était la joie de sa maison, lui seul était toute sa douceur, tout son trésor.» (De la création de l’homme). Il aurait pu dire la même chose en expliquant la scène de la Crucifixion avec la Toute-Sainte en pleurs. Saint Cyrille, de son côté, dit : «Une si juste douleur était bien digne de compassion et bien capable d’attrister et de faire couler les larmes : Le Seigneur l’ayant vue, fut touché de compassion pour elle, et lui dit : Ne pleure point
Par deux fois le mot toucher est employé : Il fut touché de compassion et Il toucha le cercueil. Je vous laisse en trouver vous-mêmes le sens afin que vous appreniez à mâcher l’évangile, et que je ne sois pas toujours obligé de le mâcher à votre place.
Jésus accomplit-Il ce miracle uniquement pour cette veuve ? Ne le fit-Il pas aussi pour le jeune homme, qui goûtait déjà le bonheur de l’autre vie et surtout ne le fit-Il pas pour cette multitude présente afin de l’amener à la foi ? Bien sûr, Il le fit pour tous ces gens-là et même pour nous, qui écoutons ce récit, afin de nous fortifier dans la foi en la résurrection au dernier jour !
Il y eut sept résurrections avant celle du Christ, – en comptant celles de l’Ancien Testament, – et celle du Christ fut la huitième. Le dimanche est le premier et le huitième jour de la semaine, le jour de la résurrection. Huit est donc le chiffre de la résurrection, et les huit personnes qui furent sauvées lors du déluge (cf. I Pi 3,20) la symbolisent.
Que notre Dieu nous rende digne de ressusciter quand «ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie», (Jn 5,29) et nous donne aussi la force de faire le bien tant que nous sommes encore en cette vie ! D’ailleurs, c’est la seule certitude, que nous la quittons un jour, et c’est ce jour-là qui est le plus important de notre vie, car tout le reste est passager et fugitif. Pensons-y et préparons-nous à ce passage, afin qu’il ne nous surprenne pas comme un voleur dans la nuit et nous dérobe ce que nous avons amassé dans cette pauvre vie !


archimandrite Cassien

samedi 11 octobre 2014

Homélie Luc 2

HOMÉLIE POUR LE SECOND DIMANCHE DE LUC

Le Seigneur dit : Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le-leur pareillement ! Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on, les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi font de même. Et si vous faites des prêts à ceux dont vous espérez pouvoir être remboursés, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs avec l’espoir de recouvrer ce qui leur appartient. Aimez donc vos ennemis, faites du bien, prêtez sans rien attendre en retour… Votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, parce que Lui-même est bon à l'égard des ingrats et des méchants. Soyez donc miséricordieux comme votre Père est miséricordieux, lui aussi. 
(Luc 6,31-36)

Ce que le Christ nous demande par ces paroles est exigeant, mais le psaume ne dit-il pas : «à cause des paroles de tes lèvres, je me suis maintenu en des voies ardues.» (Ps 16,4). L’évangile, de son côté, indique qu’«étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie» (Mt 7,14). Aux chrétiens un effort extrême est demandé, non comme aux juifs d’autrefois, qui se contentaient des pratiques ritualistes.
Je m’explique par un épisode : il y a des années, lors d’un pèlerinage en Grèce, une roue de la voiture avait crevé. Nous étions huit dans la familiale. On se contentait de serrer les boulons à peu près, et un peu plus loin, après deux tonneaux, nous nous retrouvions dans le décor. La voiture était pour la casse mais nous, par miracle, nous étions indemnes.
Un autre épisode : Un fidèle, qui est décédé depuis, m’a dit autrefois qu’il faisait la part du feu dans sa vie spirituelle. Cette négligence, il peut la regretter toute l’éternité et espérer qu’au dernier Jugement, le Seigneur, qui est un Juge miséricordieux mais aussi juste, lui fera miséricorde. C’est pourtant un Juge qui ne se laisse corrompre ni intimider, comme les juges terrestres, et il me semble que c’est un jeu risqué que de compter sur la Miséricorde divine et négliger de corriger sa volonté mauvaise.
Il y a des domaines où un à peu près, une négligence sont fatals. Un athlète qui ne fait pas un effort extrême, ne donne pas tout, ne gagnera pas le prix. Un calcul mathématique, fait à peu près, sera faux. Un vaisseau spatial, qui n’est pas dirigé exactement sur l’étoile visée passera à des milliers de km à côté.
Reprenons : Dieu nous  propose, mais Il ne force personne, comme l’illustre l’histoire suivante :
Abba Lot alla trouver abba Joseph et lui dit : «Père, selon que je peux, je récite un court office, je jeûne un peu, je prie, je médite, je vis dans le recueillement, et autant que je peux, je me purifie de mes pensées. Que dois-je faire de plus ?» Alors le vieillard se leva et étendit ses mains vers le ciel. Ses doigts devinrent comme dix lampes de feu et il lui dit : «Si tu veux, deviens tout entier comme du feu.»
Il vaut mieux avoir les mains sales, en se fatiguant pour son salut, que d’avoir les mains propres en ne faisant rien. Les mains sales, c’est-à-dire en se trompant parfois, en chancelant et en tombant même sur le chemin qui mène à la vie, pourvu qu’on se relève chaque fois.
Chacun est libre d’œuvrer à son salut, mais on ne récolte que ce que l’on a semé et rien de plus. Si on ne cherche que des avantages terrestres, comme le suggère l’évangile d’aujourd’hui, alors on aura sa récompense ici-bas. Ce qui nous est demandé, c’est de dépasser nos aspirations naturelles, de lutter contre ce qui nous répugne, en un mot de faire violence à notre vieil homme handicapé par ses vices.
Dieu «fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes,» dit l’évangéliste Matthieu (Mt 5,45). Ce qui nous est demandé c’est de ne pas réserver notre bonté à ceux qui nous semblent bons mais également à ceux qui nous font du mal, qui nous trompent. C’est bien difficile. On a plutôt tendance à se détourner ou à se venger.
«Vous me direz, comment pouvoir mettre en pratique ce précepte ? Quoi ! en voyant Celui qui S’est fait homme et qui a tant souffert pour vous, vous hésitez encore, et vous demandez comment on peut pardonner à ses frères les outrages dont ils se sont rendus coupables ? Mais qui donc d’entre vous a jamais souffert d’aussi grands outrages que votre Seigneur, chargé de chaînes, flagellé de coups, couvert de crachats, et enfin mis à mort ?» (saint Jean Chrysostome, Homélie 18 sur Matthieu)
Qu’est-ce que je peux dire de plus ? À chacun sa conscience, ses prédispositions et son ouverture au prochain et à Dieu !

archimandrite Cassien

samedi 4 octobre 2014

HOMÉLIE POUR LE PREMIER DIMANCHE DE LUC

HOMÉLIE POUR LE PREMIER DIMANCHE DE LUC

«En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la Parole de Dieu. Jésus Se trouvant au bord du lac de Genezareth, vit deux barques qui étaient auprès du rivage. Les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans l'une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner un peu du bord. Puis Il S'assit et de la barque, Se mit à enseigner les foules. Quand Il eut cessé de parler, Il dit à Simon : Mène ton bateau en eau profonde et lâchez vos filets pour pécher. Simon Lui répondit alors : Maître, voilà une nuit entière que nous avons peiné sans rien prendre ! cependant sur ta Parole, je vais lâcher mes filets ! Quand ils l'eurent fait, ils prirent une telle multitude de poissons que leurs filets venaient à se rompre. Ils firent donc signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de leur venir en aide; ces derniers accoururent et remplirent les deux barques presque à les faire couler à fond. À ce spectacle, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et Lui dit : Retire-Toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur, car la frayeur l'avait saisi comme tous ceux qui se trouvaient avec lui dans cette pêche qu'ils venaient de faire ! et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les associés de Simon. Cependant Jésus dit à Simon : n'aie crainte ! désormais ce sera des hommes que tu prendras ! Et ayant tiré leurs barques sur le rivage, ils quittèrent tout et Le suivirent.» (Luc 5,1-11)



Après l’Exaltation de la sainte Croix, un nouveau cycle liturgique commence, avec l’évangile de Luc. On chante aussi chaque dimanche, à partir de maintenant, le Polyéléos, car les nuits deviennent plus longues et il reste davantage de temps pour prier.
Ce premier dimanche parle de la vocation des premiers disciples du Christ. Commençons à décortiquer un par un l’épisode. 
Le Sauveur est entouré d’une foule avide de L’écouter. Un peu plus loin, au rivage, se trouvent deux barques avec des pêcheurs occupés à leur besogne quotidienne. La pêche était maigre et il ne leur restait qu’à laver les filets, après une nuit où ils avaient peiné en vain. Le Seigneur, pour les prendre dans ses filets, leur demande un service. Sans demander, Il S’assied dans une barque et c’est ensuite qu’Il demande à Simon, le futur Pierre, de s’éloigner un peu du rivage. Cela n’était, en fait, nullement nécessaire. Il aurait pu parler à la foule depuis le rivage, comme Il l’a fait maintes fois par la suite. Le Sauveur l’a fait afin de prendre un premier contact avec ses futurs disciples. «Il S’accommode aux dispositions comme aux diverses occupations des hommes, c’est par une étoile qu’Il avait appelé les mages, c’est par le métier de la pêche qu’Il appelle à Lui les pécheurs,» (saint Jean Chrysostome, homélie 6 sur Matthieu)
Une fois qu’Il a terminé de parler aux gens rassemblés, et forcé les pêcheurs de L’écouter également, eux qui n’étaient occupés qu’à leur besogne terre à terre, Il va un pas plus loin et demande à Simon de retourner à la pêche. Il le faisait afin de faire éclater sa Gloire et leur ouvrir ainsi les yeux. Toute la nuit, ils avaient pêché sans succès. La nuit symbolise l’ignorance. Quand le Seigneur leur parlait, c’était à l’aube, au lever du soleil. La première barque appartenait à Simon et son frère André, comme on voit dans les évangiles de Matthieu et de Marc. L’autre barque appartenait à Jacques et Jean son frère, qui lavaient et réparaient également leurs filets. Certainement eux, ils n’avaient rien pris non plus cette nuit dans leur filet. D’autres fois leur pêche était plus abondante, mais ce jour-là, la Providence avait disposé ainsi non sans raison. 
Le Christ demanda ensuite à Simon de retourner en mer à la pêche, aucunement par souci d’un gain matériel mais en vue de leur salut et d’une multitude d’autres qui seraient, par la suite, sauvés par les apôtres. Simon se plia à la demande du Seigneur, après avoir fait la remarque que leur pêche précédente était un désastre. 
Une autre fois, bien plus tard, après la Résurrection, les apôtres n’avaient rien pris non plus dans leurs filets, et Jésus leur demanda de jeter le filet du côté droit de la barque. «Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons.» (Jn 21,6) À droite de la barque ou en mer profonde n’a pas d’importance, mais la docilité à la Volonté de Dieu apporte le succès, même si on ne comprend pas et surtout quand on n’y comprend rien, en faisant simplement confiance à Dieu, qui peut tout disposer pour notre bien. 
Donc Simon et son frère André retournaient à la pêche et cette fois-ci elle fut si abondante que leur filet venait de se rompre, comme lors de la pêche après la Résurrection : «Ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons.» (Idem.) Cette abondance les obligea à appeler les deux autres frères, Jacques et Jean, au secours. Cette abondance avait deux buts : d’abord d’attirer Simon et André vers Lui et puis de pousser également les deux autres à Le joindre. La peur les avait saisis tous par suite de ce miracle, que les incrédules taxeraient de hasard. Simon Pierre, par son caractère spontané et intempestif, se jeta aux Pieds du Christ et se reconnaissait comme pécheur en face de la Puissance du Christ. Il demanda même au Christ de Se retirer, tellement la peur l’avait saisi, tels les autres compagnons. Le Seigneur le rassura et lui assura que désormais il ne s’occuperait plus de la pêche de poissons, mais de la pêche d’hommes. Une fois leurs barques retirées sur le rivage, ils abandonnèrent tout et suivirent le Messie. Matthieu complète et dit : «Aussitôt ils laissèrent la barque et leur père (qui s’appelait Zébédée). Il s’agit du père de Jacques et de Jean.
Cela n’était pas la première fois qu’André et Pierre rencontraient le Messie. Comme disciples de Jean le Précurseur, ils avaient déjà fait la connaissance du Christ, sans Le suivre tout à fait. André, le premier-appelé, en avait parlé tout de suite à Pierre.  «Et il le conduisit vers Jésus.» Pourtant ils ne restaient pas encore tout à fait avec le Messie. «Ils restèrent auprès de Lui ce jour-là», seulement. (Jn 1,39)
Quelle leçon en tirer pour nous, également pauvres pécheurs ? D’abord, que sans le Seigneur nous travaillons en vain, comme dit le psaume : «Si le Seigneur ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain» (Ps 127,1) Ensuite qu’il ne faudra pas seulement nous appliquer aux choses terre à terre, mais – comme les poules, qui picotent par terre et surveillent le ciel en même temps, par crainte des rapaces, – tourner toujours notre esprit vers Dieu, c’est-à-dire de prier «sans cesse», comme dit l’Apôtre (I Th 5,17). Ensuite il faudra écouter docilement la Voix de Dieu, s’y fier et être confiant qu’Il dirige tout pour notre bien. «Au milieu même des occupations de la pêche (et vous savez combien les pêcheurs sont avides du succès de leur pêche), dès qu’ils entendent l’Ordre du Sauveur, sans aucun délai, ils quittent tout, et Le suivent. Telle est l’obéissance que Jésus Christ demande de nous, elle doit être notre premier soin, au milieu même des diverses nécessités de la vie.» (saint Jean Chrysostome, Homélie 14 sur Matthieu). Nous ne voyons que le bout de notre nez, mais Lui, Il voit non seulement ce qui nous attend dans cette vie, mais surtout ce qui se passera dans l’autre vie, que nous oublions trop facilement, absorbés que nous sommes par les soucis terrestres. «Il Se montre plein de condescendance pour tous, afin de tirer le poisson de l’abîme, c’est-à-dire l’homme qui nage pour ainsi dire au milieu des choses inconstantes et mobiles, et parmi les violentes tempêtes de cette vie,» dit saint Grégoire le Théologien (discours 31)
Pensons à la meilleure part, que Marie avait choisie et n’agissons pas comme Marthe qui «était absorbée par les multiples soins du service.» (Lc 10,40) C’est-à-dire, appliquons-nous d’abord aux choses spirituelles, au salut de notre âme, tout en nous occupant des besoins terrestres, qui sont nécessaires mais passagers et caducs. Surtout ôtons cette crainte du lendemain, de quoi nous nourrir et comment nous vêtir. Celui qui a rempli le filet de poissons saura aussi compatir à nos besoins quotidiens. 


archimandrite Cassien

jeudi 2 octobre 2014

samedi 20 septembre 2014

Dimanche avant la Croix

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE AVANT LA CROIX

Le Seigneur dit : Nul n'est monté au ciel, hormis celui qui en est descendu, le Fils de l'homme qui est au ciel. Et comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. Dieu en effet a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jn 3,13-17)


Aujourd’hui, nous fêtons le dimanche avant la Croix et aussi la Nativité de la Toute-Sainte.
L’évangile nous parle de Moïse qui éleva un serpent dans le désert. Voici ce que dit l’Écriture : «Le Seigneur dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie.» (Nom 21,8-9) Pourquoi un serpent qui est un animal maudit par Dieu au paradis après la chute ? «Le Seigneur Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.» (Gen 3,14-15) Ce serpent que Moïse montra au peuple préfigure précisément la Croix du Sauveur. Comme le serpent fut maudit, ainsi la croix était une malédiction. Voici ce que dit l’Apôtre : «Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois.» (Gal 3,13)
Quand Moïse éleva ses mains, lors du combat contre Amalek, il préfigurait également la Croix, et tant que ses mains restaient élevées, le peuple élu était vainqueur. 

Donc si nous regardons avec foi vers la Croix du Sauveur, nous serons sauvés. C’est cela que veut dire, entre autres, l’évangile d’aujourd’hui.
Encore quelques mots concernant la Nativité de la Toute-Sainte. La Vierge fut conçue selon les lois de la nature et miraculeusement à la fois. Anne la stérile, l’a conçue dans son âge avancé miraculeusement, mais la conception s’est fait par l’union de Joachim et d’Anne. Puisque la tache du péché originel se transmet par l’accouplement, la Vierge a eu cette tache qui ne fut effacée qu’à l’Annonciation. Ce n’est que le Christ qui était exempt de cette tache, car c’est par l’Esprit saint que Marie la Vierge a conçu. Les protestants s’imaginent qu’elle a conçu d’autres enfants par la suite et les catholiques s’égarent dans l’autre extrême en dogmatisant l’Immaculé Conception, c’est-à-dire que la Vierge n’a jamais eu cette tache du péché. Cela n’est pas étonnant, car quand on commence par boutonner dimanche avec lundi, tout le boutonnage sera fait de travers.
Revenons à la Nativité de la Vierge. Elle est née comme tout homme, après neuf mois dans le sein de sa mère. Sur l’icône de la fête, nous voyons à la fois sainte Anne sur sa couche, Anne et Joachim qui s’unissent et leur prière à eux avant cette union, à la Porte Dorée, qui a infléchi le Seigneur de miséricorde et leur a donné cette enfant bénie.
Concluons. Qu’est-ce que ces deux fêtes ont en commun ? N’est-ce pas la Toute-Sainte, – qui naît aujourd’hui, – qui se tenait près de la Croix en regardant son Fils suspendu, et dont l’âme fut transpercée, selon la prophétie de Syméon ? (Lc 2,35)
Je pourrais ajouter encore une exhortation morale, mais à chacun de tirer ses leçons. 

archimandrite Cassien


« Que la terre prenne confiance ! Enfants de Sion, réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, car le désert a verdoyé : celle qui était stérile a porté son fruit. Joachim et Anne, comme des montagnes mystiques, ont fait couler le vin doux. Sois dans l’allégresse, Anne bienheureuse, d’avoir enfanté une femme. Car elle sera Mère de Dieu, Porte de la Lumière, Source de Vie, et elle réduit à néant l’accusation qui pesait sur la femme. »


Homélie de saint Jean Damascène

samedi 13 septembre 2014

HOMÉLIE POUR LE QUATORZIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU


    Le Seigneur dit cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités à la noce, mais ils ne voulurent pas venir. De nouveau il envoya d'autres serviteurs avec mission de dire aux invités : Voyez, j'ai préparé mon festin, on a tué mes bœufs et mes bêtes grasses, tout est prêt, venez aux noces. Mais ils ne tinrent pas compte de cette invitation et s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce, et les autres s'emparèrent des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Quand il apprit cela, le roi fut irrité et envoya ses troupes qui firent périr les meurtriers et incendièrent leur cité. Alors il dit à ses serviteurs : Le festin est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes; allez donc dans les carrefours et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. Les serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives. Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut un homme qui ne portait pas l'habit nuptial. Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit nuptial ? L'homme resta muet. Alors le roi dit aux serviteurs : Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu nombreux sont les élus. (Mt 22,2-14)


L’évangile d’aujourd’hui nous parle de deux groupes d’invités. D’abord de ceux qui furent invités mais qui dédaignèrent l’invitation et ensuite ceux qui initialement n’étaient pas invités, mais le furent par la suite.
    On peut appliquer cela au peuple juif – le peuple élu –, qui a rejeté le Christ, l’Époux de l’Église, et pour le second groupe, aux Gentils qui furent invités par la suite. C’est le premier sens de l’évangile et c’est dans ce sens que le Seigneur parla aux Juifs autrefois. 
    L’Apôtre explique cela en ces termes, en parlant des Juifs et des Gentils : «si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été enté à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l’olivier.» (Rm 11,17) Pourtant dans la nature, ce n’est pas ainsi que cela se passe. Ce n’est pas une branche sauvage qu’on greffe sur un tronc cultivé, mais l’inverse. Dans la vie spirituelle, c’est bien le contraire qui peut arriver, comme l’explique l’évangile, que nous avons entendu il y a deux semaines : «C'est impossible pour les hommes, mais tout est possible pour Dieu.» (Mt 19,26)
    Dans un autre sens, l’évangile d’aujourd’hui peut s’appliquer à ceux qui rejettent Dieu, qui ne «tinrent pas compte de cette invitation, et s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce,» c’est-à-dire qui mènent une vie mondaine sans référence à Dieu, et ceux, de l’autre côté, qui croient et pratiquent l’évangile, ceux qui ont revêtu l’habit nuptial dans le baptême. 
    Mais qui est alors cet homme qui est bien venu aux noces, mais qui n’avait pas l’habit nuptial ? C’est celui qui fut bien baptisé, mais qui ne s’est pas dévêtu de l’ancien homme, l’homme du péché, et qui n’a pas revêtu l’homme nouveau, «créé selon Dieu dans une justice et une sainteté», comme dit l’Apôtre (Ép 4,24).
    Ne serait-ce pas par hasard, moi, c’est-à-dire chacun de nous, cet homme ? Nous qui sommes bien baptisés mais qui avons encore un pied dans la fange du péché, de nos vilaines passions ? L’ancien du désert, à qui le démon demanda qui sont les boucs et qui sont les brebis, répondit : «Le bouc, c’est moi et les brebis, Dieu les connaît.» 
    C’est bien cela la leçon essentielle de l’évangile, le devoir de nous reconnaître pécheurs, de nous frapper sans cesse la poitrine et d’être conscients que nous n’avons pas encore bien appliqué ce que nous avions promis au baptême en répondant affirmativement aux questions : «Renonces-tu à Satan ?» et «Adhères-tu au Christ ?»
    Qui sont ces serviteurs dont parle l’évangile ? Ce sont les anges. «Celui qui fait de ses anges ses serviteurs.» (Héb 1,7)
    «Les serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons.» Ceux qui entrent dans l’Église ne sont pas forcément bons en entrant. Il y en a qui ont un passé chargé des péchés. Par la suite pourtant, ils revêtent l’habit nuptial, se transforment complètement. Ce n’est pas le début qui compte, mais la fin, l’état dans lequel nous sortons de cette vie, – c’est la fin qui couronne. 
    Au dernier Jugement, j’espère que nous ne serons pas obligés, comme cet homme, de «rester muet,» parce que nous n’aurons rien à présenter pour notre défense. Dieu nous a appelés, mais serons-nous aussi élus ? C’est cela la question essentielle de notre vie.
    Certes, il y a encore plein de leçons à tirer de cet évangile, mais ce sera pour la prochaine fois, dans une année, si Dieu nous prête encore vie.


Archimandrite Cassien

mardi 2 septembre 2014

HOMÉLIE SUR LE JEUNE HOMME RICHE

De ce jeune homme riche, dont parle l’évangile d’aujourd’hui, nous ne savons pas le nom, mais nous le connaissons tous, puisque nous avons déjà entendu maintes fois cet évangile. Cette histoire nous concerne-t-elle, puisque personne parmi nous n'a de grands biens ? 
    Ce ne sont pas de grands biens matériels qui nous hantent mais nos passions coupables. Pour l’un c’est l’orgueil, pour l’autre l’attachement à la nourriture, tandis qu'un troisième rêve de beautés vaines. D’ailleurs le fait d’avoir de grands biens n’est pas mauvais en soi, mais cet attachement passionnel, dont la tristesse est témoin chez le jeune homme. Il «s’en alla tout triste; car il avait de grands biens.» (Mt 19,22) On appelle cela des biens. Ils sont des biens en eux-mêmes, mais ils deviennent mauvais dès que notre cœur s’y attache passionnément. Être content d’une vertu ou d’un talent que Dieu nous a donnés, c’est louable, mais le considérer comme venant de nous, c’est de l’orgueil. Manger avec appétit n’est pas répréhensible, mais la gourmandise l’est. Regarder une femme n’est pas un péché, mais qui la regarde «pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.» (Mt 5,28)
    Toutes ces «richesses» coupables sont comme des lacets qui nous retiennent sur notre chemin et nous rendent tristes chaque fois que nous tombons dans le péché. Certes, Dieu ne nous condamnera pas à l'enfer pour cela, pourvu que ce ne soient que de «petits» péchés, car Il est miséricordieux et Il connaît la fragilité humaine. Pourtant une chose est d’être sauvé par miséricorde et une autre d’être aimé par Dieu. «Qui aime les justes et fait miséricorde aux pécheurs,» disons-nous chaque jour dans la prière «Toi qui en tous temps…»
    Qui était finalement le plus heureux ? Ce jeune homme riche avec ses grands biens ou les apôtres qui avaient tout quitté ? De toute façon, un jour il devra quitter ses richesses et peut-être cette nuit même, comme dit un autre évangile : «Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ?» (Lc 12,20) Et Luc continue : «Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu.» C’est ce repliement, cet égocentrisme qui est mauvais, qui rend notre âme malade, c’est-à-dire viciée.
    Il ne s’agit pas nécessairement de quitter physiquement, comme pour ce jeune homme, mais avec le cœur. C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, c'est là que sont nichés les vices. C’est plus radical de quitter matériellement ces biens, comme font les moines et les moniales, mais chacun doit le faire selon les circonstances dans laquelle il vit. Que sert-il aux moines d’avoir quitté le monde s’ils n’arrivent pas à se détacher de ce monde avec le cœur ? Bienheureux, par contre, celui qui, étant dans le monde, se purifie spirituellement, comme tant de saints l’ont fait, qui étaient mariés, rois ou autres. 
    L’année prochaine, quand nous entendrons de nouveau cet évangile, si Dieu nous prête encore vie, nous ferons le bilan pour voir si nous avons piétiné encore sur place ou si nous avons vraiment fait des progrès.


archimandrite Cassien

samedi 30 août 2014

DANS LA FAIBLESSE


Quand nous sommes dans une impasse, et aucune issue n’est visible, c’est là que Dieu met notre foi à l’épreuve, et l’espoir en Lui. Quand on ne peut plus compter sur les hommes et que tous nos moyens restent inefficaces, cette impuissance ouvre la voie à la Grâce de Dieu, et ce que dit l’Apôtre se vérifie : «Ma Grâce te suffit, car ma Puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la Puissance de Christ repose sur moi. C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.» (II Cor 9-10) La tristesse nous accable d’abord, mais en regardant la Croix, où tout semblait s’écrouler, tout s’éclaircit. C’est sur la Croix que le Sauveur a sauvé le monde, au moment de son extrême dénuement, quand il Lui semblait être abandonné même par son Père («Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ?» Mc 15,34)
    «Celui qui n’a jamais mangé son pain en larmes, qui n’était jamais assis sur son lit, en pleurs, pendant des nuits pleines des soucis, celui-là ne vous connaît pas, ô forces célestes,» dit un poème de Gœthe («Wer nie sein Brot in Tränen aß, wer nie die kummervollen Nächte auf seinem Bette weinend saß, der kennt euch nicht ihr himmlischen Mächte»).
    Sans patience dans les épreuves, rien de bon non plus ne peut se faire. Comme dit le psalmiste : «J’ai patienté (en attendant) patiemment, le Seigneur.»
    Ce n’est pas le chemin qui est impossible mais c’est l’impossible qui est le chemin, c’est-à-dire: en comptant uniquement sur les forces humaines rien ne peut se faire dans la vie spirituelle, mais avec l’Aide de Dieu tout se fera à l’heure de Dieu et selon sa Volonté. L’évangile ne dit pas autre chose : «Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.» (Lc 18,27) «Avec mon Dieu je franchis une muraille,» dit David dans un  psaume (Ps 18,29) – cette muraille qui se dresse devant nous et qui semble être une impasse.
    Dans ces moments d’impuissance, quand tous les moyens humains se montrent inefficaces, il nous reste la prière. Anne dans sa stérilité fut interrogée par son époux, Elkana : «Anne, pourquoi pleures-tu, et ne manges-tu pas ? pourquoi ton cœur est-il attristé ?» (I Sam 1,8) et un peu plus tard, quand, dans le temple, «l’amertume dans l’âme, elle pria l’Éternel et versa des pleurs,» Éli le prêtre la croyait ivre («Éli pensa qu’elle était ivre, et il lui dit : Jusques à quand seras-tu dans l’ivresse ? Fais passer ton vin.» I Sam 13-14) C’est cette prière-là, quand notre âme ne prie plus avec des paroles mais en silence, meurtrie, qui sait infléchir le Seigneur.
    En résumé : Quand, le cœur peiné, nous ne savons plus avancer, alors la prière de la foi, pleine d’espérance, fera tomber la rosée de la Grâce sur la terre desséchée et stérile et de nouveau la fera reverdir.


archimandrite Cassien

mardi 19 août 2014

Transfiguration

Je viens d'arriver en Suisse pour y célébrer le dimanche prochain la divine Liturgie.

Bonne fête de la sainte Transfiguration de notre Sauver, pour tous ceux qui désirent également être transfigurés en Christ !

archimandrite Cassien


samedi 16 août 2014

baptêmes

Aujourd’hui, samedi le 3 (16) août furent baptisées, dans la rivière (un peu froide) Lia et sa fille Marie. La grande-mère est moniale au monastère de Kératéa.
Lundi, je partirai, plaise à Dieu, pour la Suisse pour quelques jours, y célébrer la divine Liturgie.

vôtre, 
en Christ, 

archimandrite Cassien

vendredi 15 août 2014

LES MARCHANDS CHASSÉS DU TEMPLE

A l’hermitage, je viens de terminer la fresque qui représente le Christ qui chasse les marchants du temple, – fresque que j’ai commencée il y a au moins vingt ans. Pendant la peinture, j’ai eu assez de loisir pour méditer sur cette scène.
Voici d’abord ce qu’en dit l’évangile :
«Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.» (Mt 21,12-13 et Mc 11,15-17)
«Il trouva dans le temple les vendeurs de boeufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les boeufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables; et il dit aux vendeurs de pigeons : Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.» (Jn 2,14-17)
Sur la fresque on voit donc le Seigneur, aux portes du sanctuaire, un fouet dans sa droite, poursuivant les marchands en fuite. L’argent par terre, la table renversée et les bêtes effrayés. 
(Cette fresque narrative est plutôt rare et ne figure pas sur les icônes portatives car ce sujet n’est pas pour la vénération.)
Pourquoi le Christ agit-Il ainsi, Lui qui est impassible et la douceur même ? Dans le cas présent, la gloire de Dieu, son Père, était en question et rien ne peut être au-dessus de cela. La profanation et le mépris de ces vendeurs méritaient cette réaction violente. Pourtant ce qu’ils vendaient était pour les offrandes du temple, mais cela devait se faire en dehors, en un endroit profane.
Déjà Néhemias , dans l’Ancien Testament, rencontra le même problème : «Or, avant cela, Eliasib, le prêtre, très proche allié de Tobias, demeurait dans le trésor du temple de notre Dieu. Et il s'était fait faire un vaste magasin dans le lieu où l'on déposait jadis les offrandes, l'encens, les vases, la dîme du blé, du vin et de l'huile, ce qui était dû aux lévites, aux chantres et aux portiers, et les prémices destinées aux prêtres. … et je reconnus le mal qu'avait fait Eliasib avec Tobias en lui faisant un magasin dans le parvis du temple de Dieu. Et cela me parut très mal; et je jetai hors du magasin tous les meubles de la maison de Tobias. Et je parlai, et on purifia le magasin, et j'y fis replacer les vases du temple, les offrandes et l’encens.» (Nehemias 13,4-10)
Donc Néhemias également usa de la violence. Saint Nicolas, en face des blasphèmes d’Arius, ne gifla t-il pas cet impie ? Les autres hiérarques enfermèrent le saint en prison, selon les canons de l’Église qui interdissent qu’un clerc frappe autrui. («Si un évêque, un prêtre ou un diacre frappe les fidèles pécheurs, ou les infidèles qui ont fait du mal, et veut par là leur faire peur, nous ordonnons que celui-là soit déposé; car le Seigneur ne nous a nulle part enseigné cela, bien au contraire, frappé, il n'a pas rendu les coups, insulté, il n'a pas insulté en retour, soumis à des souffrances, il n'a pas menacé de les rendre.» (Canon 27 des apôtres)
Pourtant la nuit même le Christ et la Toute-Sainte remettaient saint Nicolas dans ses fonctions, ce qui persuada les autres pères de l’innocence et du bien agir du saint.
Le prêtre Éli fut puni par Dieu à mort, ainsi que ses fils, pour ne pas avoir châtié ses fils pervers qui profanèrent le Temple. «Pourquoi foulez-vous aux pieds mes sacrifices et mes offrandes, que j’ai ordonné de faire dans ma demeure ? Et d’où vient que tu honores tes fils plus que moi, afin de vous engraisser des prémices de toutes les offrandes d’Israël, mon peuple ?» (I Sam 2,29)

Dans l’Ancien Testament se trouve aussi l’histoire d’Uzza, qui, mu par une bonne intention, voulut secourir l’Arche de l’Alliance et qui fut frappé à mort : «Lorsqu’ils furent arrivés à l’aire de Nacon, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit, parce que les boeufs la faisaient pencher. La colère de l’Eternel s’enflamma contre Uzza, et Dieu le frappa sur place à cause de sa faute. Uzza mourut là, près de l’arche de Dieu. David fut irrité de ce que l’Eternel avait frappé Uzza d’un tel châtiment. Et ce lieu a été appelé jusqu’à ce jour Pérets-Uzza.» (II Sam 6,6)
On voit que David avait des sentiments purement humains; on dirait aujourd’hui humanistes, où Dieu n’est plus au centre mais l’homme.
Sur l’icône de la Dormition de la Vierge Marie, – qui est «le Temple très pur du Sauveur … le Tabernacle céleste», (Kontakion de la fête) dont le temple juif n’est qu’une figure, – on voit parfois le juif qui toucha le cercueil de manière sacrilège et l’ange lui trancha les mains.
En face de cette fresque, en question, se trouve une fresque de l’Entrée de la Toute-Sainte au Temple. Chaque fois, il s’agit du temple mais une fois le temple est profané et les profanateurs punis, et l’autre fois c’est le temple qui sanctifie et qui est sanctifié par la Vierge toute pure.

archimandrite Cassien

mercredi 6 août 2014

Dormition de sainte Anne

Pour la Dormition de sainte Anne voici un petit texte avec la fresque :



Une fresque rare du 13e siècle de sainte Anne allaitante 

"Et quand les jours furent accomplis, Anne se purifia après ses couches, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie." (Protévangile de saint Jacques)


Dans l'Église métropolitaine Saint Étienne de Kastoria du 11e siècle, il existe une chapelle séparée à l'intérieur, dédiée à sainte Anne, avec des images peintes de sa maternité. Il y a trois représentations du 13e siècle de sainte Anne dans cette chapelle, en compagnie de celle d'une autre mère sainte et ses deux enfants, dont l'identité est discutable. Parmi les images de sainte Anne, il y en a une, connue du nom de Galactotrouphousa (allaitante), qui montre sainte Anne allaitant l'enfant Marie, dépeignant la tendresse, les soins, l'allaitement et l'amour maternels.

mardi 5 août 2014

SI TON OEIL...

SI TON OEIL...

«Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n’ayant qu’un oeil, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans le feu de la géhenne.» (Mt 18,8-9)
Pourquoi le Christ le dit chaque fois en singulier (ton oeil, ta main etc.) ? Ne faudrait-t-il pas dire : tes yeux, car borgne, on peut autant regarder licencieusement, ou manchot également faire du mal ? Si on prend à la lettre le conseil du Seigneur, alors on fait fausse route. Il s’agit de saisir le sens et dépasser la lettre. Voici le sens : pour le royaume des cieux il faut être prêt à tout sacrifier, même les membres du corps.
D’ailleurs quand il est dit : «Il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.» (Mt 19,12)
Se châtier soi-même est interdit par l’Église et qui le fait est puni.
«Des eunuques qui se sont eux-mêmes mutilés, qu'il ne peuvent devenir clercs. Celui qui s'est mutilé lui-même, qu'il ne devienne point clerc, car il est meurtrier de lui-même et ennemi de la création de Dieu.
  Des clercs qui se sont eux-mêmes mutilés, qu'ils soient sujets à la déposition. Si un clerc se mutile lui-même qu'il soit déposé, car il est meurtrier de lui-même.
  Des laïcs qui se sont eux-mêmes mutilés, qu'ils soient punis de trois ans de pénitence. Le laïc qui s'est mutilé lui-même, qu'il soit excommunié pendant trois ans, car il est meurtrier de lui- même.» (Canons des apôtres 22-24)
Pour conclure, – ou si vous préférez, – en résumé : Dans l’Ecriture il y des passages qu’on peut prendre à la lettre, d’autres spirituellement, d’autres encore sont dits en images ou symboliquement. «Que celui qui peut comprendre comprenne !»

archimandrite Cassien