(7,11-16)
Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : «Ne pleure pas.» Il s’approcha et toucha le cercueil; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : «Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.» Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : «Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple.»
J’ai déjà publié une homélie sur ce passage de l’évangile dans le bulletin n° 151. Je ne fais donc que compléter, sans redire les mêmes choses. Heureusement, l’évangile est inépuisable.
Ce n’est que l’évangéliste Luc qui relate ce miracle.
Dans la Bible, Naïn (ou Naïm) est un petit village de Galilée situé au pied du mont Moreh. «Naïm est une ville de Galilée, située à deux milles du mont Thabor.» (Saint Bède le vénérable) On ne parle qu’une seule fois de cette ville dans la sainte Écriture. Le nom de Naïn (en grec Naïn, en hébreu lié à Na'ah ou Na'im) signifie littéralement «beauté», «agrément» ou «lieu agréable, charmant».
Le miracle se passa «près de la porte de la ville». C’est là que le Christ arriva avec «plusieurs de ses disciples et une foule nombreuse.» Le cortège, qui accompagnait le cercueil, c’était également «une foule considérable de gens.» D’un côté, donc, Jésus et sa suite, et de l’autre côté, la pauvre veuve et les gens de la ville. Le mort qui sort de la ville et la Vie qui y entre.
Cette malheureuse veuve avait déjà perdu son mari et venait de perdre son fils unique, le seul appui qui lui restait. «Le Seigneur fut touché de compassion pour elle et lui dit : Ne pleure pas !» Il avait déjà en vue sa propre mère qui subira un jour la même souffrance.
«Par ce peu de mots, l’Évangéliste nous fait connaître le poids de la douleur qui accablait cette pauvre mère. Elle était veuve, et ne pouvait plus espérer d’autres enfants, elle n’en avait aucun sur lequel elle pût reporter les regards de sa tendresse, à la place de celui qu’elle venait de perdre; il était le seul qu’elle eût nourri de son lait, lui seul était la joie de sa maison, lui seul était toute sa douceur, tout son trésor.» (Saint Grégoire de Nysse : de la création de l’homme.)
« En l’appelant «jeune homme,» notre Seigneur nous apprend qu’il était à la fleur de l’âge, dans la première jeunesse.» (Saint Grégoire de Nysse)
Le Seigneur «toucha le cercueil.» Pourtant chez les juifs cela était considéré comme impur. «Quiconque touchera, dans les champs, un homme tué par l’épée, ou un mort, ou des ossements humains, ou un sépulcre, sera impur pendant sept jours.» (Nombres 19,16). Pourtant pour celui qui est pur, tout est pur. «Tout est pur pour ceux qui sont purs; mais rien n’est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules.» (Tite 1,13)
Cette pauvre veuve pleurait son fils. D’une part parce qu’elle avait perdu son appui et sa consolation unique, et d‘autre part parce que les juifs ne croyaient pas tellement à la résurrection. Cela se voit bien lors de l’arrestation de l’apôtre Paul : «les sadducéens disent qu’il n’y a point de résurrection, et qu’il n’existe ni ange ni esprit, tandis que les pharisiens affirment les deux choses.» (Ac 23,8)
La veuve ne demanda rien au Christ. Celui-ci ne demanda pas non plus une confession de foi à cette veuve. C’est par pure compassion qu’il est intervenu.
Est-ce par un pur hasard que le Seigneur croisa ce cortège funèbre ? Certes non ! Celui qui sait tout savait d’avance et a coordonné son chemin afin de consoler cette veuve dans sa détresse.
Tirons-en donc la leçon pour notre vie, et sachons que rien ne nous arrive sans la volonté ou la permission de Dieu, qui veut notre bien même à travers les malheurs.
A. Cassien

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