Le carême est un temps intense où nous faisons un effort particulier en vue de notre salut. Il y a le jeûne du corps – qui est la prière du corps. On s’abstient de certains aliments qui excitent et nourrissant nos vices, et ce jeûne aide donc pour le progrès spirituel. Ce jeûne a son importance mais l’abstinence intérieure de l’âme et de l’esprit l’emporte. On lutte contre ses mauvais penchants, ses vices, pour retrouver la pureté de l’âme, qu’on a perdu au paradis, c’est-à-dire par suite de nos péchés.
Le jeûne du corps doit se faire avec discernement, tenant compte de l’âge, des maladies etc. Il s’agit de tuer les passions et non le corps. «Il est bon de maîtriser et de dompter la chair, mais observe la modération, qui peut aussi te servir pour ta santé physique, et c'est le meilleur.» saint Théodore le Studite (lettre 334)
Idéalement il faudrait vivre toute l’année comme au temps du carême, mais vu notre fragilité et faiblesse spirituelle, l’Église permet des temps de détente. Les grands ascètes avaient la force de tenir bon toute leur vie dans cet effort, mais nous …
Le carême ne nous rend pas malade, bien au contraire. «De longue date il a été observé qu'un mode de vie ascétique, doté d’une alimentation pauvre en calorie avait pour faculté de prolonger l’espérance de vie et la santé.» (The Invisible Rainbow, Arthur Firstenberg) Ce n’est que nos passions et le renoncement au péché qui rendent le carême difficile. La mauvaise habitude y joue aussi son rôle.
Lors du carême il faut aussi penser à faire du bien. On s’abstient également pour aider autrui. «L'aumône est préférable au jeûne, à l’abstinence, aux macérations; il en coûte davantage assurément pour mortifier sa chair; mais les avantages attachés à l'aumône sont bien plus étendus.» saint Jean Chrysostome (hom. 81 in Joan.)
Les carêmes, surtout le grand Carême, sont institués pour nous préparer aux fêtes qui se préparent. Ils donnent de la valeur à la fête. Qui ne connaît pas la privation, ne sait apprécier le bienfait qui suit.
Le jeûne du corps sans le jeûne de l’âme n’a aucune valeur. «Je jeûne deux fois par semaine,» disait le pharisien (Luc 18,12) mais son jeune ne fut pas agréable au Seigneur, car tacheté par son orgueil. Caïn aussi offrait des sacrifices à Dieu, mais Dieu «ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande.» (Gen 4,5) «Voici, le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants,» dit Isaïe (58,3) Un peu plus loin : «Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, … partage ton pain avec celui qui a faim» etc.»
N’oublions pas que pendant ce temps béni, le Malin s’enrage particulièrement contre nous. Jésus «fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là…» (Luc 4,2) et celui-ci lui promettait tout ce que nos passions désirent : gloire, argent et plaisir.
Le jeûne du corps a ses limites à cause des nécessités et la fragilité de celui-ci, – n’ayant pas la force du Christ, – mais le renoncement à nos péchés et la purification de nos passions ne dépendent que des «limites» de notre volonté. C’est notre bonne ou mauvaise volonté qui en décide, hélas. Faisons donc un effort, car la vie et la mort de l’âme en dépendent. Si nous n'y arrivons pas toujours parfaitement alors humilions-nous et l’humilité suppléera à notre faiblesse !
La verbosité est aussi un vice, et je m’arrête donc pour ne pas y tomber.
a. Cassien